Ah, l’âme russe!

Curieux comme Vladimir Poutine apparaît chaque jour davantage comme l’ami des stars (jeu de mots facile en vue…), en particulier des stars françaises un peu « minables » selon Ayrault, un peu « has been » selon beaucoup d’autres. Mais quoi, comment ne pas avouer que les charmes de la Russie moderne sont presque irrésistibles, ce pays si accueillant, cette « grande démocratie » que le monde entier ne reconnaît hélas pas -encore- à sa juste valeur.

Ne voyons rien de risible, ni de ridicule dans cette assertion de M. Depardieu. Après tout, si la Russie n’est peut-être pas la « grande démocratie » revendiquée par notre Cyrano national, elle en a du moins les atours avec, en sus, une stabilité que nombre de démocraties lui envient sans oser l’avouer (car le démocrate occidental est pleutre, c’est bien connu, c’est un autocrate qui s’autocensure en permanence).

En effet, en Russie, bien peu de critiques du gouvernement, pas de Conseil constitutionnel pour censurer les lois les plus importantes de la législature ni, enfin, d’accusations de « mollesse » envers le Président. Ce n’est pas Poutine qu’on surnommerait « Flamby », lui qui promettait dans son langage fleuri et éminemment démocratique de « buter les Tchétchènes jusque dans les chiottes ». Les débats à la Douma semblent très démocratiques et parfois fort divertissants, avec force bagarres entre M. Jirinovski et les communistes ou les libéraux, les uns clamant leur respect pour Mussolini, les autres pour Staline, et les libéraux pour… sans doute l’atroce démocratie « à l’américaine », multiculturelle, prosémite et mondialiste. Il arrive même que des opposants manifestent dans les rues par -20°, les chefs des partis d’opposition peuvent s’exprimer tout en passant quelques heures en garde à vue chaque semaine, il existe un journal d’opposition : qui irait nier, après cela, que la Russie soit une « grande démocratie » ?

Et force est de constater que la paix est grandement rétablie en Tchétchénie, ce petit pays désormais gouverné de manière ô combien stable par le fils d’un président élu très démocratiquement en 2004 mais malencontreusement assassiné la même année. Ramzan Kadyrov, ledit fils, est certes tchétchène et même musulman, mais l’un de ceux que Poutine ne « buterait » pour rien au monde : il lui a décerné la médaille de la Grande Russie, la plus haute distinction du pays. Non, vraiment, c’est un faux procès qui est fait à M. Kadyrov, seul capable de maintenir un semblant de stabilité dans ce pays ravagé par la guerre et menacé par un djihadisme wahhabite de fort mauvais aloi. Certes, on l’accuse de goûter un peu trop les assassinats de journalistes (comme la responsable de la fédération tchétchène des Droits de l’Homme en 2009 ou encore la célèbre Anna Politkovkaïa en 2006 qui avait eu l’outrecuidance d’écrire que Kadyrov symbolisait l’ « insolence rustre et la cruauté masqués par du courage et de l’amabilité ») et de ses opposants (six d’entre eux disparus tragiquement en quelques années, de par le monde). Mais ce ne sont là, à l’évidence, que racontars et rumeurs malveillantes. D’ailleurs, avant notre « Gégé » en 2012, ce furent Jean-Claude Van Damme, Diego Maradona et Jean-Pierre Papin qui démontrèrent à Grozny quelques-unes de leurs qualités physiques, moindre que celles de M. Kadyrov, à la vérité – l’ équipe de football « mondiale » a perdu contre les Tchétchènes et leur capitaine, l’inévitable M. Kadyrov, à la loyale.

Non, la vérité, c’est que la Russie attire nos acteurs, chanteurs et trésors nationaux par son charme si particulier : l’âme slave est fascinante, complexe, l’enthousiasme communicatif. Comment expliquer autrement l’attrait de Gérard Depardieu pour la nationalité russe ? Un mélange d’intérêt pour la culture, l’art russe et la grandeur d’âme et le courage des Caucasiens ? Pourquoi pas, après tout, puisqu’il existe des nationalités de coeur autant que de papier, et que de nombreux exilés ont choisi la France par le passé ? Que nos philosophes des Lumières eux-mêmes sont allés éclairer Catherine II, avec le succès que l’on sait ?

On pourrait ainsi suggérer d’organiser cette nouvelle forme de « retraite de Russie » en sens inverse de façon à la fois rationnelle et divertissante : regrouper toutes les « stars françaises » populaires en Russie, au zoo de Grozny, qui accueillerait les deux éléphants risquant d’être euthanasiés munis d’un passeport russe animalier. Il s’agirait ensuite de monter un spectacle de danse avec les éléphants sous la houlette de Nana Mouskouri et de Brigitte Bardot, accompagnées par quelques chansons de Mireille Mathieu (« mille colombes » semble très approprié ici, un hymne pacifiste). On pourrait aussi inviter Mike Tyson, grand ami de M. Kadyrov, pour l’aspect plus « viril » du spectacle : il arracherait en direct les oreilles d’opposants connus (des terroristes, évidemment).

Ce n’est évidemment qu’une suggestion, mais l’âme russe n’est-elle pas à la fois romantique et belliqueuse, symbole de la lutte contre l’adversité mais aussi de la reconnaissance de l’autorité bienveillante ? La politique française est d’un terne, tout cela manque de piquant, d’héroïsme et de grands desseins. Esprit des steppes, réveille-toi !

Agrippine

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