Tribulations post-remaniement

François Hollande a réussi de manière habile à faire partiellement oublier la défaite socialiste des municipales, non pas en réduisant le taux de chômage ou en améliorant la balance commerciale par exemple, mais en balayant la scène médiatique par une tempête toujours appréciée des journalistes: un bon vieux remaniement post-fessée électorale. Cet événement qui a traîné plus d’une semaine a amené son lot de tribulations, d’annonces politiques nombreuses et de réactions d’opposition plus ou moins fines. Des tribulations qui feraient presque oublier que les élections européennes se déroulent dans 16 jours et que la campagne patine de tous les côtés ou presque, puisque le Front National tire depuis plusieurs jours sur un no-man’s land.

Le maestro Valls

Cet article se situe dans la lignée du Bulletin de notes, qui faisait un bilan des 18 premiers mois du gouvernement Ayrault, c’est-à-dire quasiment sur toute sa durée. Je ne m’étais pas privé de dire que Manuel Valls était une catastrophe en tant que ministre de l’Intérieur de gauche, avec des propos sur les Roms inacceptables. Aujourd’hui, il a quitté son piédestal pour s’attaquer à des affaires encore plus polémiques et complexes. Cette opportunité, qui peut être un formidable marche-pied pour sa carrière, peut aussi signifier son suicide politique. Il est en réalité la personne parfaite pour faire passer les réformes socialement osées enfin assumées par le Président. Manuel Valls a essentiellement un problème avec la sécurité, et maniait facilement le verbe copéiste. Néanmoins, il ne semble pas si droitier pour le reste des sujets: les propositions économiques formulées pour l’instant ne sont pas exagérément coûteuses pour la population, même s’il garde toujours l’idée d’une gauche « décomplexée » à l’image de l’UMP de Copé. Il est frappant de voir qu’avec des annonces qui passent pour courageuses sa côte de popularité n’a pas baissé, même si Hollande essaye toujours de lancer des idées pour se rétracter par la suite (le « geste » envers les petites retraites est passé pour charitable et non plus lâche ou indécis). Toutes les critiques passent par le filtre charismatique, quasi-présidentiel, de Valls; filtre qui ne vaut que pour lui-même. Ce qui plaît le plus, c’est le changement dans la communication, médiatiquement et non politiquement intéressant, qui aurait pu se produire il y a un an déjà. D’où toute l’importance des symboles et des apparences, malheureusement exacerbée par Sarkozy et que Hollande a (finalement) compris.

Les chaises musicales

Source: Reuters

Le remaniement est un bon indicateur pour révéler qui est considéré comme ayant réussi: Laurent Fabius, Jean-Yves Le Drian, Christiane Taubira, Marisol Touraine, Marylise Lebranchu (à moins que personne n’ait voulu de son poste), Stéphane Le Foll et Aurélie Filippetti. Encore qu’il se dit dans les journaux que Taubira a été gardée pour plaire à la « gauche de la gauche » (comble pour une ex-candidate PRG), ce qui implique que Hollande choisit ses ministres non pas selon leurs compétences mais pour des postures politiciennes, attitude courante mais non moins lamentable. A contrario, Michel Sapin, Vincent Peillon ou encore Pierre Moscovici sont considérés comme défaillants, alors qu’ils occupaient des postes cruciaux. La plus grosse erreur de casting est à n’en pas douter Arnaud Montebourg, qui n’a aucune formation en économie, n’a fait aucun miracle en tant que ministre du Redressement productif et prône une démondialisation, un repli français, à l’encontre de tout bon sens. Le futur rachat d’Alstom a montré qu’il préférait en France une entreprise française à l’agonie à une entreprise américaine en bonne santé. Le nom de ministère le plus improbable est celui de Najat Vallaud-Belkacem, qui rassemble le droit des femmes, la jeunesse, le sport et la ville. Son précédent poste avait l’avantage de laisser le champ libre pour  une véritable politique égalitaire sur le plan des sexes, politique aujourd’hui noyée, diluée dans sa masse de responsabilités. Notons que l’écologie et les affaires européennes ont changé de tête, ce qui laisse suggérer encore une fois qu’il s’agit de variables d’ajustement pour des sujets essentiels. Espérons que l’expérience et le caractère de Ségolène Royal suffiront à faire redémarrer la locomotive, bien que sa méthode consistant à délaisser le bâton au profit de la carotte, risque de freiner la machine. Indépendamment de la personnalité d’Harlem Désir, l’Europe mérite mieux qu’un recalé en cette période d’élection et d’euroscepticisme grave. Enfin, signalons les habituels inutiles: Kader Arif, organisateur de commémorations de 14-18 (ce qui n’est pas le rôle de l’exécutif) et lanceur de collections philatéliques, Thierry Braillard, secrétaire d’Etat aux sports passant son temps entre les stades et la télévision ou encore Valérie Fourneyron, secrétaire d’Etat rattachée à Montebourg dont l’agenda est carrément indisponible sur le site du gouvernement.

