Les séries de l’été : A feu et à sang

Nous vous présentons, pour le premier article co-écrit du blog, le 2e volet de la série de l’été sur le modèle des Livres Dont vous Êtes Le Héros. 

Mohammed Morsi, Abdel-Fattah el-Sissi

p.1) 2 Juillet 2013. Les Egyptiens sont sortis dans la rue pour protester contre la situation économique du pays et contre les dérives autoritaires du président Morsi. L’armée, avec à sa tête le général Al-Sisi, Ministre de la Défense, semble près de lâcher ce dernier. Les rues s’animent à gros bouillons, le pays des pharaons est à feu et à sang. Pour améliorer la situation et revenir au calme, il faut un leader, un vrai. Pour ce faire, si vous choisissez d’incarner le président,  allez à la page 2. Si vous préférez changer pour son militaire de Ministre, direction page 3.

p.2) Vous êtes Mohamed Morsi, quasi inconnu en 2012 puis président démocratiquement élu et par ailleurs dignitaire des Frères musulmans. Nous sommes le 3 juillet 2013. L’armée vient de vous adresser un ultimatum pour organiser un référendum et constituer un gouvernement d’union nationale. Il semblerait en effet qu’une partie de l’opinion soit légèrement mécontente des décisions de votre majorité. Les ingrats et les mécréants vous en veulent, mais Allah est de votre côté. A 21 heures, le chef d’état-major de l’armée, le général Al-Sisi, vous appelle.

Vous l’envoyez sur les roses. Pour qui se prend-il, à la fin, ce Nasser de pacotille ? Rendez-vous page 4.

Vous l’écoutez attentivement. Il semble sérieux, cette fois-ci. Oseraient-ils un coup d’Etat pour contenter cette minorité d’imbéciles ? N’êtes-vous pas le Président ? Vous temporisez, acceptez certaines conditions tout en vous jurant de vous débarrasser de l’impétrant à la première occasion (comme ce vieux croûton de Tantaoui). Rendez-vous page 6.

p.3) Vous êtes le général Abdelfatah Khalil Al-Sisi. Nous sommes le 1er Août. Vous avez poussé du trône les islamistes à la suite des révoltes populaires. Mais maintenant, il faut un nouveau leader. Que faites-vous pour remédier à la situation ? Si vous voulez organiser immédiatement de nouvelles élections, allez à la page 5. Si vous choisissez de prendre discrètement le pouvoir, allez à la page 7. Si vous préférez demander de l’aide à l’étranger, allez à la page 9.

p.4) L’électricité est coupée dans le palais présidentiel vers 23 heures. Vous avez le temps de dénoncer un « coup d’Etat » sur Twitter avant que votre portable tombe en rade. Vous entendez des bruits de bottes. Avant de pouvoir dire « Allah est grand », vous voilà dans un sous-sol poisseux, une prison clandestine sans doute. On vous donne un peu d’eau et de pain.

Vous n’en revenez pas. Ils vous ont trahi. Vous vous jurez d’appeler à la résistance, au djihad, bref à quelque chose de fort, de beau et de grand. Même pas un tapis de prière dans ce cloaque. Mais où est la direction de la Mecque ? On cherche votre damnation. Vous hurlez. Longtemps. Puis vous récitez le saint Coran à l’endroit, à l’envers et en tamoul. Rien de tel pour passer le temps agréablement. Rendez-vous page 8.

Vous n’en revenez pas. Ils vous ont trahi. Vous appelez quelqu’un, n’importe qui. Rendez-vous page 12.

p.5) Vous organisez dès la semaine suivante des élections libres et exemplaires, au lieu de traîner des mois comme d’habitude. Les Egyptiens ont cru à une blague, personne n’est allé voter et ne s’est présenté. Le pays n’a toujours pas de chef. Si vous tentez votre chance de nouveau, allez à la page 11. Si vous décidez de prendre 2 noms au hasard dans l’annuaire et de forcer les Egyptiens à aller voter, dirigez vous vers la page 15. Si vous abandonnez temporairement, rendez-vous page 17.

p.6) La ligne téléphonique de la présidence déraisonne. Elle annonce : « Palais présidentiel, veuillez patienter, révolution en cours ». Pas moyen de joindre Barack. N’aviez-vous pas, pourtant, accepté de revoir votre position intransigeante ? Comment, les protestataires vous demandent maintenant de réciter le Coran à l’envers, en tamoul et de laisser le pouvoir entre les mains de votre femme Naglaa ? Qui vous mitonnera de bons petits plats ? Et pourquoi diable en tamoul ? Vous suivez sur twitter ces nouvelles revendications. Vous répondez : « Oui au Tamoul, non à Naglaa.». Il vous semble entendre des bruits de bottes. Revenez page 4.

p.7) Après des années à faire sembler de ne pas commander le pays, vous installez discrètement l’armée au pouvoir et adoptez finalement le titre ronflant de « Généralissime ». Quelle sera votre première action ? Si vous levez un nouvel impôt pour financer les dorures des bérets militaires, allez page 13. Si vous allez saluer la foule au balcon, direction page 19. Si vous vous emmurez par peur de perdre votre place, go to page 22.

