Elèves désorientés

Parmi les 12 millions d’élèves rentrés cette année dans l’enseignement primaire et secondaire, un peu plus de 2 millions auront un choix à faire pour l’avenir. 2 millions  d’élèves pas toujours informés correctement à propos de la filière qu’ils prendront, ou qu’on leur fera prendre. A part de rares spécimens d’élèves, tous ont pour objectif la 1ère S, qui leur montrera la meilleure voie pour l’avenir et quadruplera leur capacité cérébrale. La répartition des élèves se fait toujours de la même façon, comme un incroyable hasard, mais de nombreuses mains « invisibles » agissent.

Dès la 3e, les élèves doivent choisir une voie.  Soit la Seconde Générale et Technologique, soit la Seconde Professionnelle. Tous ou presque choisissent la voie générale, sous pression des parents qui ne voient que celle-ci pour satisfaire leur désir d’avenir pour leur progéniture. Le stress des 3e ne tient finalement pas du brevet, mais de l’angoisse qui leur est transmise de ne pas « réussir » à entrer dans la voie royale. Les décisions de fin d’année des conciliabules proviseur/professeurs se résument généralement à dire si oui ou non l’élève a d’assez bonne note pour intégrer la voie générale. La filière professionnelle se résume donc à un dépotoir de la première. A entendre dans la voix des parents de bons élèves le dédain quand ils parlent de CAP, de BEP ou autre bac pro. Le discours du personnel enseignant, pourtant proche de la vérité, n’est que théorique. La voie professionnelle, dédiée aux élèves souhaitant une approche plus concrète de l’enseignement et une arrivée directe dans la vie active après le diplôme d’enseignement secondaire, regroupe en fait les rebuts de cette sélection naturelle de l’Education Nationale. A la fin de la 3e, lors de la remise des décisions du conseil de classe, beaucoup de désillusions, mais jamais de surprises. Et de nouveaux embrouillés par cette nouvelle illusion que sont les « passerelles inter-filières ».

Alors que les 2ndes pro s’embourbent dans les différentes spécialisation, chez leurs cousins de 2nde Générale et Technologique, une nouvelle ruée: sur la 1ère S. Le Graal, qui contraste avec la pestiférée 1ère technologique. Et contrairement à la 3e, ils ont plus que deux options: une demi-douzaine en technologique, trois en générale: Littéraire, Scientifique et Economique et Sociale. Le personnel éducatif différencie les deux lycée selon la longueur des études envisagées après le bac: 3 ans au maximum avec un bac technologique en poche, et plus avec un bac général. Pour la 1ère générale, selon les « centres d’intérêt », respectivement l’Histoire, le Français, les langues et la Philosophie; les Maths, la Physique-Chimie et la Biologie; et l’Economie. Mais pour les parents, seule la Première Scientifique peut lui assurer de réussir dans la vie. Ainsi, une course à deux niveaux s’opère: au sein des 1ères générales, où la Scientifique truste la moitié des places, et au sein des deux lycées, les deux autres voies étant généralement le moyen, par défaut, de se raccrocher au bac général. Et contrairement à l’année passée, quelques illusions: beaucoup d’élèves arrivent, parce qu’ils n’avaient pas trop de mauvaises notes, à intégrer une 1ère générale, ce qui engendrera deux ans de souffrances pour un choix irréfléchi. Un nombre impressionnant de Scientifiques déclarent ne pas apprécier les Mathématiques ou la Physique, matières qui à elles seules compteront pour moitié dans leur note finale du bac. Ceci se démontre par le nouveau choix à faire à la fin de la 1ère : la spécialité. Une fois le bac général en vue, les parents relâchent la pression, et laissent les élèves choisir entre Informatique, SVT, Physique-Chimie et Maths pour la Terminale, pour connaitre la matière qui comptera le plus d’heures et le plus dans la note finale. Là, la ruée vers la biologie montre l’évitement de matières qui leur assurent déjà une année de plus de misère et des difficultés aux examens. Au-dessus de cette tambouille regardent les chefs d’établissement: occupés à améliorer leur classement et leur taux de réussite au bac, et sous couvert de la réussite de chacun, ils procèdent et un épissage sauvage et tronque tous les contingents d’élèves, pour ne garder en bout de course que ceux qui leur assureront un certain prestige et un regard émerveillé des autres lycées, devenus lycées poubelles qu’il faut éviter et que les parents fuient à l’entrée en 2nde.

Pour ceux qui voient plus loin que le bout de leur bac, les perspectives d’orientation leur font tourner la tête. Ils ont à choisir entre des dizaines de voies. Et une fois la voie choisie, encore quelques dizaines de structures sont susceptibles de les accueillir, mais ce sera bien sûr la meilleure qui sera privilégiée. On laisse les élèves tant baver devant cette voie lactée post-bac que beaucoup ne savent pas ce qu’ils désirent faire quand arrive le moment de l’inscription à Admission Post-Bac. Et, moins grave mais tout aussi révélateur, quasiment aucun n’a une idée précise du métier désirée. Les élèves sont noyés sous les instructions officielles, les sites internet, documents ONISEP et instructions des conseillers d’orientation plus occupés à interdire qu’à autoriser. Si l’on croyait les parents d’élèves, la prochaine génération qui arrivera sur le marché du travail sera composée uniquement d’architectes et d’ingénieurs. Les classes préparatoires ultra-sélectives seront submergés de demandes d’élèves inconscients de la difficulté et de la masse de travail demandée. Les élèves sont très mal conseillés sur les filières qui embauchent, ce qui pourrait réduire le chômage dans le futur. La grande désorientation des élèves du secondaire peut faire craindre le pire pour leur avenir.

Scipion

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