La Valls des ambitieux [2/2]

… et à gauche, ça déborde de partout

© Sebastien Muylaert/Wostok Press/Maxppp

Faites vos jeux, rien ne va plus. A gauche, les plus extrêmes vont mal, les écologistes vont mal, et les socialistes vont mal. Tandis que Mélenchon, fidèle à son discours, refuse de s’allier aux mous du genou du PS pour les municipales, les communistes avec lesquels il est désormais allié, restent pragmatiques et se veulent conciliants. Le dissident PS a connu en 2012 un succès impensable pour un communiste. Alors forcément, quand approchent les élections et que l’un refuse de jouer avec ses petits camarades roses, les autres voient rouge.

Si on se décale un peu plus à droite de l’extrême-gauche, tout n’est pas vert non plus. Après Nicolas Hulot, ex-candidat à la primaire écologiste, qui a voté pour Mélenchon, après Daniel Cohn-Bendit qui claque la porte d’EELV, c’est Noël Mamère qui la rouvre pour en franchir le pas. Le parti est accusé d’être trop clanique, de vouloir préserver son poste privilégié d’allié du gouvernement quitte à trahir ses idéaux. On ne pourrait pas le contredire sur ce point: alors que tout projet de taxation du diesel était exclu du budget de l’année 2014, il a suffi au Président de lâcher un vieil os à ranger (en l’occurrence des aides pour la rénovation thermique) pour que le parti rentre dans le rang de la majorité. La position des Verts les oblige à une certaine solidarité gouvernementale, mais elle leur permet aussi d’agir de l’intérieur. Néanmoins, Hollande n’accorde quasiment rien à ses alliés, tout au plus maintient-il le statut quo sur le gaz de schiste par exemple. Il n’a visiblement pas la fibre écologique, puisqu’il parle rarement du sujet sinon pour lancer quelque « filière d’avenir », puisqu’il a limogé la Nicole Bricq pour s’être opposée au lobbying pétrolier et qu’il a réussi à avoir deux Verts dans son gouvernement et aucun au Ministère de l’Environnement. Donc quitte à ne rien pouvoir faire de l’intérieur, Cécile Duflot s’attaque à l’Intérieur. Oubliant que les mots « socialiste » et « de gauche » n’existent plus Place Beauvau, elle tente d’en appeler au bon sens du Président. Mais on n’attaque pas Choupinet impunément, et la Ministre de l’Environnement devra s’en tenir aux projets de 200 pages et aux tentatives semestrielles de légaliser le cannabis.

Les partis à la gauche du PS sont traversés de tendances contradictoires qui n’épargnent pas le gouvernement. Entre Manuel et Arnaud, qui n’hésitent pas à se rendre au café du coin pour s’esclaffer comme deux bons vieux amis devant les caméras, le fossé est grand, presque infranchissable. Le PS rassemble des courants allant des limites du centre à celles de l’extrême-gauche, comme l’UMP le fait avec la droite. Pendant l’ère Sarkozy, jamais une voix de l’UMP n’est sortie du rang et le PS était uni comme lors des manifestations pour la retraite à 60 ans (sauf peut-être Manu). Mais aujourd’hui, entre humanistes et décomplexés qui se plantent des seringues de vacins H1N1 dans le dos, l’UMP se disloque tandis qu’elle entend incarner une solution de rechange valable. Quant au PS, le processus de rassemblement qu’il avait initié avec les primaires citoyennes derrière le favori de la gauche François le Corrézien semble avoir disparu au bout de quelques mois, à partir du moment où le Président a fait semblant d’avoir changé le berger allemand de l’austérité en un épagneul breton de la croissance. Dès lors, les écologistes et certains socialistes comme Hamon se sentent mal à l’aise avec une politique qui n’est pas la leur, poussée par une fièvre rigoriste qui a saisi Bruxelles pour devenir un dogme. Mais ce ne sont que de timides voix de parlementaires qui se font entendre ça et là, rien de plus qu’un mouvement souterrain qui ne deviendra de plus conséquent.

Concernant le gouvernement lui-même, ce ne sont pas les discours divergents sur la pause fiscale qui sont intéressants (quoique significatifs). Ce sont plutôt les confrontations d’idées, comme il y en eut sur le diesel, le gaz de schiste, le nucléaire, les Roms, la réforme pénale et de manière plus particulière sur le cannabis (où Cécile Duflot portait une parole moins ministérielle que personnelle). Les trois premiers concernent Arnaud Montebourg. Car si le Président n’a pas vraiment la main verte, Arnaud le campagnard aime sa mimine rurale noircie par le charbon. Quelque peu à court d’idées pour obtenir un redressement productif, le ministre veut soutenir les industries, mais plutôt celles qui datent que celles qui ont de l’avenir. Il va donc droit à la confrontation avec les écologistes sur les énergies non renouvelables. Bien qu’à contresens le plus souvent des positions gouvernementales officielles, on lui passe tout (François Hollande n’a pas oublié les 17% de la primaire de 2011). Et tandis qu’au Pôle Nord, l’agitateur démondialisant s’est calmé après avoir raté la nationalisation de Florange, au Pôle Sud, Valls vit une idylle avec le pouvoir. Il veut incarner une gauche qui n’a pas peur de parler de sécurité avec une grosse voix, de bouter l’envahisseur Rom hors de France et d’aller nettoyer au karscher la racaille de Marseille. On appelle ça la droite, de nos jours. Et ça plait, pas seulement aux électeurs mais aussi aux élus de gauche et au Président (qui lui aurait demandé, selon Libé, de mettre un petit coup d’accélérateur sur la sécurité). Pourtant rarement sensible aux critiques de l’opposition dont les seniors hantent les permanences, la gauche n’aime pas assumer son penchant intrinsèque pour les alternatives sécuritaires. Donc certains qui soutiennent Valls pensent faire preuve de courage en n’ayant pas peur de « dire la vérité », c’est-à-dire qu’on va tout régler en mettant tout le monde au gnouf et en expulsant les Roms avec une petite pointe de racisme, ça ne peut pas faire de mal. Dans ce cas, peut-on blâmer Cécile Duflot quand elle rappelle que lutter contre le FN ne veut pas dire répéter son discours ? Ces couacs, onomatopée irritante dont l’UMP se repaît à longueur de temps, ne sont pas à éviter, mais à écouter avec beaucoup de souci. Souhaitons à Jean-Marc Ayrault, Premier Ministre de son Etat, beaucoup de patience et d’abnégation pour calmer ses Don Quichotte en puissance.

Scipion

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