La France moderne [3/3]

Alors que l’article précédent causait sondages, nous abordons ici une forme alternative et plus moderne encore de prise de pouls de l’opinion. Sur divers sites d’informations paraissent régulièrement des compilations de tweets et re-tweets, que ce soit pour commenter un quelconque résultat sportif ou pour se moquer d’une petite phrase politique, comme récemment avec NKM dans le métro, celle qui paye ses tickets de métro 4€ contrairement au reste de Paris. Internet joue le rôle de café du commerce, où n’importe qui peut y aller de son commentaire, de manière modeste ou ostentatoire pour que les plus petits causeurs puissent le reprendre. Encore peut-être un instrument utile à la démocratie mais mal utilisé. Par conséquent, direction

La France connectée

Evidemment, ici, pas question de parler des blogs de cuisine, des chaînes youtube, des Norman ou PriceMinister. Il s’agit plutôt de commenter l’utilisation faite par les femmes et hommes politiques d’Internet, ainsi que celle des citoyens dans un but politique. D’aucuns relèveront la situation presque paradoxale d’un article numérique à propos du web et nous tenterons de ne point nous soustraire aux remarques effectués ci-dessous.

Plus que la création d’interconnexions virtuelles entre individus, Internet a surtout permis à quiconque de crier à la face du monde ce qu’il pensait (libre au monde de l’écouter). Une première approche viserait à aborder l’intérêt démocratique de la chose: alors qu’auparavant, un homme politique devait se cantonner aux meetings ou aux plateaux de télévision, que le revendicateur devait s’en tenir aux tracts, affiches et harangues sur la place du village, les idées de chacun sont accessibles en permanence à quiconque est doté d’un arsenal dans les hautes sphères de la technologie humaine mais somme toute banal aujourd’hui, et même indispensable à certains égards. C’est ainsi que Twitter, outil certainement plus puissant pour les politiques que les blogs ou sites de partis, et devenu un gigantesque diffuseur de publicités. Il n’y a qu’à regarder par exemple la bataille d’images que se livrent depuis des mois NKM et Hidalgo, retweetant tout ce qui parle d’elles dans un élan de mégalomanie électorale. La limite du système pour les hommes politiques réside dans leur audience car, même si plusieurs millions d’utilisateurs peuvent voir le message de Geoffroy Didier annonçant une interview ou descendant le Président d’une manière brillante, seuls quelques milliers vont le lire et foncer vers Metz pour s’acheter le Républicain Lorrain. Il en résulte une sectorisation importante du réseau social, où les partisans UMP ne se partagent que les messages UMP, les dirigeants socialistes ne s’abonnent qu’entre eux, etc. L’occasion que constitue l’interconnexion des individus, comme une confrontation « saine » des idées ne se produit pas vraiment, puisque tout le monde tire dans des directions différentes sans se toucher, si ce n’est par complaisance ou pour une bonne prise de bec.

Permalien de l'image intégrée

@HugoTravers 1 Nov
Et soudain… un troll FN sauvage apparaît !

Dans la course à l’activité numérique, les sympathisants de l’extrême-droite font figure de challengers. Ils font preuve d’une activité intense sur le net et constituent des réseaux dans le réseau, auto-acclamant leurs idées dans des messages parsemés de « VIVE MARINE ». Ils se définissent tous en premier lieu comme « patriotes » (amoureux obsessionnels d’une France imaginaire, quasi-pétainiste et loin de la vraie), peuvent se montrer grossiers, honorent bien peu la langue française et tournent à longueur de temps sur les mêmes arguments. La liste est longue, on peut les trouver facilement et donner des noms reviendrait à faire leur publicité (bon, c’est raté pour la photo, mais sinon on s’y tient). Il suffit de chercher ceux qui s’offusquent le petit doigt en l’air quand on parle de racisme, ceux qui prient Sainte-Marine de bouter l’étranger hors de France, ceux qui ne connaissent que les quatre lettres UMPS … Pas la peine de discuter avec eux, ils ont toujours une pseudo-preuve (un article, un photo, un chiffre sorti de nulle part et non vérifiable) de ce qu’ils racontent et dont ils sont ravis. Pas d’UMPS ? ils vous sortent une photo de Sarkozy et Hollande dans la même pièce (si ce ne sont pas les meilleurs amis du monde, dans ce cas-là …).  On ne peut s’empêcher de reprendre une citation d’Alain déjà utilisée sur ce blog:

Il y a quelque chose de mécanique dans une pensée fanatique, car elle revient toujours par les mêmes chemins. Elle ne cherche plus, elle n’invente plus. Le dogmatisme est comme un délire récitant. Il y manque cette pointe de diamant, le doute, qui creuse toujours. Ces pensées fanatiques gouvernent admirablement les peurs et les désirs, mais elles ne se gouvernent pas elles-mêmes (Les passions et la sagesse).

On pourrait se questionner sur l’influence de ces individus, qui ne communiquent qu’entre eux et ne quittent leur univers que pour parasiter un article du Monde ou le compte d’une personnalité de la grande coalition du Diable centriste. Mais attaquant un peu sur plusieurs fronts, ils risquent d’avoir les esprits à l’usure, comme c’est le cas pour la plupart des idées politiques (pour peu qu’il y ait déjà un fond préexistant et latent). A défaut de les interdire (nous sommes tout de même en démocratie), il faut pouvoir peser davantage dans la balance numérique.

Internet permet à l’humble citoyen de faire entendre sa parole, de manière raisonnée et non quasi-prophétique (contrairement à certains politiciens). Elle est à prendre ou à laisser, mais les horizons sont élargis pour les lecteurs, ce qui permet théoriquement un perfectionnement des idées politiques, un plus grand pluralisme censé inciter à la raison. Toutefois, ce nouvel espace où les distances et le temps ne comptent plus, foisonne trop pour y naviguer linéairement. Alors que dans un journal, la responsabilité du tri et de la qualité incombe à l’éditeur, elle repose ici sur l’internaute, qui doit donc être averti, ce qui n’est pas toujours évident. La tendance qui se dessine dans les médias traditionnels est intensifiée sur le web: la superficialité. Entre deux illustrations des dégâts de la chirurgie esthétique par les vedettes de NRJ12, comment trouver le temps de s’informer de l’intervention imminente en Centrafrique (si cela intéresse encore quelqu’un) ? Le savoir, résumé en quelques paragraphes (voire pire, en 140 signes), se trouve dilué, amputé, diffusé et donc noyé. Il doit être donné de la manière la plus brève pour ne pas perdre le lecteur (d’ailleurs, bravo si vous êtes arrivé(e) jusque-là). Il s’agit de problèmes systémiques, et il faudra croire en la capacité auto-régulatrice des participants, tant que l’Etat n’y est pas entré (et il n’est pas sûr qu’il soit judicieux d’y entrer, les risques totalitaires étant non négligeables). Il est important qu’Internet, qui devient une institution sociétale et représente plus que tout autre l’avenir, demeure substantiel, avec un contenu riche, libre et réfléchi.

Scipion

P.S. N’oubliez pas de partager cet article sur les réseaux.

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