Compétitivité : Un débat stérile ?

Jean-Marc Ayrault a annoncé ce matin même les premières mesures du « pacte de compétitivité » issu du rapport Gallois. Ce que les médias, les politiques, même les entreprises retiennent essentiellement, c’est l’abaissement des charges sociales de 20 milliards d’euros, transférées sur la TVA majoritairement, alors que François Hollande s’est engagé durant sa campagne à ne pas augmenter cette impôt. Ces derniers jours, le débat sur l’état actuel de la compétitivité en France semblait limité à une seule pauvre question : celle du coût du travail. Les représentants du MEDEF, de l’UMP, entre autres, ont perpétuellement dénoncé, en plus du terrible « matraquage fiscal » annoncé suite aux hausses d’impôts, le coût du travail immense selon eux en France, qui serait la seule cause du manque de compétitivité de l’industrie et des entreprises françaises.

Certes, les pays émergents sont très compétitifs surtout grâce à leur coût du travail, très faible. Ces derniers sont surtout spécialisés dans des produits à bas de gamme …  Prenons le cas de l’Allemagne : ce pays a un coût du travail moyen similaire au nôtre. Ses travailleurs travaillent en moyenne un peu plus que nous (environ 38h par semaine pour les français, 39h pour les Allemands, selon des statistiques d’Eurostat de 2010), mais l’écart n’est pas grandissime. Le pays a connu, en 2009, une récession plus importante que la nôtre. Aujourd’hui, le bilan économique du pays est très intéressant : une industrie automobile performante, une industrie chimique et technique dynamique … Economie qui quant à elle reste plus spécialisée dans le haut de gamme. Comme quoi, sans avoir énormément diminué le coût de travail, le pays germanique a un net avantage compétitif par rapport à la France. Contrairement à nous, ils n’ont pas eu besoin d’un « choc » : juste une politique à long terme, prenant en compte tous les aspects de la compétitivité.

Jacques Attali a voulu le préciser : la compétitivité n’est pas que coût du travail ! C’est aussi la recherche et le développement, la formation, les investissements. En ce sens, la Banque Publique d’Investissement, ou le Crédit Impôt Recherche sont de bonnes initiatives, mais insuffisantes. Pour ce qui est de la Recherche et le Développement, le graphique ci-dessous témoigne du malaise français en la question, en comparaison encore une fois avec notre ami allemand.

Dépenses en R&D de l’Allemagne (orange) et de la France (bleu)

 

En matière de formation et d’apprentissage, la problématique reste en suspens. Pourtant, les grandes écoles d’ingénieur et universités françaises sont d’un excellent niveau, et forment de très bons ingénieurs français. Mais ils rencontrent deux problèmes : le manque cruel d’investissement dans les centres de recherche et entreprises du domaine, connaissant des conditions moins bien attrayantes que leurs partenaires américains par exemple. La fuite des cerveaux devient réelle. En favorisant ces entreprises, l’économie française ressentira de facto les effets. Pour des métiers nécessitants moins de qualifications (essentiellement les métiers manuels), les formations rencontrent plus de difficultés : les filières pros ont de graves difficultés financières, ne sont pas attractives. L’alternance rencontre des difficultés, alors qu’elle constitue un excellent apprentissage. Dans ce domaine, les Allemands ont réussi à former un modèle aboutissant à une bonne formation professionnelle (avec cinq types d’écoles différents : la Realschule, le Gymnasium …), sans mettre en péril l’apprentissage citoyen, culturel des élèves, comme souhaitait officieusement le faire Jean-François Copé en souhaitant mettre fin au collège unique avec un examen dès la fin de l’école primaire.

Alors oui, la baisse du coût du travail peut être un avantage. Cependant, la hausse de la CSG et de la TVA conséquente, va fortement abîmer le pouvoir d’achat des français, et donc la demande française … Le débat de la compétitivité a eu trop tendance à se polariser autour du coût du travail et du temps de travail, alors qu’il ne s’agit pas des failles compétitives de la France. Le débat doit s’ouvrir autour des autres thèmes énoncés plus haut, car il s’agit de solutions structurelles et non conjecturelles, qui auront de plus grands effets sur la compétitivité. De plus, le rapport Gallois ne semble pas s’être inscrit dans une logique de souci de la demande, ou encore de l’environnement. La France doit aussi envisager un autre mode de développement compétitif : une compétitivité plus « verte », une compétitivité « sociale ». C’est avec ces conditions réunies que l’industrie et les entreprises françaises auront une meilleure santé ainsi qu’une croissance plus forte, et ce sur tous les plans.

Rocigre

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