Questions de démocratie

Dans cet article, nous interrogerons la démocratie française, pour savoir quels sont ses avantages et ses limites, de quelle manière elle peut être corrompue mais aussi améliorée, voire même si elle existe encore. Car bien que la démocratie soit confortablement installée depuis plus de 13 décennies de manière quasi continue dans ce pays, The Economist la classe dans la catégorie des démocraties imparfaites.

Les élus sont-ils représentatifs de la société française ?

Une critique fréquente de l’extrême-droite est de qualifier l’Assemblée Nationale de non-représentative. Ainsi, le PS a plus de 50% des voix alors qu’il est évident que les sympathisants PS ne sont pas 20 millions. Néanmoins, si on devait considérer la répartition politique comme équivalente aux résultats de l’élection présidentielle, le terme de majorité n’existerait plus. C’est d’ailleurs le problème qui s’est posé durant la IVe République, où les majorités se faisaient au gré des alliances, détruisant les gouvernements au bout de quelques mois. Le président serait donc obligé d’entailler ses promesses et de faire des compromis sévères pour faire adopter des décisions minimalistes. Le système du 2nd tour, à la présidentielle comme durant les législatives permet de faire accepter un candidat par la majorité et d’éliminer les candidats extrémistes le plus possible. Quant au fait que les idées des Français puissent changer en 1 an et que Machin ne serait pas élu aujourd’hui, la solution serait de faire une élection tous les mois, ce qui serait ridicule. Donc si les Français était en 2012 favorables à l’adoption par les homosexuels et ne le sont plus en 2013, cela ne peut influer sur les projets de loi. La démocratie parfaite serait de faire voter chaque décision par les 40 millions d’électeurs dans une (très) grande salle. Le système athénien de sélection aléatoire des membres de l’Assemblée peut marcher avec une cité mais pas avec un pays ayant besoin d’une ligne claire. On a donc décidé d’élire des représentants de manière régulière et de les considérer comme représentatifs de nos idées. Un élu n’est pas le miroir exact des citoyens mais celui qui est le plus fidèle de tous les candidats. Il est notamment censé être plus apte que la moyenne des citoyens à décider et à gérer des situations extrêmes. Un citoyen pris au hasard pourrait prendre des décisions hasardeuses avec un code nucléaire dans les mains. Ils sont supposés être réfléchis, et c’est pour cela par exemple que Hollande ne s’est pas roulé par terre et n’a pas fait exploser le Pentagone quand l’affaire Snowden a explosé, contrairement aux opposants qui n’avaient pas ses responsabilités. On se moque souvent de l’âge des sénateurs et des députés, et même s’il est vrai que certains s’accrochent un peu au siège et viennent y mourir, personne n’aimeraient voir 577 citoyens tout juste majeurs décider du budget. Enfin, on peut se demander si la stabilité et la Raison d’un conseil municipal ou d’une Assemblée valent la peine d’aller parfois contre l’opinion du peuple. Cette question peut rester longtemps sans réponse.

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Source: JDD, photo de Témoignages

Doit-on avoir un gouvernement d’union nationale ?

On a pu voir des gouvernements d’union nationale dans les situations de crise, comme en France durant la 1ère Guerre Mondiale et en quelque sorte en Italie après le départ de Berlusconi, où Mario Monti a été plus que largement approuvé pendant 1 an et demi. Ce sont deux systèmes parlementaires où les majorités n’étaient pas sûres dans des temps où il fallait prendre des décisions fortes rapidement. On ne pouvait donc pas se permettre de tergiverser des années sous peine d’arriver dans le mur. On voit la difficulté qu’a eu le gouvernement italien actuel à se former. L’Union Nationale permet donc de faire approuver une politique par la grande majorité de la « classe politique ». En France, on a beaucoup parlé de gouvernement d’union nationale. Or, la majorité est solide actuellement, donc les décisions peuvent être prises rapidement. C’est aussi pour cela que parfois les membres de l’Assemblée ou du gouvernement doivent mettre leurs idées et fierté de côté pour avancer et ne pas s’éparpiller. De plus, il est assez peu probable que ceux qui ne sont pas au gouvernement acceptent, que ce soit par pur esprit de contradiction ou pour ne pas se compromettre dans un possible échec. Quelques-uns peut-être accepteraient parce que tout poste de pouvoir est bon à prendre … Par conséquent personne, ni la majorité, ni l’opposition, ni la France en général n’auraient intérêt à cela. Excepté s’il s’agit de ne pas se montrer obtus et de rechercher les compétences au-delà de son « camp ».

