L’Europe confrontée à un « tout ou rien » en termes d’union

60 ans après les premiers pas de l’unité européenne, la crise économique remet en cause gravement les institutions européennes, et pointe leurs défauts. Face à leurs partenaires en détresse, les pays « bons payeurs » (France y compris), doivent envisager leurs avenirs en fonction de l’unité de l’Union Européenne, avant de se retrouver dans une réelle impasse. Ils doivent à présent placer le curseur sur le segment « fédéralisme – implosion volontaire ».

La crise débutée en 2008 a mis en évidence les problèmes structurels de l’Europe. Il s’agit tout d’abord de l’élargissement effréné de l’Europe, ce qui a amené à intégrer des pays avec des finances désastreuses, notamment la Grèce qui a maquillé ses comptes pour pouvoir y entrer. Aujourd’hui, ce désordre a laissé passer largement la crise, pour laisser l’économie et la société grecques exsangues. Surtout, l’Europe a un problème de direction: les décisions doivent être prises collectivement, et même si les pays suivent généralement l’avis de l’Allemagne ou plus généralement du couple franco-allemand quand il n’est pas en désaccord, certains pays peuvent décider de devenir contrariants, comme la Finlande récemment. Donc de longs sommets qui ne mènent souvent à rien, même si on dit le contraire. Or, les décisions devraient être prises rapidement en temps de crise. Si les freins ont lâché, il est intéressant de décider si on saute de la voiture ou si on vire brutalement pour éviter le gros chêne. La solution serait peut-être des institutions indépendantes capables de prendre des décisions ponctuelles à plus forts pouvoirs en attendant la politique générale. Dernier point: les mécanismes de sûreté et de solidarité n’ont pas été assez stable dès le début (et ils ne sont toujours pas infaillibles). Sont consécutives des aides indirectes passant par des banques et pleines de taux d’intérêt qui n’aident pas les Etats et économies autant qu’il le faudrait.

A cause de cette relative fragilité de l’Union Européenne, économiquement parlant, les Etats se questionnent tout simplement sur leurs avenirs dans l’Europe. Dans cette vision-ci, seuls deux chemins: moins d’Europe, ou plus d’Europe. Avant que les pays du Sud en crise obtiennent une plus grande union bancaire, l’Union Européenne a bien pensé à moins d’Europe. Voire à plus d’Europe du tout: avec la montée des courants nationalistes, les autres pays ont été vus comme des boulets, dont il fallait s’en écarter. Parmi ceux qui voyaient (et qui voient encore) l’Europe imploser, il y a les économistes catastrophistes, et ceux qui pensent cette finalité comme positive. Même s’il n’a jamais été officiellement question de moins d’Europe, il est difficile de croire que les gouvernements se soient bouchés les oreilles. Un projet un peu plus crédible a été celui de l’Europe à deux vitesses: même principe, les riches se débarrassent des pauvres. L’Europe du Nord, bonne payeuse, n’aurait plus eu à aider les pays en difficulté, avec des finances lustrées au possible par la rigueur. Dans un sens, c’est idéal pour le Nord, presque la solution parfaite. Néanmoins, ça rirait moins dans le Sud: seule la France, chef de cette Europe, pourrait tenter d’éteindre le brasier. D’autant que les mauvaises langues voyaient la France sombrer dans le lot peu de temps après. Autant tirer sur le blessé qui vous agrippe le bras.

Mais pour l’instant, ce ne sont pas les extrémistes qui sont au pouvoir, mais plutôt des pro-européens. En conséquence, les pays encore en bon état ont préféré jouer la carte de la solidarité, considérant que 60 ans de construction européenne n’avaient pas servi à rien. Si les nationalistes jouent la carte de l’économie (comme s’ils étaient les mieux placés), la vraie raison est que « plus d’Europe » = « plus de temps avec les autres ». Autrement dit, pas de Français, des étrangers,  différents. Le rêve, l’Europe idéologique, passe nécessairement par l’économie. Donc pour Mme Merkel entre autres, apôtre de l’Europe 2.0, autant lier l’utile à l’agréable.

On est donc parti sur plus d’Europe, et tous les dirigeants actuels aiment ça. Pour le Sud, ce sont des aides inespérées. Pour le Nord, il s’agit d’être sûr de pouvoir imposer sa règle, la rigueur. L’union bancaire et économique signifie « tout le monde dans le même bateau », donc le Sud arrêtera de batifoler comme il veut. Au programme, renforcement du Mécanisme Européen de Stabilité, du rôle de la BCE et autres institutions. Principale mesure: le financement direct des banques par le MES. A un moment particulièrement adapté, alors que les banques espagnoles ont besoin d’un refinancement pouvant atteindre presque 100 milliards. En échange, un contrôle des banques espagnoles par l’Europe. Le principe imagé est de mettre une laisse en fer forgé au chien qui va tomber dans le puits. Le principe est donc plus de solidarité pour construire une Europe plus solide, moins facilement attaquable par les spéculateurs et subira moins facilement la crise économique. C’est vrai que si ça tombe, ça fera plus de bruit. Mais les rivets sont en acier.

Cette union économique de l’Europe permet donc de parer à la crise de l’euro sans renier les valeurs communautaires des générations précédentes. Mais il n’y a pas que la finance et l’économie dans l’Europe. Même si c’est la base (historique) de cette union, l’Europe doit se faire sur d’autres flancs. Quand la crise sera passée, il serait peut-être bon de mettre un peu de démocratie dans le tas. Car seul le Parlement est une preuve de démocratie directe dans l’Union Européenne. Il faudrait de plus lancer des projets à long terme, par exemple culturels, et parer à quelques problèmes comme le vieillissement de sa population, sa dépendance énergétique ou encore l’absence d’armée commune. Victor Hugo a parlé « d’Etats-Unis d’Europe ». Donc une réunion d’Etats avec des frontières très poreuses. Cela signifierait une perte de souveraineté, inacceptable pour beaucoup de « patriotes ». Mais à terme, serons-nous citoyen de France ou citoyen d’Europe ?

Scipion

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