p.8) Allah est grand. On vient vous libérer. Des intrus défoncent la porte et se présentent en ces termes: « Président Morsi, nous sommes l’alliance salafisto-djihadisto-tamoule et nous venons vous libérer ». Et en effet, devant vos yeux ébahis, se tient une pancarte représentant une rose nommée Samia al-Tanjawid, candidate d’Al-Nour, le parti salafiste. Aux côtés de la pancarte, un chef de la Gamaa al-Islamiya, le groupe djihadiste. A sa gauche se tient un petit homme replet qui se présente ainsi : « Velupillai Prabhakaran, chef suprême des Tigres de Libération de l’Eelam Tamoul, déclaré mort en 2009. J’ai entendu votre appel ». Pas un seul Frère pour vous secourir et voilà qu’une bande de branquignols mené par une pancarte se prenant pour une femme dit venir vous libérer ! Vous les suivez cependant car Allah doit savoir ce qu’il fait. Rendez-vous page 10.

p.9) Vous feuilletez votre annuaire de personnalités étrangères inoccupées. Si vous sélectionnez Lakhdar Brahimi, émissaire de l’ONU sur la crise en Syrie, champion international de belote et animateur dans les maisons de retraite, marchez vers la page 21. Si vous êtes tenté plutôt par Claude Guéant, ex-Ministre de l’Intérieur français, businessman et directeur de l’Ecole du Louvre, filez à la page 23. Si vous en pincez pour Georges W. Bush, ex-Président des USA, comique et spécialiste des vilains islamistes pas beaux, rampez vers la page 24.

p.10) Conduits par la femme-pancarte, au volant d’un minibus rempli de Tamouls armés jusqu’aux dents, vous voilà parti pour un road-trip au long cours. Vous défoncez quelques barrages à coup de missiles sol-air, traversez le Sinaï et parvenez jusqu’au Yémen grâce à une barque invisible. Vos sauveurs vous disent qu’Allah est grand, le Tamoul précise qu’il n’est pas musulman mais est prêt à faire une exception. Vous lui répondez (en tamoul) que les Tamouls sont grands également, mais pas de la même façon. A Sanaa, on vous emmène dans un jet privé piloté par la femme-pancarte, encore elle. Vous vous enquerrez logiquement de votre destination. « Nous allons à Palau, Président. Ce petit archipel est prêt à nous préparer à la reconquête du pouvoir ». Rendez-vous page 14.

p.11) Votre intention est louable. 31 candidats se présentent. Younis Makhyoun, chef du parti salafiste Al-Nour, gagne avec 3,21% des voix. C’est mieux que rien. Ou pas.

p.12) Qu’est-ce qui vous a pris d’appeler « n’importe qui » ? Le garde vient de vous prévenir que Catherine Ashton allait venir vous rendre visite. Ce doit être un piège. Une Anglaise en Egypte pour vous sauver, représentant l’Union Européenne, c’est une petite plaisanterie de l’Histoire, sans doute. Qu’en aurait pensé Hassan el-Banna ?

On vous conduit au rez-de-chaussée du bâtiment, richement décoré. Cette étrange femme entre, sans hidjab, vous serre la main (vous êtes prêt à tout) et demande à vous parler sans témoin. Vous lui assurez que vous n’êtes pas torturé mais que vous mangez bien mal et que, surtout, vous êtes le légitime Président du pays. Elle vous répond que c’est le cas mais que vous n’êtes plus en position de le faire valoir.
– Mais alors, pourquoi êtes-vous venue ? , demandez-vous.
– Cher Monsieur Morsi, d’abord pour m’assurez que vous étiez bien en vie. Ensuite, pour vous faire une proposition.
– Laquelle, Madame Ashton ?
– Eh bien, l’UE s’inquiète de votre sort et souhaite vous faire part d’une proposition d’asile politique temporaire, le temps que l’Egypte redevienne la nation démocratique qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être.
– L’asile politique ? Pour ma famille également ? Mais où donc ? Aux Emirats ? A Dubaï ? A Gaza ?
– Rien de tout cela, Monsieur Morsi. A Palau.
Estomaqué, vous demandez un globe terrestre, un atlas, Google Earth ou n’importe quoi d’autre. Et constatez que Palau est un archipel de Micronésie.
– Ce petit Etat a une longue tradition d’accueil des demandeurs d’asile. Soyez certain que l’armée égyptienne aura quelques difficultés à venir vous y chercher querelle.

Vous acceptez la proposition de Catherine Ashton. Après tout, pourquoi pas un peu de plage et de soleil avec Naglaa ? rendez-vous page 14.

