Nucléaire : pros and cons

Demain, cela fera 16 mois qu’aura débuté la catastrophe de Fukushima, initiant une vague anti-nucléaire dans toute la France. Il était question de penser à abolir rapidement le nucléaire dans le pays, comme l’Allemagne l’a décidé. Aujourd’hui, avec Hollande au pouvoir, les seules décisions qui seront prises sont la continuation du projet 4G de Flamanville et selon ses engagements la fermeture du site de Fessenheim. Autrement dit, on ne touche à rien, en espérant que l’influence des écologistes augmentera la part des énergies renouvelables tout en fermant les vieilles centrales situées dans les zones fragiles. Au mieux. Peut-être faudrait-il récapituler les arguments pour conclure ce débat non fini de l’année 2011.

Pour commencer, le « pour ». Le nucléaire est un grand avantage en matière d’indépendance énergétique. Quand le général De Gaulle a fait le choix du nucléaire, il avait bien dans la tête de rendre la France indépendante sur le plan de la production d’électricité. Aujourd’hui, les fluctuations des cours des matières fossiles n’influencent presque pas notre production d’électricité. Cela procure un réel avantage économique à la France, qui produit de l’électricité à bas coût, mais n’a en plus pas besoin d’en importer. Ainsi, en 2009, le prix de l’électricité en France pour les ménages était de 11,5€ par kWh, alors que la moyenne européenne était de 15,8. La France a accumulé une capacité de production suffisante pour sa consommation, et est devenue leader mondial dans ce domaine, détenant des technologies de haute pointe, et vendant des réacteurs au monde entier. Ce secteur est source de croissance et d’emplois dans cette époque dévastatrice pour le travail. De plus, la France ne peut pas être mise dans le même panier que les autres vilains pollueurs de la planète, en n’usant pas ses ressources de combustible fossile. Non content de ne pas utiliser de ressources fossiles, le nucléaire ne rejette pas de CO², ce qui n’est pas négligeable. Avantages géopolitique avec l’indépendance, économique avec le coût de son électricité et environnemental.

A présent, le « contre ». Les raisons de l’opposition ne sont pas très originales, ni très diversifiées: l’environnement. Un Tchernobyl en France ne serait pas très réjouissant : les régions devenues fantômes, les bébés à deux coeurs mais sans bras, les cancers de la thyroïde et les arbres bleus ne profiteraient qu’aux charognes, croque-morts, montreurs de foire et peintres. Et les autres nations en profiteraient aussi. Le moindre accident nucléaire serait une catastrophe majeure pour l’humanité et la planète. A savoir si, en France, des accidents tels qu’en a déjà connu la planète pourraient se produire. Il y a déjà eu des incidents, mais jamais d’accidents (au moins 4 sur l’échelle INES). Oui, dans le sens où l’impossible ne l’est jamais, et où la France est assez exposée à certains risques d’inondations et sismiques, avec des centrales clairement vieillissantes. Cette probabilité reste quand même minime: même si la France reste théoriquement exposée aux tsunamis, on n’en voit pas tous les mois, avec une activité sismique nettement moindre qu’au Japon, une bonne formation des techniciens et un matériel toujours plus sûr, notamment avec les nouveaux EPR. On peut conclure par un simple « on ne sait jamais ».

S’ajoute à ça la question des déchets nucléaires : ils s’entassent dans des centres spécialisés. Ils finiront par poser la question de la place, et posent tout de suite la question des fuites radioactives. Areva assure que le temps que la dégradation des protections puisse être dangereuse pour l’homme et la nature, il n’y aura plus de radioactivité. On disait ça pour les fûts qu’on jetait en mer il y a 50 ans, et ils se désagrègent dès aujourd’hui. Ce problème, subissant la procrastination internationale, pourrait bien s’avérer une bombe à retardement.

Si ce n’était que ça, on pourrait comprendre le comportement statique qu’adoptera ce quinquennat. Mais l’énergie nucléaire n’étant pas renouvelable, le combustible fissible, par excellence l’uranium, s’épuisera, visiblement dans quelques décennies. Les plus pessimistes voient la fin du minerai en 2040. Les plus optimistes (type Areva) ne voient pas son extinction avant tant de temps que ce n’est pas la peine de s’en préoccuper. En utilisant des réacteurs moins gourmands en combustible, en recyclant, avec des sources diverses tout en prenant en compte l’accroissement de la demande, on peut dire qu’on en a encore pour 60 ans à risquer d’avoir un pouce bicéphale. Pour avoir un ordre d’idées, on en a encore pour 40 ans de pétrole, 70 de gaz et 200 de charbon. Une chose radicale peut décider du changement de source énergétique pour la France : la fin de l’uranium. Alors autant essayer de diminuer la part de nucléaire dans la production d’électricité du pays dès maintenant.

Les arguments « contre » ont donc plus de poids que les « pour ». Mais encore faut-il mettre en marche la machine. Et là, on ne parle pas de la volonté de changement du gouvernement, mais de la difficulté qu’il y aura à le mettre en place. En diminuant la part du nucléaire, on sera inévitablement amené à baisser le nombre d’employés, et ne suffira pas d’attendre: il faudra les licencier, ou plutôt les recaser. Il coûtera assez cher de trouver les technologies les plus efficaces pour les énergies renouvelables et de les mettre en place. De plus, il coûtera bien plus cher de démanteler les 13 centrales et 58 réacteurs actuellement en service en France. Sur ce point, les écologistes demeurent bien trop idéalistes, en pensant que les centrales vont disparaître d’un claquement de doigt pour laisser place à des champs d’éoliennes tombés du ciel. Mais si c’était eux qui avaient gagné, le changement serait maintenant.

Scipion

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