La guerre Copé-Fillon vue par Thucydide

La cause de tout cela, c’était le pouvoir voulu par cupidité et par ambition ; de ces deux sentiments provenait, quand les rivalités s’instauraient, une ardeur passionnée. En effet, les chefs des cités, pourvus dans chaque camp d’un vocabulaire spécieux, qui leur faisait exalter davantage l’égalité de tous les citoyens devant la loi ou bien la sagesse de l’aristocratie, traitaient les intérêts de l’État, qu’ils servaient en parole, comme un prix à remporter; et dans cette joute où tous les moyens leur étaient bons pour triompher les uns des autres, ils osèrent le pire, et poussèrent plus loin encore leurs vengeances, car ils ne les exerçaient pas dans les limites de la justice et de l’utilité publique, mais ils les fixaient selon le plaisir qu’elles pouvaient comporter en l’occurrence pour chaque camp ; et que ce fût par une condamnation issue d’un vote injuste ou en se saisissant par force du pouvoir, ils étaient prêts à satisfaire leurs rivalités immédiates. Quant aux éléments intermédiaires dans les cités, ils étaient massacrés par les deux camps, soit parce qu’ils ne les soutenaient pas, soit qu’on trouvât odieux de les voir, eux, en réchapper. […] L’affrontement d’esprits défiants passa au premier plan : il n’y avait nul moyen d’apaisement, ni parole qui fût sûre, ni serment qui fût terrible […]. Et les esprits ordinaires l’emportaient le plus souvent : à force de craindre leur propre insuffisance et l’intelligence de l’adversaire, redoutant à la fois d’être inférieurs par la parole et pris de court par cette souplesse d’esprit prompte à l’intrigue, ils passaient hardiment aux actes. […] La vie de la cité fut bouleversée en cette crise, et la nature humaine, victorieuse des lois, elle qui a coutume aussi de les violer pour commettre l’injustice, prit plaisir à montrer qu’elle ne domine pas sa colère, l’emporte sur la justice et fait la guerre à toute supériorité : autrement, on n’eût pas préféré la vengeance aux règles sacrées, le profit au respect
de la justice, si la jalousie n’avait possédé une force nuisible.

THUCYDIDE, Livre 3, 82-84 : réflexions sur les conséquences morales de la guerre. Traduction de Jacqueline de Romilly.

L’historien nous montre que les guerres fratricides ont bien peu évolué. Ici, il est possible qu’un seul des adversaires de l’UMP soit responsable – sans doute plus Copé que Fillon, car le premier est grandement avide de pouvoir, prêt à se tourner vers les discours les plus vomitifs, alors que le dernier passe pour plus modéré et plus sage dans l’exercice du pouvoir. Quoi qu’il en soit, peut-être parfois malgré eux, ils se sont entraînés dans un engrenage pitoyable et triste pour leurs 300.000 adhérents et en général pour tous ceux qui comptaient sur ce parti pour représenter leurs idées. Devant le sang qui coule, les médias ajustent leurs objectifs quand ils devraient détourner la tête.

Scipion

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