Macron le Bienveillant et la fin du clivage gauche-droite

Source : Extrait de l’émission de C8 du 19/03/2017 « Présidentielle : candidats, au tableau ! ».

Il est beaucoup fait mention récemment de la disparition du clivage gauche-droite que souhaiterait Emmanuel Macron, qui se dit « et de droite, et de gauche ». On peut douter de la fin d’un clivage dont la plasticité lui a permis de survivre à deux siècles d’histoire politique, et il est bien plus probable qu’il change de signification, en allant peut-être vers un clivage toujours moins économique et toujours plus culturel. Mais tenter de le rompre semble aujourd’hui un tâche bien trop ardue, et on peut remarquer que jamais on a autant parlé de ce clivage droite-gauche dont on annonce la fin, et jamais il n’a pris une telle place depuis qu’on s’est mis à compter les ministres de gauche et les ministres de droite pour évaluer la qualité de l’équilibre gouvernemental promis. Lire la suite

2017 et la tentation du bulletin immaculé

C’est devenu un lieu commun, mais force est de reconnaître que cette fin de campagne est marquée par une grande incertitude, aussi bien pour les candidats que pour les électeurs. Alors que le choix pourrait être assez simple, car réduit à un choix entre extrême-gauche, gauche, centre, droite et extrême-droite, les stratégies électorales mouvantes ne cessent de faire planer le doute sur l’issue du premier tour. On peut invoquer toutes les raisons que l’on souhaite, que ce soit les réalignements électoraux, le contexte international ou la crise de la démocratie, force est d’admettre que c’est bien la médiocrité de cette campagne électorale qui est la cause de toute cette indécision. Lire la suite

Sécession et « marronnage » : Christophe Guilly, géographe militant

Après avoir achevé Le crépuscule de la France d’en haut, le lecteur ne faisant pas partie des classes « populaires », votant (encore) à gauche risque de ressentir une forte envie de jeter le livre contre un mur, par la fenêtre, de le déchirer en petits morceaux ou de convoquer son auteur dans une ruelle sombre pour un duel de trottinettes électriques. Christophe Guilluy est en effet un auteur qu’il est commode d’appeler « polémique » voire « néo-réac », dénominations fourre-tout au possible. Encore plus agaçant pour ses détracteurs, sa qualité de géographe, qui lui permet de dégainer des arguments factuels, purement statistiques, se servant de l’INSEE comme d’un revolver – Emmanuel Macron et François Fillon, notamment, sont des victimes de choix du cow-boy géographe. Guilluy utilise donc des faits, des fiches pour asséner, au final, ce qu’il faut bien appeler un propos militant. Lire la suite

Marine Le Pen, comme une évidence

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Crédits : Thomas Samson / AFP. Léa Salamé, David Pujadas et Marine Le Pen lors de l’Émission Politique du 9 Février 2017

Regarder deux heures d’interview de Marine Le Pen est chose pénible à deux égards. Premièrement, il s’agit de supporter Marine Le Pen elle-même pendant deux heures, son obsession xénophobe et la brochette de winners qui vient admirer la sauveuse de la Nation en action. Deuxièmement, si on adopte le point de vue du spectateur rationnel, capable de prendre les arguments pour ce qu’ils sont et non vis-à-vis d’une détestation/adoration de l’interviewé(e) – ce qui devrait être possible quand on a été éduqué hors de la Corée du Nord – on court le risque de douter de nos convictions établies. Se remettre politiquement en question n’est jamais chose agréable, qui plus est quand c’est pour se retrouver en accord (ou plus vraisemblablement en non-désaccord) avec un membre d’un parti honni. Mais cette posture permet de comprendre comment on peut être rationnellement convaincu Lire la suite

Sylvestre affabule 2017

Cela devient une habitude de dire ça, mais on a connu plus sympathique année que celle qui vient de s’écouler, entre attentats, guerres, morosité économique et élections faisant insulte à l’intelligence collective de part et d’autre de l’Atlantique, sans compter la mort de Carrie Fisher, qui a semble-t-il causé plus d’émoi en Occident que la prise d’Alep par Bachar El-Assad. 2017, avec sa campagne présidentielle interminable, dont le résultat est aussi désespérant que couru d’avance, n’est a priori guère plus enthousiasmante. Dans ces conditions, pourquoi ne pas inventer notre propre année 2017 ? C’est ce que Démosthène 2012 se propose de faire ici-même. Lire la suite

Primaire à gauche : sept candidats et une mauvaise blague

candidats primaire gauche

Crédits : AFP / FRANCEINFO

Une question se pose naturellement quand on en vient à parler de la primaire à gauche : comment peut fonctionner une primaire qui est dans son essence-même un foutage de gueule ? La « primaire citoyenne de 2017 » (nom qui est déjà en soi un foutage de gueule, étant donné qu’elle n’a absolument rien de citoyenne au vu des candidats en lice) s’est bâtie sur les ruines d’une primaire aux accents autrement plus ambitieux. L’appel initié par une cinquantaine de politiciens et intellectuels (dont Yannick Jadot, Thomas Piketty, Daniel Cohn-Bendit et Michel Wievorka) en Janvier 2016, avait pour vocation à rassembler tous les partis de gauche derrière une candidature commune susceptible de faire accéder la gauche au second tour de la présidentielle, et basée non pas sur le règne sans partage des individualités mais sur le débat collectif. Ce projet, essentiellement une tentative d’union transpartisane, a échoué en raison de l’effort conjoint Lire la suite

Pays Basque, la paix impossible ?

Manifestation de soutien aux militants interpellés, le 17 décembre à Bayonne (Sud Ouest).

Manifestation de soutien aux militants interpellés, le 17 décembre à Bayonne (Sud Ouest).

Vendredi 16 décembre 2016, dans le petit village de Louhoussoa (pays basque français), des forces spéciales antiterroristes franco-espagnoles sont intervenues pour interpeller cinq personnes. Grand classique, se dit-on d’abord en écoutant la radio de bon matin. Il doit s’agir de membres d’ETA encore en fuite. Tout le monde se félicite pour ce « coup porté à l’ETA » (Bruno Le Roux, le nouveau ministre de l’Intérieur). Et puis, en quelques heures, la belle histoire du coup de filet se délite. Le président d’honneur de la Ligue des Droits de l’Homme, Michel Tubiana, aurait dû se trouver sur place et se met à dénoncer l’attitude de la France dans les médias. Il s’avère qu’il ne s’agissait pas de militants d’ETA mais de membres de la société civile basque engagés dans le processus de paix. Lire la suite