Bras croisés devant la Syrie

En termes de résultats, on croirait que presque aucun pays du monde n’a remarqué que 16.000 personnes, hommes, femmes, enfants et vieillards ont été tué depuis le début de la répression syrienne contre les manifestations faisant face au pouvoir dictatorial. Et c’est sans parler de la torture, du manque de soin, des pénuries et des exactions diverses. Alors, que fait le reste du monde ?

Il y a les confrontations explicites qui ne mènent à rien et celles souterraines, qui sont plus concrètes. On a deux camps: la Russie et la Chine contre le reste du monde. Le pays a été pris en flagrant délit de livrer des hélicoptères de combat à ses alliés du régime syrien, tandis que l’Arabie Saoudite, le Qatar et le Bahrein livrent des armes aux rebelles par les frontières poreuses, notamment celle avec la Turquie.  Tout cela se fait avec l’accord tacite des Occidentaux, et notamment de la CIA qui s’assure que les armes lourdes restent en dehors de tout ça, et laisse passer les mines anti-chats et autres AK 47.

Si ces tractations tacites font un peu avancer le schmilblick, une décision de l’ONU serait bien plus efficace. Mais les institutions d’après-guerre, avec le véto possible d’une des membres du Conseil de Sécurité, bloquent tout, comme on a souvent pu le constater. Ce sont évidemment les boudeurs de service (excepté les Etats-Unis pour la Palestine) qui sont en cause: Chine et Russie. Pourquoi ? D’abord, une amitié traditionnelle entre dictatures, qui incite, au nom de la Morale, à ne pas tirer dans le dos de ses amis (même si Sarkozy qui avait planté la tente de l’Amitié dans le jardin de l’Elysée l’a bien fait). Mais c’est surtout parce que le Printemps arabe fait peur aux dictatures: ainsi, en Chine, en proie à de fréquentes et violentes manifestations réprimées, seuls quelques réseaux sociaux rebelles ont fait fuiter ces informations: le pouvoir tente de cacher le plus possible les images de contestation qui pourraient donner des idées à certains. Idem pour la Russie qui vient de vivre des « élections » mouvementées. Pour la Russie, on peut ajouter un business bien lucratif de vente d’armes n’a jamais fait de mal à personne.

La raison officielle avancée par les régimes est que les propositions d’action des occidentaux, à savoir l’aide aux rebelles pour faire chuter le régime, seraient l’exposition d’un droit d’ingérence trop fort. Ils souhaitent donc un pouvoir conjoint des rebelles (il ne faut pas non plus laisser penser qu’on ne respecte pas les droits de l’hommes …) et du régime actuel, comme si cela était possible. On se souvient d’ailleurs qu’ils avaient rechigné pour la Libye, et n’avaient pas accepté le débarquement de troupes aux sols, simplement un blocus aérien, des bombardement et des livraisons d’armes. Alors, pourquoi ce n’est pas comme en Libye ? N°1 Plus d’amitié avec les autres dictatures N°2 Une région très moyennement pacifiée, légèrement anti-occidentale N°3 (minime) Les rebelles syriens veulent que ce soit leur victoire (mais pas leurs morts) N°4 Les rebelles libyens avaient un territoire à eux (Benghazi), les syriens sont coincés au milieu des autorités (même s’ils contrôlent quelques territoires), donc plus dur de tirer dans le tas (cf. les fameuses « victimes collatérales ») N°5 (non négligeable) Si on regarde les cartes, on remarque qu’il y a un chouia moins de pétrole en Syrie (mais c’est sous-estimer la bonté naturelle des dirigeants politiques).

Pour conclure, quel avenir pour la Syrie ? Sur le plan interne, on assiste à une progression des rebelles: mieux armés, mieux entraînés, contrôlant de plus en plus de territoires, avec des défections pour le régime en place (récemment, un ami proche du gentil Bachar). Sur le plan externe, des avancées « symboliques », dont les Amis du peuple syrien, qui mènent à des changements d’idées, mais à rien de concret, en tout cas tant que la Chine, et surtout la Russie resteront sur leurs positions (et ce sera dur de les faire plier). Une petite chance: la provocation (quasi-mutuelle) de la Syrie envers la Turquie, avec l’abattage d’un avion de chasse. Si la situation s’envenimait trop, et que de tels actes recommençaient (notons que la Turquie accueille beaucoup de réfugiés syriens), l’OTAN pourrait intervenir, tel un chevalier sur son grand destrier blanc, et là, il semble peu sûr que Russie et Chine s’engageraient plus que moralement contre cette intervention. En Lybie, la guerre civile avait fait 20.000 morts, sans compter les tortures et blessures physiques et morales. Il est sûr à 90% que les rebelles gagneront, mais à quel prix ?

Scipion

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