Obama et le monde : à la recherche du cap perdu ?

press-briefing-roomLe second mandat de Barack Obama est dominé par sa tentative de redressement économique des Etats-Unis et sa lutte pour arracher des compromis aux Républicains sur le plan intérieur.

En ce qui concerne les questions internationales, l’affaire se corse nettement : la politique étrangère américaine devient de plus en plus illisible à mesure que les mois passent.

Les raisons de se réjouir, pour la Maison Blanche, sont très réduites :

  • la politique d’assassinats « ciblés » est efficace grâce à l’utilisation de drones extrêmement sophistiqués, au Yémen ou au Pakistan.

  • La possibilité d’une reprise des négociations au Moyen-Orient se rapproche même si les bases en sont peu claires et bien fragiles tant les acteurs semblent hésitants.

Pour le reste, c’est à se demander si Barack Obama a encore une ligne ferme, un ersatz de cap. Quelques exemples suffisent à illustrer les difficultés immenses et les échecs déjà nombreux sur le front international.

Le premier est l’abcès de fixation de Guantanamo. Il est impossible de fermer cette prison même si c’est un objectif de l’administration et les récentes polémiques sur le « gavage » des détenus n’a pas son pareil pour exciter les fanatiques du monde entier contre les agissements américains (ceci en-dehors de toute considération sur les droits de l’Homme dans cette affaire et le bien-fondé humain ou juridique d’une telle pratique). Il suffit de se souvenir à quel point les grèves de la faim et la mort de dix détenus irlandais en 1981 ont eu des retombées dramatiques pour Margaret Thatcher et très positives, à l’inverse, pour l’image de la lutte des Républicains irlandais de par le monde (là encore, nonobstant toute considération sur les raisons du sacrifice volontaire de ces hommes) : la lutte dans les prisons et la mort de plusieurs hommes après une interminable agonie a fait davantage pour les Républicains irlandais que des décennies de lutte politique et militaire. De la même façon, tout événement d’importance à Guantanamo a un écho considérable dans l’opinion publique mondiale, en particulier dans le monde musulman. L’échec est terrible après le célèbre « discours du Caire » à l’adresse des musulmans du monde entier, prononcé en 2009 et qui promettait « un nouveau départ » : les mots ne résistent pas longtemps à l’épreuve des faits. Certes, la rhétorique a changé : il semble loin le temps des mots guerriers, de la « croisade » contre les terroristes. Les termes sont aujourd’hui respectueux, les mots choisis. Mais la pratique, elle, hésite, se contredit, tergiverse et, au final, ne permet de réaliser aucune des grandes promesses du début de mandat.

Le second exemple est l’analyse des « Printemps arabes » par l’administration Obama. L’enthousiasme des débuts a laissé place à de la méfiance. En effet, l’espoir de voir de véritables démocraties s’installer a pu laisser croire à la réalisation des prédictions du « discours du Caire ». On constate aujourd’hui que cette analyse (que certains contestaient déjà à l’époque) souffrait d’un syndrome très courant dans la politique étrangère américaine : la difficulté à saisir l’immense complexité des événements. C’est le propre des Américains, si l’on excepte la période Kissinger et sa « realpolitik », de faire preuve d’une forme de naïveté dans la compréhension des soubresauts internationaux – le « syndrome Carter » en somme, qui professe au fond que l’humanité connaît des progrès permanents et que, si les hommes de bonne volonté s’unissaient une fois pour toutes, le bonheur serait assuré pour des générations. Par la suite, bien sûr, l’enthousiasme fléchit et vient le temps de l’inquiétude. Or, que fait l’administration Obama depuis deux ans ? Elle réfléchit. Elle hésite, soutenant d’abord le président Morsi puis le lâchant imperceptiblement jusqu’à justifier à mots couverts sa destitution par l’armée.

Peut-être que l’explication à ces hésitations est à chercher ailleurs et qu’elle est plus simple qu’il n’y paraît : le désengagement. La volonté américaine de ne plus intervenir directement dans les affaires extérieures ne peut s’expliquer par les seules difficultés économiques (dont le budget de la Défense est un bon test) : on peut y voir un nouvel épisode de la lutte continuelle entre les tenants de l’intervention constante dans les affaires extérieures et ceux du repli, entre interventionnisme et isolationnisme. Certes, il est désormais impossible aux Etats-Unis d’envisager un repli complet dans le monde actuel. Mais la politique de l’administration Obama se rapproche néanmoins d’une forme particulière d’isolationnisme : une politique qui n’est pas vraiment assumée, des discours fondamentaux et généreux et une réalité bien moins évidente à saisir. Les mots sont là mais les espoirs s’amenuisent. On ne trouve pas de solution au conflit israélo-palestinien ? N’en parlons pas trop pour ne mécontenter personne. Les Egyptiens se soulèvent pas milliers ? Laissons le pouvoir à l’armée.

Seule la défense des intérêts américains est constante, souvent au point de contrevenir aux idéaux professés par Barack Obama lui-même. Ainsi des affaires Manning ou Snowden ou de l’emploi continuel des drones contre des objectifs « ennemis » (avec des risques de dommages collatéraux).

Il apparaît enfin que les Etats-Unis ont peut-être finalement saisi que le monde était devenu multipolaire et que la compétition internationale s’exerçait sur tous les tableaux. Barack Obama joue du « soft power » avec un talent remarquable : lorsqu’il échoue, il botte en touche. La politique américaine est donc perçue avec davantage de sympathie à travers le monde tout en évitant le fameux « syndrome Carter » – si l’on excepte l’épisode tragique de Benghazi qui a réveillé le souvenir de la prise d’otage de Téhéran. Reste à savoir ce qu’il reste des discours du premier mandat et de la volonté affichée de changer le monde. C’est bien plutôt le monde tel qu’il va qui semble avoir changé l’administration Obama, et modifié ses priorités.

Agrippine

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