La France moderne [1/3]

Né d’un esprit saisi par la folie des polyptyques, cet article est le premier d’une trilogie sur la France « moderne ». Ainsi, deux articles suivront dans des temps plus avancés sur les sondages et la communication 2.0/parole informatique. Mais pour l’instant, place à

La France médiatique

Même si la télévision n’est pas née au XXIe siècle (et que dire de la radio ou des journaux), ces 3 médias (nous aborderons Internet un autre jour) ont pris une place prépondérante, voire primordiale dans la société française.  Il est important ici de bien se remettre en tête la signification de ce mot, car il s’agit bien d’intermédiaires entre le badaud (assis dans le métro un journal sur les genoux, sur son canapé devant la télévision ou dans sa voiture avec la radio grésillante) et le grand monde de l’information et des événements, celui du sport, des faits divers crapuleux, des célébrités et bien sûr pour ce qui nous intéresse de la politique. Les médias ont donc la lourde tâche de nous informer et la multiplication des vecteurs de diffusion est allée de pair avec la démultiplication des flux d’information qui déferle sur tout un chacun. Tout le monde peut gratuitement – pour peu qu’il paye sa redevance ou qu’il fasse l’acquisition d’un poste de radio – être au courant de ce qui se passe dans le monde entier, avec une quasi-immédiateté. Les chaînes d’information continue (France Info, BFMTV, I-Télé) nous bombardent tous les quarts d’heure d’une information qui varie peu à chaque fois, tandis que les chaînes de radio se réservent au moins un bulletin à l’heure et que toute chaîne de télé a deux journaux quotidiens.

Pourtant, alors qu’on pourrait espérer que cette information accrue du citoyen soit bénéfique, les médias ont un défi de plus à relever qui est celui du contenu. En effet, le phénomène de nivellement par le bas est bien connu (et on ne se réfère pas ici aux journaux consacrés pour moitié aux cataclysmes neigeux dès que la poudreuse arrive en Décembre). Les compagnies qui doivent lutter contre une concurrence de plus en plus féroce sont obligées d’attirer le chaland, par des feuilletons, des affaires, des informations qui vont tomber d’une minute à l’autre et qui obligent le téléspectateur à rester devant son poste, quitte à ne pas zapper les vagues de publicités de dix minutes. Fukushima, DSK, Merah, Leonarda, ce ne sont pas les occasions de faire des duplex dilués qui manquent, où le journaliste répète pendant cinq minutes qu’il a réussi à apercevoir une partie du dos de Nicolas Sarkozy sortant de ses bureaux. Et le présentateur de faire intervenir qui pourra, car sinon la rédaction sera obligée de parler de la Syrie, faute d’actualité plus gouleyante. Les journaux gratuits doivent pour leurs quelques pages de sujets politiques ou économiques ne parler que de l’essentiel, au risque de publier des articles où le corps ne rajoute rien de plus que le titre.

Source: Bertrand Chameroy pour D8

L’heure est au parler simple. Avec une information tout de suite compréhensible par le consommateur, affichée parfois sur une grosse banderole jaune en bas de l’écran. Ne parlons pas de ce journaliste de France 2 qui nous parle du gaspillage en exhibant des louches de diverses tailles, au cas où Pujadas ne saurait pas ce qu’est une louche. BFMTV par exemple est la spécialiste des petites images en coin avec écrit « L »affaire » ou « La crise ». Le temps est à l’imprécision, et les « un proche du ministre a dit que » permettent d’entretenir la tension sans citer (ainsi, la parole est libérée sans compromettre le secret des sources). L’heure est aussi à la répétition, et les médias savent très bien insister sur une information ou enfoncer des portes ouvertes. C’est ainsi qu’on voit 24h/24 le sourire crispé de Le Pen, tout en parlant de montée irrésistible du FN, ce qui amène des crises, des couacs, des désaccords, des tensions, des piques, tout ce qui peut faire de la politique un mélodrame. Il est dans l’ère du temps de parler de perte de confiance dans le politique, mais la presse ou les JT ont aussi leur responsabilité – et il est d’ailleurs amusant de voir un journaliste qui vient de sortir la dernière bourde de Copé s’interroger sur le rôle des médias (mais pas du sien) dans la confiance de l’opinion. Quand M6 propose ce soir un reportage sur les Français qui se font justice eux-mêmes parce que l’autorité de l’Etat n’existe soi-disant plus (nuance très brièvement apportée en général dans ce genre d’émission) ou que Le Point titre sur les assistés que « la France fabrique » ou sur « cet islam sans gêne », on voit bien là un climat délétère délibérément instauré sous couvert de poser les vraies questions.

Comme toujours, tout n’est pas noir et il est temps de finir avec de la nuance. Evidemment, il est encore – et heureusement – possible de trouver en France des médias et des journalistes s’attachant à faire de la qualité en prenant son temps – en tête de gondole le fameux Monde – et il est possible de trouver plus dense que le brushing de Delahousse dans le journaux du soir (et pourtant, c’est déjà très dense). Et s’il y a tant de raisons de critiquer les médias, c’est qu’on a beaucoup à espérer de leur part. L’image des médias comme un 4e pouvoir n’est pas encore arrivé en France, et pourtant on ne compte plus le nombre de scandales révélés par le Canard Enchaîné ou Médiapart (journal un peu à part il est vrai). Les médias reçoivent une masse d’informations beaucoup plus conséquente qu’autrefois, mais doivent apprendre à l’utiliser. Quand on analyse un coup de com’ entre « spécialistes », on protège le citoyen d’une instrumentalisation, mais on peut vite virer au « tous pourris qui vous manipulent ». Pour faire une métaphore bien française, l’information est comme l’uranium extrait des mines du Niger, qui doit être raffiné avant de partir pour la centrale.

Scipion

P.S. Comme digestif, voici le lien d’une chronique économique sur BFMTV avec un croustillant moment d’introspection: http://www.youtube.com/watch?v=5MZhjGhY3es

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