4 stratégies de communication

Source: ginisty.com

La communication a pris une ampleur substantielle et surtout disproportionnée par rapport au fond. Ainsi, la manière de communiquer une idée/pensée ou d’informer d’une action (projet de loi, etc.) devient plus important que l’idée ou l’action elle-même. Tant et si bien qu’on arrive à présent à vivre de la communication, que ce soient certains journalistes qui noircissent des bottins grâce à ça ou les « experts » en communication. Ce qui était inhérent à la politique est devenu un objet d’étude. Les conseillers en communication (« spin doctors »), additionnés avec les conseillers politiques, juridiques et autres, transforment les hommes politiques en simples exécutants. Il devient dès lors intéressant de se pencher non pas seulement sur la communication, mais aussi sur la manière dont les personnalités politiques gèrent ce phénomène. En voici 5 exemples.

Nathalie Kosciusko-Morizet

Source: Sipa (R. Meigneux) pour VSD

Inutile de rappeler combien NKM s’est ramassée pendant cette campagne avec l’affaire du métro parisien et la photo avec les sans-abris. La future ex-maire de Longjumeau a bien saisi l’importance accrue de la communication, mais l’a très mal concrétisé. Elle est encore dans la version la plus grossière de l’action/réaction: on me voit comme une bourgeoise, donc je dois montrer que je suis une simple Parisienne qui prend le métro. La communication se doit d’être masquée, car sinon les journalistes et tweetos s’empressent de la mettre en évidence (et donc de faire implicitement remarquer qu’elle manipule les esprits, comme tous). En en faisant trop (personne ne croit que celle qui donnait le ticket à 4€ il y a peu adore la ligne 13 souvent saturée), elle s’est décrédibilisée. Il n’y a pas de honte à ne pas prendre le métro, surtout quand on est plutôt aisé, énormément de Parisiens ne le font pas. Tout comme peu vont s’en fumer une avec les SDF. Toutefois, elle a eu l’intelligence de couvrir ses arrières, sachant que certains (ici le Petit Journal) iraient fouiner. Dommage qu’on n’y croit toujours pas, les témoignages des proches sur les cigarettes ne concordant pas avec ceux des SDF.

Jean-Luc Mélenchon

Source: Guignols de l’info (hmongplus.com).

Mélenchon a réussi l’exploit d’apporter à l’extrême-gauche/gauche radicale un score de 11% pour un seul candidat. Il avait surtout durant la campagne une certaine présence (à défaut d’appeler ça du charisme), une connaissance du milieu médiatique et une forte capacité de conviction. Cela convient très bien à une élection présidentielle, avec un candidat unique pour une représentation nationale, mais pas pour les autres élections. Car contrairement à Marine Le Pen, qui possède dans son stock les très sollicités Philippot et Le Pen Jr Jr, Mélenchon n’a que lui à vendre dans les interviews et est donc moins visible. D’autant que le réseau du Front de Gauche est moins efficace sur Internet que celui du Front National. Il en résulte qu’il a capitalisé sur son nom, mais pas sur celui de son parti, et peut-être pour un temps seulement. Il peut tout à fait éviter les moyens « modernes » et passer par les classiques affiches, tracts, porte-à-porte. L’essentiel est d’être raisonnablement visible et d’éviter l’impression de déjà-vu qu’on peut assimiler à l’inefficacité. Le pari de la proximité, de la sincérité  et de l’authenticité face à la surexposition et aux sourires forcés des Le Pen peut s’avérer payant si et seulement si on ne se borne pas à refuser le phénomène « communication ».

Jorge Bergoglio

Source: AFP (A. PIZZOLI), lemonde.fr

On peut critiquer le choix de Bergoglio pour cet article, mais historiquement, le pape détient aussi un rôle politique. Celui désigné l’année dernière exploite son très avantageux statut qui lui permet de communiquer tout en laissant penser qu’on est sincère et pas en train de faire un « coup »/ »buzz ». Sans supposer que toutes ses actions tiennent de la communication, son ancien poste de jésuite argentin est une bonne solution face à la crise interne au Vatican, la perte d’influence de l’Eglise catholique et la crise économique mondiale. Les discours d’amour et de charité (somme toute très classiques) et ceux de critique d’un libéralisme forcené réussissent mieux que tout à évangéliser, car ils parlent à tous ceux qui se sentent en marge du mouvement, perdus dans la foule ou dans la précarité. Les possibles changements dans la doctrine catholique excitent particulièrement les médias, le pape ayant même été nommé « homme de l’année » par Time, alors que son discours sur les relations homosexuelles ou l’avortement restent très conservateurs. Les images du pape saluant la foule, du pape parlant avec les simples gens, du pape avec un enfant circulent partout. Comme l’a montré l’enlèvement du « Père Georges », où les paroissiens ont été interrogés pour montrer comme il est moderne et rigolard, le pape  a réussi a remettre la spiritualité catholique à la mode.

François Hollande

Source: © Présidence de la République – Raymond Depardon

La communication du Président de la République est sans doute la plus décriée de France, presque comme si les journalistes politiques se disaient « Quoi qu’il dise, il le dit tellement mal qu’on doit le lyncher ». Elle est surtout la plus analysée, chaque parole présidentielle ou ministérielle étant susceptible de comporter une bourde, un manque de coordination, etc. Il semble parfois oublier que tout discours ou sortie de l’Elysée sera scruté avec délice par les reporters … Le candidat Hollande a  choisi une communication à l’opposé de Sarkozy, mais le président normal n’a pas non plus marché. Son caractère supposé mou insinue que non seulement tout va mal, mais que jamais il ne pourra conduire un changement radical. Il a fait l’erreur de s’entourer de ministres à son image ce qui déséquilibre le « rendu ».  Par dessus tout il manque de pédagogie alors qu’il met en avant cette méthode, et laisse les médias transmettre son message au risque de le brouiller. Cette méthode lui permettrait de réduire le sentiment d’injustice et d’incompétence en expliquant aux citoyens le pourquoi des réformes et des lois. En réalité, ce sont les bruits de couloirs qui nuisent le plus au Président, les « un proche m’a dit », « un conseiller nous confiait » ou autres. Tout ce qui filtre de l’exercice du pouvoir doit venir directement de Hollande, car il est victime de ces petits riens qui lui font un vilain tout.

Scipion

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