Intégration: Faut-il des prénoms « français » ?

Photo: Flammarion

Dans cet article sera développée une réflexion (plutôt franco-centrée) sur la notion d’intégration, remise au goût du jour par 5 rapports remis à Ayrault, afin de pouvoir répondre notamment à la question des « prénoms français ».

A quoi sert l’intégration ?

La notion d’intégration est depuis des décennies ambiguë, et il est difficile de déterminer le meilleur endroit pour placer le curseur. Une bonne méthode étant de prendre la définition du dictionnaire, voici ce que nous en dit le Larousse:

  • Placer quelque chose dans un ensemble de telle sorte qu’il semble lui appartenir, qu’il soit en harmonie avec les autres éléments
  • Faire que quelqu’un, un groupe ne soit plus étranger à une collectivité
  • Recevoir et comporter en soi un élément qui originellement était extérieur ou distinct

La première définition nous donne déjà deux alternatives somme toute simples sur la marche à suivre pour les politiques publiques face à l’arrivée d’étranger sur le territoire (de manière légale si on veut restreindre le problème): soit on fait en sorte que l’arrivant vive « en harmonie » avec les individus déjà présents, soit on le laisse vivre comme il l’entend, parfois « dans son coin ». La première solution suggère déjà que l’intégration soit forcée pour ceux qui ne désirent pas particulièrement vivre en harmonie, ce qui suggère aussi d’avoir de bonnes motivations. Pour la deuxième solution, en supposant que l’individu ne va pas vivre dans une grotte, il va devoir quand même vivre avec les autres, le plus souvent de membres déjà présents de son pays d’origine/partageant avec lui une culture/des mœurs/une langue/des valeurs communes, bref, tout ce qui fait un sentiment national. Cela revient donc à créer une Nation dans la Nation, où les individus se sentent d’abord membres d’une communauté (d’où les communautarismes chers au FN et aux copéistes) avant d’être Français (par exemple). Outre le fait que la France n’aime pas l’Etat dans l’Etat/la Nation dans la Nation, on peut trouver des objections à cette situation (car après tout, pourquoi poserait-elle problème ?). Tout d’abord sur le plan politique: si une communauté s’exclut d’une société dont elle fait partie malgré elle, elle ne participe pas au processus de décision national ou local, et donc voit son « territoire » gouverné par une autorité non légitime, ce qui accroît le fossé et place la communauté en dehors de la juridiction étatique/locale, ce qui n’est pas acceptable du point de vue de la souveraineté sur le territoire. Deuxièmement, sachant que la communauté doit vivre à côté de personnes intégrées, elle doit au moins respecter les mœurs des autres et l’autorité (par exemple policière ou judiciaire). Enfin, pour son propre bien, il est plus utile d’être intégrée professionnellement (les débouchés professionnels étant bien plus nombreux si on considère le tout et non une minorité), d’accepter les services publics  (hôpitaux, etc.), voire de participer à la vie du quartier (ce qui n’est déjà pas le cas pour  bon nombre de Français), si la communauté ne « remplit » pas tout un quartier.

Concrètement …

Evidemment, la situation de non-intégration est caricaturale, les exemples d’immigrés refusant d’envoyer un colis par la poste ou de se faire soigner un ulcère par pur esprit de contradiction étant rares. Les situations les plus problématiques sont celles où la participation à la vie politique est moyenne (surtout en termes de candidatures) et où l’activité professionnelle revient à procurer des services aux membres de la même communauté. Il s’agit encore une fois de parler des situations potentiellement problématiques, les tenants de l’intégration la plus forcenée se faisant un plaisir de rappeler les « bons exemples », avec des députés issus de l’immigration ou des chefs d’entreprise de telle origine qui font des millions de chiffre d’affaire. Il apparaît évident quand il s’agit de polémiquer qu’on ne s’intéresse pas aux personnes qui vont voter, travaillent dans une entreprise loin de chez eux avec de très bons rapports avec leurs collègues, … bien qu’il serait parfois intéressant de les prendre en compte pour éviter de trop hâtives généralisations. Dès lors, faut-il se s’inquiéter des « quartiers » chinois, tunisiens, porto-ricains ou autres ? En France, loin des exemples de quartiers noirs américains, où les habitants y passent toute leur vie (si on force grandement le trait), la situation n’est pas vraiment une source de problèmes. Les études permettent généralement de s’extraire du quartier d’origine et l’éducation nationale uniforme fait penser qu’il n’y a pas de risque théorique de sectarisme sur plus d’une génération. L’Etat étant présent à peu près partout, il devient difficile de s’y soustraire. Si on juge que l’individualisme n’est pas à l’origine de toute politique, on peut supposer que l’Etat veuille, pour faire le bonheur de ses citoyens, les faire s’entendre en harmonie. Cela implique que les « anciens » et les « nouveaux » Français puissent se comprendre, interagir. L’intégration est très proche de l’insertion sociale (pour des chômeurs, des soldats revenus du front, des ex-prisonniers ou autres), sauf que les uns ont perdu « l’habitude » et d’autres ne l’ont jamais ou seulement partiellement apprise. Notons de plus que si des personnes émigrent en France, ce n’est pas pour refuser tout contact avec les Français ou leurs institutions. Si bien que s’il y a un problème d’intégration, il se situe autre part.

