« Croissez et multipliez-vous » : le dilemme de la surpopulation

La question de la surpopulation mondiale fait l’objet d’éditoriaux passionnés dans nos hebdomadaires lorsque l’immobilier ou la crise ont déjà été trop largement abordés. A l’instar de la fonte des glaces, la croissance de la population mondiale est traitée sur un mode sensationnaliste, un genre de scénario catastrophe hollywoodien mais avec moins d‘images « choc » en réserves : en effet, le phénomène est lent et très progressif. A chaque article son graphique terrifiant, sa glose angoissée et pessimiste. Au final, aucune proposition concrète pour tenter de régler la question, pas même l’esquisse d’une solution, ou seulement quelque proposition hypothétique et fumeuse. En effet, la question est souvent liée à l’environnement et au développement durable.

Lorsqu’on lit les comptes rendus du sommet de Rio 2012, l’optimisme n’est pas de rigueur. Aucun plan, aucune contrainte, uniquement des constats et une impossibilité presque totale de s’entendre sur des questions aussi fondamentales peuvent conduire à une vision noire, catastrophiste, de l’avenir de l’humanité. Ainsi, il existe des prophètes de la surpopulation comme il en existe de la surpollution mondiale. Ce sont parfois les mêmes. Curieusement toutefois, le mouvement anti-surpopulation, très actif dans les années 1970 (en particulier aux Etats-Unis) est en net déclin.

C’est ce que constate le chercheur américain Dennis Meadows dans Libération : « Dans les années 70, les Nations Unies organisaient des conférences sur ce thème. Aujourd’hui, il n’y a plus rien. » Ce chercheur, engagé dans un combat pour la réduction de la natalité depuis trente ans, pointe le danger d’une politique antinataliste trop brutale : elle conduirait à avoir « un actif pour sept inactifs. Vous comprenez bien qu’il est impossible de faire fonctionner correctement un système social dans ces conditions ». Que faire, alors ? Rien, nous répond Dennis Meadows, c’est trop tard. Mais, réjouissons-nous, il y a une lumière au fond du tunnel : «Cette civilisation matérielle va disparaître, mais notre espèce survivra, dans d’autres conditions. » A la bonne heure, sonnez les cloches, en avant tambours et trompettes !
Les militants de la lutte contre la surpopulation ont des raisons objectives de se sentir découragés, dépassés par la tournure des choses. Le natalisme a encore de beaux jours devant lui : il est défendu par l’ensemble des autorités religieuses dans le monde et nul ne défend une politique restrictive comme celle de la Chine- qui commence d’ailleurs à la modifier. En ce cas, en dehors des pays développés, la baisse de la natalité est faible au regard des difficultés d’approvisionnement de la planète et de la surconsommation.
Ces Cassandre ont-ils forcément raison ? Leurs opposants sont-ils nécessairement à la solde des lobbies natalistes, à l’image des chercheurs soutenus par les compagnies pétrolières et des think tanks grassement subventionnés par elles qui remettent en cause le réchauffement climatique ? On peut en douter. La question de la croissance de la population mondiale divise les démographes, et tous ne partagent pas le pessimisme de Dennis Meadows ou des associations comme WOA (World Population Awareness) (qui ont cependant le mérite de défendre le planning familial dans les pays en développement).

On ne peut soupçonner Hervé Le Bras, pour ne citer que lui, d’être un catholique intégriste déguisé en démographe renommé. Le Bras voit derrière l’argument démographique un prétexte habilement déguisé : « Les pays développés se servent de l’argument démographique pour rejeter la responsabilité sur des pays peuplés et en croissance démographique comme la Chine ou l’Inde. Entretenir l’angoisse populationnelle est une façon de ne pas remettre en cause la structure de la consommation des pays les plus riches. »
En somme, à l’image des pays du Sud qui reprochent à ceux du Nord de les empêcher de se développer avec des normes environnementales contraignantes, les pays du Nord retournent l’argument démographique contre les pays en développement. Un des multiples avatars de la fameuse citation de l’Évangile de Luc, (6, 41) : « Comment peux-tu dire à ton frère : Frère, laisse-moi ôter la paille qui est dans ton œil, toi qui ne vois pas la poutre qui est dans le tien ? »

Il ne sert objectivement à rien de se lamenter au sujet de la surpopulation. L’un des personnages du roman Freedom, de Jonathan Franzen, passe son temps à réciter des monologues anti-natalistes, épiloguant sur l’incapacité de ses compatriotes américains à comprendre l’importance de l’enjeu. « Il n’y a pas un problème dans le monde qui ne puisse être résolu ou du moins être largement réglé par une population moindre. Et pourtant, nous serons un milliard de plus d’ici 2050 », nous énonce ce personnage, Walter Berglund, qui calcule chaque jour le nombre de nouveaux habitants. Il finit par délirer à haute voix, s’exclamant que le genre humain est « un cancer pour la planète ». Ses efforts pour convaincre les jeunes Américaines de renoncer à la maternité s’avèrent parfaitement vains.
Aussi, même si la baisse de la natalité semble un fait acquis avec la fin prochaine de la transition démographique dans de nombreux pays, il faudra faire avec l’augmentation de la population mondiale due à cette même transition et à une meilleure espérance de vie. D’aucuns prétendent que le « pic» démographique sera atteint en 2050. La démographie n’étant pas une science exacte, on ne saurait en être certain. Ce qui l’est toutefois est qu’il faudra trouver de quoi nourrir ces habitants et leur fournir un cadre de vie supportable, un travail, le tout avec une population vieillissante. La production agricole devra suivre, sans pour autant polluer davantage. Voilà la quadrature du cercle, et voilà ce que les différents sommets depuis 2000 ne semblent pas franchement anticiper (ou plutôt si : ils anticipent le chacun pour soi).

Sans verser dans le catastrophisme, il faut bien appeler cela un défi. Rien que l’humanité ne puisse affronter toutefois, en prenant garde de prévoir ces situations au amont au risque, sinon, de devoir gérer une situation d’urgence permanente pendant quelques décennies.

Agrippine

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