Faut-il jouer avec le vivant pour un meilleur futur ?

Dans cet article, nous nous intéresserons à deux points de bioéthique: le clonage et les OGM. Ce sont deux manipulations du vivant, que l’on opère pour avancer dans le domaine de la santé et de l’alimentation. Nous nous prêterons au fameux jeu du « pour » ou « contre ». Sauf qu’ici, les réponses seront en demi-teintes.

Le clonage désigne la création d’un nouvel être vivant, identique à un être vivant déjà existant. Ici, nous ne traiterons pas des cellules souches utilisées pour lutter contre des maladies, comme avec la manipulation de virus. En 1997 naît Dolly, premier mammifère cloné. Depuis, nombres de mammifères ont été clonés, certains après leur mort. Mais jamais l’homme. Le clonage pose de grands problèmes éthiques, et le clonage humain a été interdit dans de nombreux pays, dont la France. Ce qui pose notamment la question de l’intérêt du clonage et du droit à cloner un être vivant.

Deux voies pour le clonage: humaine et animale. Le clonage d’un humain « entier » est très risqué: le clone n’est jamais identique, et souffre de nombreuses maladies (Dolly a été euthanasiée à 7 ans à cause de problèmes respiratoires et d’arthrose). La science n’est pas assez avancée. De plus, dans quels buts ? On ne deviendrait pas immortels, puisque l’être cloné sera différent, ne serait-ce que psychologiquement de l’être initial. De plus, nous ne manquons pas d’humain, au contraire: la surpopulation causera de graves problèmes dans l’avenir. Une autre idée émise est de cloner des animaux de compagnies à leur mort. Cela dénote un attachement obsessif, voire malsain. Le problème est le même que pour les humains: on ne peut ni rajeunir, ni devenir immortel, un être cloné étant différent. Reste pour l’Homme le clonage thérapeutique: il se résume en la reproduction d’un organe. Cela permettrait par exemple de retrouver l’usage d’un bras, ou remplacer des organes vitaux en manque à cause du faible taux de dons. La science doit sur ce point, avancer. Enfin, peu vraisemblable, le risque de l’eugénisme existe tout de même, afin de créer des humains « parfaits ». Ce qui peut tristement nous rappeler les « lebensborn » de l’Allemagne nazie se produit encore à notre époque, où par exemple, un médecin californien propose aux parents de choisir différentes caractéristiques de leurs enfants (sexe, couleurs des yeux, etc).

Pour les animaux, deux « intérêts »: pour les animaux d’élevage, et pour les espèces protégées. Cloner des animaux d’élevage permettrait de parer au problème alimentaire mondial. Encore faudrait-il des coûts minimes, et que l’animal cloné soit sain et propre à la consommation. Sur ce point, la science a encore des progrès à faire. Le point le plus intéressant concerne la sauvegarde de la biodiversité: cela sauverait certaines espèces en danger d’extinction, voire pourrait ramener à la vie certaines espèces disparues, ce qui serait très positif pour la biodiversité mondiale, aujourd’hui gravement atteinte par le comportement de l’Homme.

Les Organismes Génétiquement Modifiés sont des êtres vivants dont on a modifié le code génétique, normalement pour le rendre plus « performant ». De même, normalement, il s’agit de plantes ou d’animaux, mais pas d’humains (cf. plus haut pour le risque de l’eugénisme). La théorie est très tentante. Les OGM permettraient d’accroître le potentiel agricole: résistance aux parasites, produits agricoles plus nutritifs, qui se conservent plus longtemps, êtres vivants plus « productifs » (accroissement du nombre d’enfants pour les animaux, du rythme de germination pour les plantes). Cela pourrait aussi avoir des effets positifs sur l’Homme ou l’environnement: avec une agriculture plus productive, on préserverait des terres et on éviterait les pesticides. Pour l’Homme, on pourrait « insérer » des vaccins dans les produits agricoles, ce qui permettrait une lutte mondiale bien plus efficaces contre les pandémies et épidémies. De même, la production accrue de colza, par exemple, résoudrait le paradoxe alimentation/biocarburants.

Il s’agit de la théorie. Car dans la pratique, la science n’est pas encore assez efficace. Il y a donc des « ratés ». Par exemple, certains plants de maïs transgéniques attaquent le reste de la biodiversité, comme les abeilles. Les mutants pourraient ne pas muter correctement, transmettre des maladies à l’Homme, devenir impropre à la consommation, contaminer d’autres plants, et ainsi bouleverser l’équilibre d’un milieu et la chaîne alimentaire. De plus, certaines entreprises agro-alimentaires, notamment l’ami Monsanto, ont mis au point des plantes « terminator », qui ne germent qu’une année avant de mourir. D’où la nécessité d’en racheter, ce qui prend les cultivateurs à la gorge. Rappelons tout de même qu’il existe d’autres moyens d’accroître la productivité agricole sans modifier le code génétique des êtres vivants: le croisement des espèces, qui respecte tout à fait la bioéthique, et permet par exemple de produire de plus gros lapins, ou d’allier la résistance d’une banane aux qualités nutritives d’une autre. Et que des méthodes biologiques existent, qui évitent d’endommager l’environnement, tout en conservant une certaine productivité.

Reste à poser la question du droit à « influencer » le vivant. Les partisans du « contre-nature » finiront peut-être par mettre de l’eau dans leur vin en voyant que ces modifications permettent aussi un meilleur futur. Pour le clonage, cela peut se résumer à un « oui » pour les êtres vivants non liés sentimentalement, donc pas pour les humains et les animaux de compagnie. Dans les deux cas, on peut conclure à un « stand-by » tant que la science n’a pas assez évolué, et n’a pas effacé les inconvénients que procurent les modifications du vivant.

Scipion

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