Ni Etat Providence, ni Etat laisser-faire : un Etat Stratège

Arnaud Montebourg, notre cher ministre remarqué, a annoncé il y a quelques jours la création d’une Compagnie Nationale des Mines, une entreprise publique dédiée à la prospection minière notamment dans les régions d’outre-mer, mais aussi, dans les rêves cachés du ministre, à une recherche discrète sur le gaz de schiste. Au même moment, il annonce une intervention de l’Etat, plus ou moins approuvée, dans le capital de PSA Peugeot-Citroën.

L’opposition de droite incarnée par les ténors de l’UMP, et les plus libéraux d’entre eux comme Alain Madelin ou Charles Beigbeder ont formulé les critiques les plus acerbes vis-à-vis de ces décisions. L’opposition de gauche, Front de Gauche en tête mais aussi le tout récent parti de Pierre Larrouturou Nouvelle Donne, dénonce quant à elle une intervention de l’Etat insuffisante, devant s’inspirer de la pure doctrine keynésienne. Pourtant, ces deux pensées économiques semblent aujourd’hui inadaptées dans le contexte actuel.

Les tenants d’un libéralisme presque illimité, sans foi ni loi diront certains, mettent en avant une mondialisation des échanges et une ouverture des économies inévitables, qui justifieraient un plus grand désengagement de l’Etat. S’il est vrai que l’Etat est aujourd’hui devenu un acteur moins important pour les plus modérés, plus quelconque pour les plus radicaux, dans l’économie mondiale, il n’existe pas à ce jour d’instance de régulation suffisamment forte pour encadrer les économies nationales. Inutile de réciter des vers sans fin sur les excès du libéralisme financier tant ses conséquences, dues à la crise, sont visibles sur l’économie réelle. L’Etat reste le seul acteur de poids pouvant réguler et mettre fin à des dérives trop dangereuses pour nos économies.

C’est par ce même raisonnement que Pierre Larrouturou justifie une intervention de l’Etat sur un mode keynésien. L’Etat doit dépenser plus pour relancer l’économie, en stimulant d’abord la consommation. Il s’agit là d’un remède miracle, presque évident, voire même parfait. Pourtant, il n’est pas inexpérimenté … Et ses expérimentations ont prouvé que l’économie actuelle ne fonctionnait plus par la demande : aujourd’hui, quand on stimule la demande, on consomme non pas que des produits nationaux, mais aussi des produits étrangers, ce qui encourage légèrement la production nationale et plonge la balance commerciale dans le déficit. C’est pourquoi les prérogatives de l’Etat restent limitées.

Aujourd’hui nous sommes donc confrontés aux limites de ces deux doctrines qui se sont partagées les politiques économiques au cours de la seconde moitié du XXème siècle. Ainsi, l’Etat voit son rôle changer : il n’a plus de monopole sur l’économie nationale mais garde quand même d’importants pouvoirs. Face aux dérives du paradigme néolibéral, il doit donc guider les économies nationales en s’incluant dans l’économie comme un acteur puissant. L’Etat représente l’intérêt général, et c’est en s’incluant dans ces économies qu’il pourra représenter l’intérêt de tous dans l’économie. Il n’y a plus d’Etat-Providence ni d’Etat laisser-faire, mais un Etat stratège devant s’intégrer à l’économie mondiale en tâchant de représenter l’intérêt général. C’est l’ambition de Montebourg, et peut-être du gouvernement : en s’intégrant au capital de PSA, l’Etat veille (ou du moins se voit obliger de veiller) aux intérêts économiques et sociaux de l’entreprise. N’en déplaisent à ceux annonçant la fin de l’Etat économique, il s’agit là d’une avancée tout à fait adaptée à la mondialisation et à l’ouverture inévitable des économies.

Rocigre

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s