La France manque de vision à long terme

Depuis 2008, les différents gouvernements s’agitent pour remédier à la crise. En gros, on peut les appeler des « bouche-trous ». Refinancement des banques, prime à la casse et surtout recherche d’argent à tout-va. Il faut sans cesse plus d’argent tout de suite, avec un but plutôt récent: ramener le déficit à 3%, ce qui devrait être fait en 2013 avec quelques efforts, et même ne plus être en déficit à la fin du quinquennat (idéal pour se faire réélire). En conséquence, les mesures s’accumulent dès le début de la présidence Hollande, alliant hausse d’impôts et baisse de dépense : fin de la défiscalisation des heures supplémentaires et de certains héritages, attaque au bazooka des niches fiscales, taxes exceptionnels pour les plus riches ou encore dynamitage des dépenses de fonctionnement des ministères. En creusant un peu partout, le gouvernement réussira bien à arriver à destination à bord du train de la rigueur allemande. Et après ?

Car on a pour l’instant, on a l’impression que la France et son économie « s’arrêtent » en 2017. L’ouragan 2008 a fait beaucoup de ravages, et on risque une croissance à 1% tous les ans en continuant comme ça. La France ressemble à un boxeur qui s’est pris un mauvais coup: on réussit au prix de grand effort à le faire sortir du coma, mais il reste paralysé partiellement, ne pouvant plus rivaliser correctement avec les autres boxeurs. Dans un monde où « croissance dépressive » signifie « déclin », la France risque d’être marginalisée par les émergents qui ont déjà commencé le travail. Le pays a besoin de projets à long terme qui amènent une croissance continue et qui poussent la contrée dans les plus hautes sphères mondiales.

Au lieu d’essayer de batailler sur tous les fronts, la France devrait essayer de choisir ses industries. Car l’industrie, dont le drapeau est en berne pour l’instant en France, peut se révéler sans doute le plus efficace moteur de croissance pour le pays. A abandonner donc, la plupart des produits à faible valeur ajoutée: pas la peine d’essayer de rivaliser avec les prix bas de Turquie ou de Chine, à moins de renoncer à notre niveau de vie et à tous nos acquis sociaux. Quand la Chine fait d’authentiques espadrilles à 2€, pas la peine d’essayer de rivaliser avec des espadrilles apparemment pareilles et à 20€. Ceci dit, il y a sur ce point deux cartes à jouer, en proposant des produits  différents de ceux des autres, là est l’essentiel: la qualité et le haut de gamme. Sur le marché des espadrilles, pour reprendre l’exemple, seules les espadrilles estampillées « made in France » et vantant une solidité irréprochable, contrairement aux espadrilles chinoises qui implosent au moindre contact, pourront trouver preneur en France. Il faut donc, si on veut s’accrocher dans ces secteurs, viser le haut de gamme et la qualité (à ne pas confondre). Ne parlons pas du secteur automobile, qui accumule surtout des problèmes fonctionnels, trop longs à traiter pour ne pas écrire un autre article dessus.

Car il faut se démarquer des produits à faible coût des émergents, on doit aussi miser sur des industries de pointe, à consolider avant que les autres s’y mettent. En France, il s’agit surtout du nucléaire, de la pharmaceutique, de l’agro-alimentaire, de l’aéronautique et du luxe. Ces secteurs possèdent des technologiques et savoir-faire à peine imitable par les pays en voie de développement, et même parfois par les autres pays développés. Donc pas de concurrence déloyale des prix. Ce qui donne l’occasion de s’implanter partout dans le monde avec de grands groupes comme Areva, LVMH ou encore Airbus (exception pour ce dernier). Ce qui reste à faire est donc d’orienter les aides et investissement dans ces secteurs qui non seulement sont en bonne forme, mais qui en plus seront toujours sources de croissance dans quelques années. Mais à une autre condition: pousser un peu sur les brevets, et innover, pour éviter d’être rattrapé par les autres. Il faut arrêter de se reposer sur ses acquis et croire que le monde capitaliste est beau et qu’il ne tentera pas chaque jour de vous écraser de concurrence.

Il y a un domaine dans lequel la France traîne les pieds, et qui sera sans doute, de gré ou de force, LE secteur d’avenir pour l’économie mondiale: les énergies renouvelables. Le pays est quasiment autarcique sur le plan énergétique (pour l’électricité, pas pour les particuliers qui s’arrachent un bras avec leur gazinière ou leur voiture). S’il ne mise pas sur les énergies renouvelables (plus vite que maintenant), le pays sera à genoux lors de la grande crise écologique qui viendra d’ici à 50 ans. Au contraire, il pourrait vendre son électricité à toute l’Europe … et créer un nombre considérable d’emplois. Avec une électricité inévitablement moins facile à obtenir, il faudra bien plus de personnes pour faire tourner la machine. Les écologistes tablaient sur 1 million d’emplois verts créés dans les prochaines années. Ce nombre n’a jamais été contesté, et pourrait faire s’infléchir la courbe du chômage comme jamais auparavant. La France peut se donner les moyens financiers et les ressources pour devenir l’apôtre vert du monde. Encore faudrait-il qu’elle le veuille.

A l’époque d’après-guerre, le gouvernement a mis en place des plans quinquennaux afin de diriger l’économie. Aujourd’hui, le gouvernement bouche à la truelle sans penser à appeler la grue. Tous les économistes en parlent, mais aucun candidat n’y a pensé. Inquiétant.

Scipion

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