Vous refusez car, dussiez-vous connaître le martyre, le capitaine n’abandonne pas le navire. Vous croyez en votre bonne étoile. Allez page 16.

p.13) Bizarre, le peuple n’aime pas ce nouvel impôt. Il descend dans la rue et vous en profitez pour étrenner vos nouveaux chars. Plus un chat devant les pyramides. Pour cette belle junte militaire, bravo.

p.14) Le soleil de Palau est doux, votre femme est à vos côtés et vous prodigue de bon conseils tout en cuisinant un crabe aux morilles de mer et aux échalotes. Vous avez créé sur place un véritable Etat islamique, le rêve de toute une vie, aidé par les Ouïghours chinois expulsés de Guantanamo qui y ont organisé un coup d’Etat. La population a trouvé la Lumière et s’est convertie à l’islam, moyennant quelques aimables pressions divines. Vous avez permis aux Tamouls exilés de conserver leur religion idolâtre en raison des services rendus à la Cause. Vous préparez votre retour en Egypte, auréolé de la réussite de l’expérience Palaute.

Vous décidez finalement de rester à Palau, la vie y est plus douce. Rendez-vous page 18.

Vous rentrez en Egypte, c’est décidé. Le peuple a besoin de vous, vous en êtes convaincu. Rendez-vous page 20.

p.15) Grâce à ce processus démocratique d’une éthique sans faille, les citoyens ont maintenant le choix entre Moubarak et Morsi. Résultats du vote: Moubarak: 12%, Morsi: 14%, Superman: 17%, Nasser: 23%, vote blanc: 33%. Le vote blanc n’est pas arrivé à donner une constitution au pays, retournez page 5.

p.16) C’est dommage, votre bonne étoile a pâli. Lors d’un simulacre de procès, on vous accuse d’avoir fait tirer sur la foule, de dénigrer l’armée et d’être un protecteur de terroristes patentés. Vous êtes condamné à mort mais on vous refuse jusqu’au martyre : votre peine est commuée en prison à perpétuité à purger, ô infâmie, en Israël.

p.17) Pour diriger l’Egypte pendant cette pause démocratique, vous constituez une assemblée composée des chefs de partis, qui ne s’accorde sur aucune décision. Peu après, François « Flamby » Hollande, chassé de France par la vindicte mélencho-lepéniste, s’installe en Egypte comme vendeur de chameaux. Il gagne les élections de l’année suivante, et comme on ne peut empirer les choses, fait du pays le plus riche et démocratique de la région, grâce à un habile mélange des doctrines de Jacques Delors et de Philippe Séguin.

p.18) Bonne idée, vous voilà Président à vie. L’Egypte n’était pas digne de vous.

p.19) Malheureusement, vous passez par-dessus la balustrade et vous brisez le cou. Vous auriez dû rehausser la rambarde et aussi faire attention à votre vice-Généralissime un peu trop ambitieux. Dans les années suivantes, on comptera 23 chutes de Généralissimes par an. L’armée commence à manquer de monde.

p.20) Votre avion a de sérieux problèmes techniques et doit faire escale à Moscou. On vous refuse le droit de repartir après d’amicales pressions. Vous rejoignez Edward Snowden dans son bunker anti-atomique. Rendez-vous en 2032, après l’apocalypse nucléaire, à moins que Vladimir Poutine réussisse à vous faire partir de là en sous-marin. On peut toujours rêver…

p.21) Voyons, si Lakhdar Brahimi savait gérer une situation de crise, ça se saurait. Il se fait un claquage en ouvrant un dossier et est arrêté par son médecin pour 3 mois. Vous faites une dépression et sombrez dans l’alcool et les livres de Marc Lévy. C’est moche. Pour vous distraire, votre conseiller vous propose des élections, ça occupe toujours. Allez page 5.

p.22) Vous auriez peut-être dû vous enfermer définitivement avec de la nourriture. Vous ne mettez pas beaucoup de temps à périr de faim. Profitant du fait que le fauteuil présidentiel prend la poussière, le peuple se révolte et reprend le pouvoir. Réessayez de faire triompher l’armée à la page 7.

p.23) Pour la sécurité, aucun problème. Les enfants marchent au pas et pas une trace de Rom. Par contre, l’économie va mal: Guéant a vendu les pyramides et le Sphinx pour 1000$ et les remplace par une statue de Nicolas Sarkozy achetée 2 milliards sur Ebay. Les cours du marché sont insondables. Vous l’évincez discrètement en huilant les escaliers. Réessayez à la page 9.

p.24) G.W. Bush crée un Guantanamo², qu’il appelle Guacamole, parce que Georges, il aime bien le guacamole. Grâce à la vente d’armes, l’Egypte connit un âge d’or. Bushy ramène quelques têtes nucléaires de ses vacances au Texas. La criminalité augmente de 300%, mais comme dit Bushy, tant que le gouvernement a les plus gros « pan-pan », ça va. C’est le bon moment pour l’armée: vous envoyez Bushy jouer sur le carrefour avant qu’il ne touche au bouton rouge et marchez tambours battants vers la page 7.

Agrippine et Scipion

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