La Valls des ambitieux [1/2]

A droite on penche à droite …

Phillipe Desmazes / AFP

Nicolas Sarkozy (quel bel homme !) semble hanter la vie politique française comme le rosé hante les ruelles de Carpentras. On aurait pu croire qu’après 5 années de paternalisme débordant, le nouveau père allait profiter de sa famille recomposée. Mais pas fatigué pour un sou par ses conférences new-yorkaises en français à 100.000$ de l’heure, le patron revient régulièrement pour nous rappeler qu’il est là, lançant ici des appels pour sauver la Syrie, là des piques contre les écolos et là encore des bribes qui nous rappellent qu’il est au-dessus du mêlée, et qu’il ne faudra pas l’oublier lors des étrennes de 2016. Une tactique à la Strauss-Kahn qui pourrait bien marcher si 1° ses anciens camarades ne font pas d’effort pour garder un peu de dignité face aux électeurs et 2° s’il évite soigneusement les Sofitel.

Sarkozy, tel Napoléon sur l’île d’Elbe, a laissé un souvenir tellement impérissable qu’il pèse aujourd’hui un peu trop lourd sur les épaules de la droite plus tellement « populaire ». Tant et si bien que les matelots sautent du bateau pour éviter que les egos des capitaines ne leur explosent à la figure. Au petit jeu des compromissions, on croyait Copé à 20 milles de tout le monde, buissonnant à tout va comme son leader et protégeant ses pains au chocolat d’une main de velours dans un gant de fer. Néanmoins, on peut être plusieurs à ce jeu-là. François Fillon, non content d’avoir déjà annoncé sa candidature pour la primaire de l’UMP (qui n’est que dans 3 ans, ça passe à une vitesse ces choses-là), nous en a fait une bien bonne que même Copé il en aurait pas fait autant. En rejetant le ni-ni et le front républicain, il a entrouvert la porte au FN, et si on se laissait aller à des facilités langagières, on pourrait dire qu’il a ouvert la boite de Pandore. Mais heureusement, le chef légalement élu de l’UMP est là pour s’asseoir dessus. Qu’importe, Fillon persiste dans ses déclarations (histoire de ne pas faire comme le gouvernement), tout en rejetant un FN au programme « politiquement dangereux », mais aussi tout en rejetant de l’autre un PS sectaire qui s’allie en toute joyeuseté avec les bolchéviks. Un numéro sur le fil du rasoir qui n’est pourtant pas un mauvais coup de communication (pour un homme qui a quand même été premier ministre et qui a probablement une myriade de conseillers) car ça n’a pas déplu aux adhérents.

L’ancien Premier ministre critique sur Twitter les prises de position de François Fillon sur le FN. - AFP

Photo AFP

Par la suite, les modérés de toute la droite se sont empressés d’abonder en contre-sens, de Juppé à Copé (apôtres du ni-ni), en passant par Bertrand, Raffarin et Borloo qui n’appellera « jamais à voter FN », oubliant du même coup sa volonté de décider « au cas par cas » en cas de duel PS-FN. Seule Nadine, ambassadrice du FN à l’UMP, n’a rien trouver à redire à cette fantaisie. Ici, on retrouve bien la déchirure presque intrinsèque à l’UMP entre les « humanistes » de la gauche du RPR et de l’UDF, et les « durs » comme Sarkozy ou Copé, qui n’hésitent pas à braconner sur les terres frontistes en racontant des histoires à n’en pas dormir de la nuit et qui donnent envie de se réfugier dans la chambre de Maman Le Pen. Mais aussi la déchirure intrinsèque à la politique, entre les idées, empreintes le plus souvent de pragmatisme et de réalisme, et les discours électoraux, partie émergée de l’iceberg où les politiciens rivalisent d’inventivité et parfois de bêtise, si ce n’est de démagogie. D’où la question qui agit comme un boulet aux pieds de l’UMP, celle des « duels » PS-FN. La raison voudrait que les socialistes soient officiellement choisis, mais tout étant bon pour embêter Flamby … Heureusement que le patron à la tonsure a trouvé la solution: il n’y aura pas de duel PS-FN. CQFD.

On aurait pu croire que ce n’était qu’une tache d’essence sur la route menant l’UMP à la victoire, un unique accroc à la discipline commune, l’unique humaniste osant dans des buts électoraux à (très) long terme trahir la parole d’une vie pour faire un clin d’oeil gros comme une montagne aux brebis égarées trop à tribord. Mais IL a récidivé en critiquant le pays dont il a été Premier ministre pendant 5 ans devant le dirigeant russe pour qui cela a été un Noël avant l’heure. Un homme, un seul, ce n’est pas bien grave, dirons-nous. C’était sans compter la Dauphine, la baronne de NKM qui, non contente de ne jamais voir plus loin que les frontières du 16e arrondissement, ressort la question Rom. Les accusant de harceler les enfants à la sortie des écoles, l’ex porte-parole du Président fait vibrer la corde de la jeunesse qui marche décidément fort à droite, avec Copé comme avec Barjot. A croire qu’on peut sortir les pires horreurs si c’est pour gagner les voix des petites vieilles. Ce qui est presque pire, c’est que Fillon et NKM, le glaçage et la cerise du gâteau que constitue la droitisation de l’UMP, n’ont pas tiré les enseignements de la défaite de Sarkozy. Mais le premier n’a pas perdu son humour:

« Je n’avais pas préparé, c’est venu comme ça. C’était dans mes tripes. » (Le Nouvel Observateur)

Scipion

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