L’important, c’est la pose

L’université d’été du Parti socialiste s’achève à La Rochelle dans une ambiance très policée : nul ne souhaite ouvrir les hostilités car les socialistes sont désormais au gouvernement et doivent donc parler, dans la mesure du possible, d’une même voix. Ségolène Royal se trouvant, par le plus grand des hasards, non en Poitou-Charentes, mais en Afrique du Sud au congrès de l’Internationale socialiste, elle n’a pas pu (ou voulu) faire entendre de voix discordante.

En-dehors du meeting « off » de son rival victorieux Olivier Falorni dans un bar à cent mètres des discours officiels, force est de constater que cette grand-messe a été d’un ennui consommé. Pouvait-il en être autrement ? Le parti socialiste au pouvoir cherche ses marques, les critiques deviennent acerbes, les cotes de popularité baissent dangereusement et, déjà, les accusations d’inaction et de langue de bois font florès. La communication maîtrisée -on appelle cela les « éléments de langage » – était donc le maître mot du côté du gouvernement : les ministres présents étaient priés de relayer la bonne parole (ils doivent subir une réunion par semaine pour éviter les « couacs ») et le Premier ministre lui-même commence une contre-offensive médiatique. Martine Aubry également est mise à contribution, déclarant à la presse : «Si je comprends les impatiences des Français, je leur dis aussi que le Président et le Premier ministre font tout ce qui est possible», déclare la bientôt ex-secrétaire du PS. Jean-Marc Ayrault s’est offert un bain de foule avec des militants MJS, peu enclins à critiquer officiellement la politique gouvernementale, même avec des pincettes. De débat il n’y eut point, de question épineuse non plus. Les applaudissements sont polis. Chacun garde ses interrogations pour soi et écoute la « bonne parole » gouvernementale qui, soyons honnête, sonne un peu creux  « Un pays qui prépare l’avenir de sa jeunesse, c’est un pays qui met le paquet dans l’éducation », déclare le Premier ministre.

C’est que le Parti socialiste sort d’une longue cure d’opposition et doit montrer une supposée “culture de gouvernement” en évitant les démentis, les conflits ouverts ou les rivalités qui ont marqué ces dernières années. Peu de cadres expérimentés, au point que les anciens des cabinets ministériels de l’époque Jospin sont rappelés. Rien à voir, cependant, avec l’improvisation de 1981 où l’euphorie de la victoire avait conduit à une mise en route très longue et des décisions souvent hâtives. Le gouvernement cherche à donner une image de responsabilité, de modération dans l’action, de détermination aussi. Les impatiences sont grandes, les inquiétudes également (ainsi les Verts sur la question du nucléaire). Le déminage est donc permanent, tout comme les effets d’annonce: on cherche à contrer l’offensive Mélenchon qui tonne contre les « 100 jours pour presque rien » en mettant en avant « les 1800 jours d’une présidence de gauche, 1800 jours d’un gouvernement de gauche » qui restent, comme le déclare Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales. Pas sûr cependant que la mise en cause de l’action de Nicolas Sarkozy, accusé d’avoir « détricoté la France », suffise à rassurer sur la réactivité du gouvernement.

Les esprits chagrins sont nombreux et il est somme toute logique qu’après le bonheur de la victoire, les socialistes se retrouvent avec quelques états d’âme. La critique et l’action politique sont deux mondes différents : en se retrouvant propulsés à la tête du pays, les socialistes ont sans doute perdu un peu de leur mordant. N’est-ce pas le lot de tous les responsables politiques qui accèdent au pouvoir ? La déception n’est-elle pas le pendant inévitable de l’enthousiasme qui l’a précédée? Les socialistes ont l’obligation de se montrer fidèles à leurs promesses électorales sans oublier d’innover, ce que Martine Aubry a énoncé dans son discours de clôture en parlant de « réflexion sur les sujets d’avenir ». Une manière de mettre en garde contre ce qui guette inévitablement tous ceux qui arrivent au pouvoir : un excès d’assurance et un manque d’inventivité.

Agrippine

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