Mais quand même …

Même si les Français sont prompts à se plaindre, ils n’iraient pas jusqu’à se créer des problèmes (quoique): on peut donc supposer qu’il existe un réel problème d’intégration. Il existe en effet un autre obstacle à l’intégration, en émettant l’hypothèse que les immigrés désirent s’intégrer (soyons fou) : le rejet des intégrés (« le dernier ferme porte » selon le dicton). Il apparaît en effet que refuser l’accès des immigrés au travail, à l’éducation, à la fonction publique peut s’avérer efficace sur ce plan, et il devient difficile pour le camp adverse de montrer des preuves de cette mauvaise volonté. C’est comme Jean-François Copé qui accuse le gouvernement de favoriser FN, alors qu’il est un de meilleurs atouts du parti d’extrême-droite: on refuse l’installation des immigrés, tout en montrant qu’ils ne veulent pas s’intégrer et en affirmant vouloir par ailleurs les intégrer. Bien entendu, tout ceci est implicite, inconscient pour une bonne partie (pas de complot anti-immigrés massif, dirons-nous). Mais des sous-entendus sur le lieu de travail, des regards de travers dans la rue, des stéréotypes reproduits dans les médias, voilà qui pourrait enlever la confiance d’un nouvel arrivant envers la communauté d’accueil, et en effet créer un problème d’intégration (pourquoi la bonne volonté n’irait-elle que dans un sens ?). Les raisons de ces refus sont nombreuses et relèvent plutôt des sociologues et psychologues sur les thèmes de l’appartenance au groupe (voir le film La Vague de Dennis Gansel), la peur de l’autre, … et nous amènerait à nous écarter quelque peu du sujet si on voulait traiter la question convenablement. Ajoutons à cela que des individus arrivant dans un pays inconnus – parfois idéalisé – avec une langue mal maîtrisée, loin de leurs repères et sans situation sociale ou professionnelle, peut être tenté de se raccrocher à ce qu’il connaît, c’est-à-dire à un ensemble de personnes provenant du même pays ou parlant la même langue. De là rien d’affolant à considérer l’existence de communautés semi-fermées. De même, cela peut expliquer des situations où des individus en viennent à des comportements délictueux car c’est parfois le seul moyen de subsistance (si l’accès à l’emploi leur est restreint par exemple). Les réseaux mafieux ou criminels préexistants aident quelques fois à cela, et ils sont bien évidemment à combattre. Ce n’est pas une raison pour autant qu’il faut affirmer que des populations sont naturellement portées sur les larcins ou que, comme l’a dit entre les lignes Manuel Valls, leur culture est trop différente pour qu’elles vivent ailleurs (et en l’occurrence en France).

Fatima ou Cécile ?

Quelles exigences faut-il imposer dès lors aux nouveaux venus ?

Comme nous l’avons dit, anciens et nouveaux doivent pouvoir interagir en harmonie, ce qui exige que chacun fasse la moitié du chemin. Les immigrés doivent pouvoir comprendre les mœurs et valeurs françaises,                   source: coulmont.com                       et adopter les premières ponctuellement, comme au travail ou à l’école (deux lieux de fortes interactions sociales), apprendre à parler la langue (dès le début pour les enfants, en cours de route pour les parents). « Partager des valeurs communes » est souvent cité, et il est compréhensible de vouloir que l’autre soit attaché/respecte la liberté, l’égalité, la fraternité, la laïcité. La marche du monde étant dans les grandes largeurs uniforme, on trouvera peu d’immigrés refusant d’être libres ou militant pour le servage. On peut toujours trouver un vilain islamiste qui refuse de laisser sortir sa femme sans burqa, mais la France n’en accueille pas beaucoup (on n’en voit pas à tous les coins de rue, et les seuls qu’on voit sont surexposés par rapport à leur nombre). Il peut être compliqué de passer d’une pratique publique de la religion dans certains cas à une pratique privée en France, mais encore une fois, la grande majorité semble s’y faire et ce problème est loin de prendre une grande place en France. Pour autant, faut-il que les immigrés copient en tout point le « Français moyen » qu’ils se remplissent de jambons-beurres, qu’ils trempent leurs croissants dans leur café, qu’ils appellent leurs enfants Jean-Luc ou Enzo ? En plus de poser problème quand il s’agit de savoir quel prénom est « français » ou pas, l’idée constitue une grave atteinte aux libertés individuelles et au respect de la vie privée. Un gouvernement qui vérifie sur les immigrés ont bien des comportements ‘français », ou simplement proclame que cela doit être le cas peut facilement tourner au totalitarisme. Voici un article de Rachida Dati publié dans Le Monde qui va dans le mauvais sens, puisqu’au-delà du fait que ce soit une attaque totalement gratuite contre la gauche, le « droit à la différence » (comme solution) est critiqué, comme s’il fallait adopter le mode de vie d’un archétype pour s’intégrer à une société. Nier l’idée qu’on ne peut s’intégrer en portant un prénom différent, en parlant une autre langue chez soi, en mangeant d’autres choses, c’est faire preuve d’une étroitesse d’esprit où subsiste le réel problème de l’intégration.

Scipion

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