Besoin de double vitrage

 On ne peut pas dire que l’influence de l’exécutif français soit étouffante en France, mais il serait bon de veiller à la correcte séparation des pouvoirs, base de toutes les bonnes démocraties. Souvent, l’indépendance de la justice est critiquée avec une intrusion de l’Etat dans les décisions de justice (avec l’affaire Tapie qui ressort). Les magistrats doivent être des professionnels non élus, désignés selon leurs compétences et ancienneté par un Conseil de la Magistrature totalement indépendant du Président de la République et de la Garde des Sceaux; le gouvernement ne doit s’occuper que des réformes. On n’aimerait pas avoir une justice désignée selon les amitiés ou défiances, avec des décisions favorables à l’exécutif ou à ses relations. Il faut aussi veiller à ce que les médias demeurent indépendants de la politique, qu’ils soient privés ou publics. On se souvient des soupçons d’ingérence de Nicolas Sarkozy avec l’éviction de Stéphane Guillon notamment et de son amitié avec Martin Bouygues, propriétaire de TF1. Cf. ce sondage montrant la très négative vision qu’ont les Français des médias. L’information apportée doit être objective, cela ne doit pas être un ensemble d’éditoriaux qui ne dit pas son nom. La politique quant à elle doit demeurer indépendant des lobbys, comme le lobby nucléaire qui agit à contre-courant de l’écologie. Des groupes de pression font pencher  la balance en leur faveur unique dans les couloirs sombres, alors que la politique se fait dans l’intérêt de tous. Ils devraient  au contraire publiquement faire valoir leur point de vue pour participer au débat comme dans une vraie démocratie. En bref, la politique doit s’éloigner autant que possible de tout conflit d’intérêt. Il faut créer une instance supérieure avec un vrai pouvoir de répression afin d’empêcher les politiques de décider tout en ayant un intérêt, de punir les décisions subjectives et de répertorier les relations avec les industriels, ONG, etc. qui se créent lors des dîners ou autres.

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Source: France Culture

Absentéisme politique

Un des problèmes pointés par le classement de The Economist est le manque de participation des citoyens à la vie politique. Avec la crise et les temps mauvais, l’abstention se fait grandissante. Les abstentionnistes n’ont pas l’impression de compter dans l’équation ou ne pense pas que les candidats au sauvetage puissent faire quoi que ce soit (« tous pareils, tous pourris ! »). Il apparaît difficile de les remotiver, si ce n’est transformer le droit de vote en un devoir de vote comme en Belgique. Ce manque d’inspiration politique se fait frappant quand il s’agit de la nouvelle génération: les jeunes n’ont pour beaucoup pas l’impression de se sentir concernés par la politique, ils ont d’autres choses à faire et n’y comprennent rien. La seule « stimulation » que l’école leur apporte est un cours obligatoire – mais considéré comme optionnel par tous – du nom pompeux « d’Education Civique Juridique et Sociale ». Quand il est dispensé, il s’agit au collège de l’apprentissage des institutions de la République et au lycée d’une sorte « d’éveil citoyen » sur des questions d’actualité. Au lieu de cette récréation, il faudrait faire participer les lycéens à des débats afin qu’ils se créent un « esprit politique ». Les désespérés et désintéressés ne participent pas à la vie démocratique, au débat. On peut considérer la démocratie comme l’élection d’hommes politiques tous les 5 ans qui se débrouillent sans tergiverser. Rousseau a dit des Anglais qu’ils se croyaient libres car ils élisaient des représentants tous les 5 ans, alors qu’ils étaient libres un jour tous les 5 ans. Il est évident que le Président ne va pas sortir au balcon pour écouter les doléances du peuple et l’avis de l’opposition pour totalement bouleverser ses idées et ses promesses, et qu’il doit être ferme, mais il est aussi intéressant de faire participer les électeurs. Même si cela n’apporte rien de concret dans le processus de décision, les dirigeants peuvent expliquer leurs projets et créer des vrais débats visibles et écoutés (et pas l’habituel dispute gouvernement-opposition); et c’est quelque part ce que cherche à faire François Hollande.

En conclusion, la France dispose d’une démocratie plutôt bonne. Les partis sont assez nombreux mais en même temps assez gros pour compter. Les suffrages sont respectés. L’opposition se fait entendre (et même très bien entendre), même si elle devrait se faire plus constructive que destructive. Malgré des scandales ponctuels et une éthique qui fait défaut parfois (sujet donc nous traiterons plus tard), les défauts ne sont pas très handicapants. Certains problèmes, comme les comportements à visée électorale, sont inhérents à la démocratie. Il s’agit d’une réelle démocratie qui a besoin d’être perfectionnée, sublimée diront les plus lyriques.

Scipion

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