Le bulletin de notes

Source : lemonde.fr

Après 18 mois, il est temps de faire un bilan de l’action du gouvernement, et plus particulièrement de ses membres les plus visibles. Une sorte de bulletin trimestriel collectif, parfois sévère, mais impartial.

Laurent FABIUS

Agrippine : 14. Il en rêvait, il l’a eu, son ministère. Depuis, il reste relativement discret et maîtrise assez bien les dossiers. Pas de déclarations à l’emporte-pièce, pas de « couac » : un ministre sérieux, impliqué, dans son élément au fond (la haute fonction publique et le Quai d’Orsay s’entendent à merveille).

Yves LE DRIAN

Agrippine : 17. Un ministre en première ligne et qui l’assume sans se dérober. Certains parlent même de lui pour Matignon… Un véritable spécialiste qui ne s’exprime que lorsqu’il est certain de ce qu’il avance, une bonne communication. Un poids lourd du gouvernement, surtout étant données les circonstances.

Rocigre : 14. Sa gestion de la défense est particulièrement professionnelle tant les baisses budgétaire dans ce minstère sont importantes. Une bonne intervention au Mali, bien que certaines intervention commençant à dater (Le Liban notamment) sont presque ignorées. D’autre part, il s’agit plus d’un exécuteur que d’un décideur … Le bilan est malgré tout plutôt positif.

Scipion : 17. Une gestion exemplaire de la guerre au Mali, une volonté de modernisation de l’armée tout en ne se dérobant pas à la logique de restriction budgétaire. Pas de militarisme exacerbé, pas d’ingérence dans la partie politique, un livre blanc de qualité … Seul regret: l’intervention avortée en Syrie.

Les ministres de l’Ecologie

Agrippine : 5. Un ensemble inaudible et incompréhensible, une guéguerre au sein du gouvernement, une communication calamiteuse, twitter qui s’en mêle, bref, la catastrophe. Les ministres sont parfois en cause mais c’est surtout le cap qui est incompréhensible : les Verts sont rivés au gouvernement quoi qu’il advienne car ils n’existent plus tous seuls. Le PS ne peut pas admettre publiquement qu’il se fiche désormais de l’environnement car la priorité est à la croissance. D’où une communication erratique.

Rocigre : 6. Le bilan écologique du gouvernement est loin d’être satisfaisant … Faute d’un président dont les convictions « de synthèse » sacrifient les décisions écologiques (Lobbys pétroliers avec Nicoles Bricq, ou Budget peu ambitieux avec Delphine Batho), Philippe Martin est le symbole du manque d’ambition de l’exécutif pour l’environnement. Seul point positif : les réformes du logement par Cécile Duflot (éco quartiers, réaffirmation de la loi SRU …)

Scipion : 6. Le Trio de la Mort. Après en avoir virée une pour s’être opposée aux lobbies pétroliers, une pour avoir critiqué le budget, le Président a opté pour l’Homme Invisible. Un bilan pour le ministère aussi bas que sa crédibilité, tout juste soutenu par le nouveau rapport du GIEC. Honneur tout de même à la page d’accueil du site qui nous propose la visite du salon Kidexpo sur les crustacés.

Arnaud MONTEBOURG 

Agrippine : 10. Une relative déception, sauf pour le monde de la mode qui a repris le concept marinière. Un discours offensif mais de moins en moins crédible à mesure que les plans sociaux s’accumulent. Sur le fond, une volonté farouche qui se transforme en volontarisme stérile à mesure que les réalités rattrapent les discours. Le ministre n’est cependant pas seul en cause, voyant ses initiatives dénigrées au sein même du gouvernement.

Rocigre : 9. Les premiers mois de son exercice laissaient croire à une politique ambitieuse pour l’industrie. Mais les altermoiments successifs dans de nombreux dossiers, dont la communication ainsi que la gestion laissent à désirer, ont mis fin à cet espoir. Ses prises de parole sur le nucléaire sont plutôt décevantes. Enfin, s’il est important de défendre des droits sociaux menacés certes, plonger dans l’agressivité verbale n’est pas forcément un bon moyen politique. Néanmoins, un volontarisme certain se démarque, bien que très souvent bloqué par Ayrault et consorts (dossier de Florange …).

Scipion : 7. Très actif au début, il était plus performant en mannequin et livreur de croissants. Après l’abandon de la nationalisation de Florange, on ne l’a entendu que de manière sporadique. Les récents évènements en Bretagne montrent bien qu’il est impuissant. Sa volonté de conserver une industrie archaïque questionne sur l’utilité de son ministère.