Facéties d’opposition

Le phénomène de recomposition (à relativiser bien entendu) de l’opposition dévoile le fait que le Président ne parle plus à la gauche, qui a pourtant manqué au PS pendant les municipales, mais tente plutôt de ne pas énerver la droite, ce qu’on avait déjà vu avec les manifestations anti-PMA de Février dernier et qui est plutôt étrange voire idiot pour un président de gauche. En plus de l’extrême-gauche et de la droite se rajoutent potentiellement les écologistes, voire quelques socialistes. Rappelons que la crise politique dont on parle depuis 2 ans risque fort de se produire véritablement si Hollande ne trouve pas de majorité pour voter le budget 2015 en fin d’année. Ce processus risqué embête encore plus l’UMP qui voit ses propositions partiellement appliquées comme elle le réclame depuis le début, et doit donc se contenter de vouloir frapper encore plus fort. Elle doit donc se rabattre sur des sujets annexes, et rien de mieux n’a été trouvé que la réforme territoriale. Dans leurs hyperboles habituelles, beaucoup de responsables UMP ont qualifié le report des élections régionales et cantonales de 2015 à 2016 de « totalitaire », digne d’une « république bananière ». Cela rappelle la comparaison à la Stasi vue dans la tribune de Sarkozy. Si on peut douter des velléités dictatoriales de Hollande, la réforme n’est pas une bonne excuse pour repousser des élections, car elle aurait dû être mise avant sur la table, et on peut regretter que cela n’ait pas été le cas pour bien d’autres réformes. On peut aussi regretter que le gouvernement puisse « à sa guise » reporter des élections: la durée des mandats devrait en effet être inscrite dans la constitution (qui devrait donc être la même pour tous).

Commentons enfin le tweet du député UMP Thierry Mariani, ce héraut de l’idiotie. Pour rappel, il avait écrit : « .L’enlèvement par secte rappelle que l’Afrique n’a pas attendu l’Occident pour pratiquer l’esclavage « .

1° Mariani assimile ici l’Afrique à un groupe islamiste.

2° Nous sommes censés profiter de l’enlèvement de 223 lycéennes.

3° Le contraire est davantage vrai, n’oublions pas l’implantation grecque en Egypte puis romaine en Afrique du Nord, deux civilisations pratiquant l’esclavage.

4° Mariani confond Occident et Occidentaux: si on ne peut pas en effet reprocher aux Occidentaux actuels l’esclavage, puisqu’ils ne le pratiquent plus, l’Occident ne peut effacer de son histoire l’esclavage.

5° On ne commémore pas l’esclavage pour se purger de nos péchés, mais pour honorer des mémoires, se rappeler et ne pas recommencer les mêmes erreurs.

6° Cette pratique largement répandue, il est vrai, mais portée à son paroxysme en Afrique par les Européens, reste un des plus grands crimes commis contre l’humanité. Derrière la déculpabilisation, que prône aussi le maire FN de Villers-Cotterêts, se cache la banalisation, la normalisation d’actes barbares des Européens sur d’autres en raison de leur supériorité naturelle. Cela rappelle Dix jours qui ébranleront le monde, essai métaphorique d’anticipation d’Alain Minc, où il prévoyait une révolte des « jeunes mâles blancs », opprimés par tant de mesures anti-discriminatoires. Thierry Mariani et le reste du FN n’acceptent pas la perte de la suprématie discriminatoire de « l’homme blanc » et entendent assumer une « nature » à contre-courant de l’Histoire.

Scipion

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