La France moderne [2/3]

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Une du Parisien du dimanche 6 Mars 2011, repris par acrimed.org

Voici donc le second article de la trilogie sur la France moderne, suivant celui sur les médias et journalistes, toujours un peu écrivains dans l’âme par leur tendance à transformer en histoires ou sagas tragiques les événements politiques ou faits de société. Ainsi, dans la hiérarchie de l’information, celle qui divertit le plus ou qui tient le plus longtemps en haleine surclasse celle qui a le plus d’influence sur la vie de tout un chacun (accordons-nous tout de même sur le fait qu’on fait moins de tirages en titrant sur le maintien des taux directeurs de la FED). La grande bataille qu’est la politique, retranscrite dans les médias, se traduit aussi par les sondages, questions éphémères qui agissent comme un couperet tranchant le destin de femmes, d’hommes et de leurs politiques. Attaquons-nous donc à

La France sondagière

Tout d’abord, inutile ici de supposer que les sondages sont trafiqués et dépendent de leur commanditaires: cela a des chances d’être vrai en quelque occasion, mais en l’absence de preuves ce serait diffamatoire et bien d’autres personnes sont prêtes à étaler des théories conspirationnistes « en veux-tu en voilà ». Supposons de même que les sondages sont bien réalisés – c’est-à dire avec un échantillon suffisant et bien réparti – ce qui n’est pas évident, mais relève d’une problème plus technique sans rapport avec l’essence des sondages sondée dès à présent.

Les sondages partent d’un but noble, celui de ramener la parole citoyenne, perdue dans les méandres de la démocratie représentative, près des hommes politiques, afin d’éviter qu’elle ne se transforme en actes comme dans les démocraties émeutières (selon l’expression d’Olivier Duhamel). Lors des campagnes, ils ont surtout pour effet de faire transpirer les hommes politiques ou de les conforter, et de transformer les journalistes en commentateurs de rallyes. Les fameux sondages sur les priorités de Français s’insinuent dans le paradoxe de la démocratie, puisque le « peuple » détient en théorie le pouvoir mais ne peut qu’occasionnellement l’exercer. L’élu, qui défend généralement ses idées et non celles de électeurs, est ainsi amené à reconsidérer ses propres priorités pour satisfaire des avis souvent moins éclairés (cela dépend des élus). Parfois, ces signaux sont justifiés, puisque les cabinets étroits finissent inéluctablement par filtrer certains problèmes dits de « terrain » mais non moins importants que les déjeuners avec les sous-préfets. Cela peut avoir un effet inverse: les sondages sur les priorités des Français qui ces temps-ci sont éminemment axées sur la conjoncture économique et le chômage, amènent le débat politique à se centrer et se concentrer sur l’économie, en dépit du fait que la politique ne se réduit pas à l’économie (et heureusement).

A d’autres moments, les sondages ont le même effet que les agences de notation qui, en émettant un avis (de manière autoproclamée) exemplaire, finissent par influencer le cours des événements en jouant sur les esprits des acteurs politiques et économiques. Il en va ainsi pour les côtes de popularité du Président et de son Premier Ministre, qui ne cessent de descendre sans passer sous les 20%, et qui donnent du grain à moudre aux journaux imprimés et télévisés insistant sur ces chutes vertigineuses et sur les bourdes/couacs de chacun, ce qui remet de l’eau dans le moulin des mécontents et institue un cercle vicieux.

Source: contrepoints.org

Il est de plus difficile de critiquer les sondages, en tant qu’expression de la pensée populaire, autant qu’il est difficile de croire un homme ou une femme politique quand il/elle dit ne jamais regarder les sondages qui tombent comme pluie en Ecosse. On a vu tout le mal qu’avait Jean-François Copé à argumenter sur ses 73% d’avis négatifs, lui qui se repaît des mauvais scores du gouvernement (selon un sondage BVA Opinion qui le décrit comme « perso », arrogant, arriviste, antipathique, sectaire, démagogique, autoritaire, hypocrite, éloigné des gens, peu honnête et peu charismatique, le dernier ferme la porte). Le sondage agit aussi en juge de paix: si la majorité n’est pas choquée par l’expulsion de Leonarda, on n’en parle plus, sauf en termes de popularité gouvernementale. Cette affaire est intéressante à double titre, car les sondages montrent le décalage entre les médias qui tartinent leurs pages/temps d’écoute d’affaires dont les Français n’ont que faire parfois, preuve qu’un matraquage médiatique n’a pas forcément d’effet sur les opinions.

Comme toute information, le sondage révèlent une vérité à ne pas ignorer, mais son utilisation doit être maîtrisée, et surtout en France plus parcimonieuse, car sinon on se perd et on devient victime d’une logique étroite de répétition qui aboutit à des convictions entrées de force dans les cerveaux. Comment ne pas conclure dans ce cas-là sur Marine Le Pen ? puisqu’elle et son parti ont été les objets de trois montées « fulgurantes » dans les sondages, pour les cantonales de 2011, les présidentielles de 2012 et actuellement pour les élections européennes de l’année prochaine, appuyant ainsi une impression d’un leader charismatique inarrêtable. Le tout couplé avec des sondages tout chauds sur la montée du racisme et une parole libérée sur Internet, ce qui sera abordé dans le dernier volet.

Scipion

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