Pierre MOSCOVICI

Agrippine : 13. Le ministre « techno » par excellence, compétent et apprécié des marchés financiers et beaucoup moins à la gauche du PS. Un économiste traditionnel qui gère en « bon père de famille » (père des marchés, s’entend) mais qui ne transporte pas par son ambition.

Rocigre : 9. Un des symboles de la technocratie hollandiste. Si il y a bien sûr une exigence d’austérité économique dans le cadre actuel, le manque d’audace ou d’innovation des idées est criant. La vision de sa politique est aussi courte que l’efficacité de mesures parfois déflationnistes. Néanmoins, on note une certaine rigueur et une connaissance sur les dossiers, qui assurent une bonne avancée à court terme. Car oui, les mesures sont pour le moment insuffisantes sur le long terme, tant le conjecturel est privilégié sur le structurel.

Scipion : 11. La prise de pouvoir de Hollande sur les questions économiques semble l’avoir dépossédé de son droit d’initiative. Moscovici affiche la volonté d’appliquer à la lettre les demandes de rigueur de Bruxelles. Mais un consensus émerge pour dire qu’il vaut mieux faire porter la réduction du déficit sur les dépenses que de continuer à matraquer la population qui grogne, mais qui pourrait bientôt mordre. Son engagement pour le retour à la croissance est noble mais il est fortement restreint par le cadre présidentiel. Dommage, car il semble assez calé et capable de mieux.

Vincent PEILLON

Agrippine : 11. Une déception sans être une catastrophe. Beaucoup d’affichages et de concepts mais peu de mesures qui risquent de « fâcher » (les enseignants, les parents, qui que ce soit) en dehors d’une réforme des rythmes scolaires utiles mais quelque peu improvisée. La « charte de la laïcité », par exemple, est une belle affiche dans les salles mais n’a pas vraiment d’utilité. Sauf…celle de la communication. La réforme du collège attendra une autre législature et pourtant elle est la plus urgente.

Michel SAPIN

Scipion : 12. Avec Moscovici et Le Foll, il constitue la garde rapprochée du Président, et applique ses mesures consciencieusement, sans faire de vagues. Son travail consiste surtout à annoncer les mauvais chiffres et à essayer de grappiller quelques contrats de génération ou emplois d’avenir. Il persiste tant sur « l’inversion de la courbe du chômage d’ici la fin de l’année » qu’on en serait presque convaincu (quelques indicateurs vont timidement dans son sens depuis peu). Les accords de flexi-sécurité encourageants nous rappellent qu’une réforme en profondeur du marché du travail est nécessaire.

Christiane TAUBIRA

Agrippine : 14. Ministre « clivante » investie de sa tâche : un caractère affirmé et assumé, un travail acharné au risque d’épuiser ses collaborateurs et des réformes phares du quinquennat (mais pas toujours très chères, c’est pratique). Une ministre qui n’hésite pas à se jeter dans l’arène, ne manque ni d’humour, ni de lettres.

Scipion : 16. Un bon point pour cette ministre qui défend ses textes avec une vigueur rare au gouvernement, capable de s’opposer à l’entêtement de Valls et à la dérive sécuritaire, en proposant un modèle alternatif capable de fonctionner. Mais sa réforme pénale importante sur le fond serait selon l’opposition largement bâclée. Reste que le soutien politique du président est limité, pour cette femme qui fait preuve d’un courage et d’une grandeur remarquables vues les immondices dont elle est victime chaque semaine.

Marisol TOURAINE

Agrippine : 12. Une « bûcheuse » parfois desservie par un caractère un peu psychorigide. Une femme qui connaît si bien ses dossiers qu’elle se montre souvent cassante envers qui a l’audace de soulever quelques objections. Là encore, le travail (réel) n’est pas reconnu à sa juste valeur. En temps de crise budgétaire, un ministère peu populaire.

Najat VALLAUD-BELKACEM

Agrippine : 13. Fait bien son travail de porte-parole. Pour le reste, on ne l’entend que sur la prostitution, défendre une position assez radicale dont on sait bien qu’elle ne sera pas efficace. Idéologique, donc.

Scipion : 16. Elle a su remplir et moderniser son rôle de porte-parole. Des chantiers sur l’égalité homme-femme sont lancés et s’avèrent difficiles, surtout sur le sexisme encore bien présent en France. Une position forte et intéressante sur la prostitution qui risque de ne pas faire l’unanimité au Parlement. Un atout encore sous-exploité du gouvernement, qui reste toutefois à l’abri derrière une fonction peu exposée.

Manuel VALLS

Agrippine : 12. Des dents qui rayent le parquet, un activisme chevronné et une efficacité relative. Son ministère est une fusée à plusieurs étages, la stratégie est très sarkozienne. Cela peut fonctionner mais attention aux étapes du décollage… Doit sans cesse répéter qu’il est de gauche mais à l’Intérieur, rien d’étonnant.

Scipion : 5. Intouchable en raison de sa popularité, outil préféré du Président pour lutter contre l’image laxiste du PS et contre le FN, ses discours copéistes ne font que donner du grain à moudre à ce dernier et exaspèrent les plus sensibles à la situation économique. Alimentant l’impression de brouhaha, il a fait plus de mal que de bien au gouvernement (surtout vu son bilan en matière de sécurité). Seuls de bons résultats sur les routes réhaussent sa note.

Jean-Marc AYRAULT

Agrippine : 9. La plus grosse déception du gouvernement, si ce n’est une loyauté à toute épreuve. Bien peu de charisme et d’autorité sur ses troupes, mais se sacrifiera sans ciller pour la cause.

Scipion : 12. Accusé d’être incapable d’autorité, il semble avoir autant de pouvoir sur ses ministres que sa fonction lui permet dans la Ve République. Il apporte souvent le complément socialiste qui manque à Hollande, sans tomber dans l’idôlatrie de Valls. Il est investi, tout en gardant ses convictions. Plus un homme de cabinet qu’une machine politique. Mieux vaut. Reste qu’il échoue totalement sur le plan de la coordination.

Source: parismatch.com

Le Gouvernement

Agrippine : 9. Un gouvernement peu soudé, constitué de quelques personnalités « fortes » et d’autres qui semblent connaître de grandes difficultés à se faire entendre, voire à exister médiatiquement. Un gouvernement sous-estimé et parfois massacré par les médias, assassinat souvent justifié par de conséquentes difficultés à communiquer ensemble et non séparément. Des partitions trop diverses et un leadership trop fluctuant entraînent une impopularité importante. Ce qui est plus inquiétant, c’est que cette impopularité n’est pas vraiment bâtie sur un refus ou un rejet clivant mais davantage sur une indifférence qui se fait de moins en moins polie. Dommage, le travail sur les dossiers est réel et même efficace.

Scipion : 10. Pris dans le social-réalisme du Président, le gouvernement est écartelé entre ceux qui sont toujours à gauche et ceux qui ont renoncé à l’être. Certains sont plus portés sur les colloques, d’autres sur leur carrière, donc le mouvement général est peu porté sur l’efficacité. Elle pourrait nettement être améliorée si la cohésion et la communication interne étaient plus rigoureuses. Voir Moscovici pas au courant de la réforme fiscale quand Ayrault l’annonce est intolérable. Néanmoins, quelques bons éléments et des changements (n’allons pas jusqu’à « réformes ») dans le bon sens font penser qu’on ne doit pas désespérer. Une nouvelle équipe serait peut-être la bienvenue.

François HOLLANDE

Agrippine : 10. Tout a déjà été dit sur une communication très hésitante, un binôme avec un premier ministre qui lui ressemble (trop ?) mais ce n’est pas le problème de fond. La question reste celle de la personnalisation du pouvoir induite par le fonctionnement des institutions. Il faut alors « incarner » la fonction. Or François Hollande est l’homme des dossiers, des compromis et des synthèses, assez peu d’ « incarnation » dans son caractère. Il incarne surtout l’inconstance, entre décisions fortes, reniements cachés et… impuissance non assumée. Hollande ne parvient pas à se construire une stature présidentielle mais on avait fait le même reproche à Mitterrand en son temps. La mue semble plus longue pour le Président actuel, si elle a jamais lieu. Peut-être préfère-t-on en France les rodomontades et les grandes envolées lyriques. Mais on s’en lasse également. A suivre.

Scipion : 12. François Hollande a nettement amélioré la position de la France sur l’échiquier international. Sa réelle posture de chef d’Etat et sa capacité de recadrage montrent qu’il n’est pas juste un Flamby sur le trône. Pourtant, son caractère tacticien lui joue des tours: on critique le temps qu’il met à réagir, sa capacité à trancher, le coup d’accélérateur demandé à Valls sur la sécurité… Entre claques électorales et salariés en colère, on lui reproche finalement de ne pas être un hyper-président socialiste (mais le faudrait-il?). Source de déception malgré des débuts prometteurs, il est dur de penser que le changement, ce sera avant la fin de son mandat. A défaut de faire vibrer, il est capable de justifier son salaire.

AgrippineRocigre et Scipion

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