4 arguments contre Ménard

Les propositions de Choisir Béziers pour le sport  par Robert MENARD - pour la Liste CHOISIR BEZIERS

Source: herault-tribune.com, illustration d’un article sur les propositions de la liste Choisir Béziers pour le sport. Si si.

La dernière trouvaille de la liste ô combien provisoire des idées originales de Robert Ménard pour sa ville consiste à réserver l’heure d’étude avant la rentrée en classe du matin aux filles et fils de travailleurs. Sachant que cela concerne les enfants dont au moins un parent est chômeur ou inactif, et vue la situation économique dégradée de Béziers, on peut penser qu’une part non négligeable des 400 actuels bénéficiaires va être touchée. Cette décision part d’un constat simple, simpliste verra-t-on: il faut faire des économies, cette mesure coûte de l’argent et n’est pas entièrement nécessaire car seuls certains parents ont besoin de laisser leur enfant avant 8h30, et pourquoi doit-on partir tôt le matin ? Pour travailler. Cependant, on peut trouver au moins 4 raisons de réfuter la logique sous-jacente à cette mesure.

1° Aspect pécunier

Le taux de chômage à Béziers est estimé à 16,4%. Pour évaluer les économies effectuées grâce à cette mesure, il faudrait de nombreux chiffres que nous n’avons pas, la dernière étude INSEE date de 2009 et ne nous permet pas de distinguer parmi les sans-emplois ceux qui ont au moins un enfant scolarisé en primaire. Les chiffres avancés par la suite ne concerneront donc que les chômeurs et pas les hommes ou femmes inactifs, ce qui ne devrait pas provoquer un décalage incommensurable. Le taux de chômage nous donne une proportion de travailleurs de 85,6%, soit (85,6/100)²=73,3% de ménages avec deux parents travaillant, soit 26,7% de ménages concernés par la décision de Ménard (on considère que la situation professionnelle n’influe pas sur la situation familiale). Cela correspond à environ un quart des enfants soit 100 enfants. On peut considérer qu’ils sont encadrés par quatre adultes payés au smic horaire, soit 4*9,43 par jour = 37,72€. L’heure d’étude s’applique pendant 8 mois par an 4 jours par semaine (puisque Ménard refuse la réforme des rythmes scolaires), soit 4828€ par an. Le budget de la mairie de Béziers est de 161M€ par an, ce qui représente une économie de 3 dix-millièmes du budget. Il faudrait alors que la mairie considère le moindre centime comme crucial. Avec 6.500 élèves en primaire, cela ferait une économie de 74 centimes par élève, il faudrait donc que les blouses (càd uniformes) que la mairie se propose de financer pour tous coûtent chacune 0,74€, donc soient faites en papier ou en sac plastique. De plus, il existe 21 écoles primaires à Béziers, donc cela fait actuellement 20 élèves par établissement concerné, surveillés chacun par un adulte. En enlever 5 ne fera pas diminuer le nombre de surveillant par école, les économies réelles devraient s’approcher de 0€ …

2° Le paradoxe

Selon Ménard, « les entretiens avant 8h30, il n’y en a pas des tonnes ». Certes, mais si on suit cette logique, les chômeurs et inactifs n’ont rien à faire avant 8h30. Ils sont donc soit de très mauvais parents pour vouloir se débarrasser de leurs enfants le plus tôt possible, soit ils n’ont pas intérêt à déposer leurs enfants à l’heure d’études. Donc quasiment aucun enfant de sans-emploi ne bénéficie de l’heure d’étude. Donc elle ne permettra aucune économie. Ainsi, soit Ménard a raison sur le caractère partiellement inutile de la mesure, et sa suppression ne rapportera rien, soit il a raison sur le fait qu’on pourrait rogner sur le budget et donc elle n’est pas inutile, et donc il ne faudrait pas la supprimer.

3° Une discrimination gratuite

Robert Ménard et Louis Aliot, jeudi dans les rues de Béziers.

Robert Ménard et Louis Aliot, jeudi dans les rues de Béziers. Crédits photo : PASCAL GUYOT/AFP. De saines fréquentations.

Nous pouvons trouver bien d’autres occupations à des personnes sans emploi durant les premières heures de la matinée et qui justifierait un dépôt des enfants avant 8h30. Elles pourraient même être de la plus grande noblesse, d’utilité sociale avec des actions bénévoles par exemple. Le champ des perspectives s’élargit si on prend en compte le temps de transport, Béziers n’ayant sans doute pas une desserte aussi complète que les grandes agglomérations. Le maire fait planer de spectre d’éventuelles dérogations, et reconnait donc implicitement que les obligations sociales et professionnelles ne se déroulent pas toutes à 500m à la ronde. Qui plus est, on peut surtout penser à la formation: remises à niveau, stages et formations facilitant le retour à l’emploi, jeunes ayant eu un enfant avant 18 ans et qui font tout de même de longues études, etc. Cette façon goguenarde et cynique de placer des arguments trop courts pourrait de la même façon légitimer les contrôles au faciès: « les personnes d’origine africaine ou maghrébine habitent davantage dans des zones sensibles/à risque que celles d’origine européenne » donc « elles ont plus de risque de commettre un délit/frauder », donc on cible les contrôles … Comme le rappelle d’ailleurs bien l’opposition municipale, les services publics servent tous les citoyens également, et si Ménard veut remettre en cause cette mesure pour certains, il devra le faire pour tous.

4° Une stigmatisation insupportable

On ressent derrière la proposition du maire une vision totalement dépassée de ce que doit être la société. Il met à deux niveaux différents travailleurs et chômeurs, comme si les derniers commettaient une faute morale qui devait les priver d’un avantage. C’est comme si on les incitait à retourner au travail au lieu de rester apathiques, avec une fonction de parasites pour la société. On a déjà vu les propositions de couvre-feu pour les moins de 13 ans, les blouses qui permettraient de revenir à une éducation proprette et vieillotte et l’interdiction du linge aux fenêtres. L’ensemble montre une volonté de ramener une esthétique abstraite dans une ville dont on cacherait tous les points négatifs: pas de chômeurs, pas de différences sociales, pas d’activité humaine pouvant enlaidir les rues, pas de signes d’insécurité le soir, etc. Les dispositions prises à Béziers se dotent d’un caractère intrusif –  se concrétisant à présent par l’obligation pour les parents de montrer patte blanche aux services municipaux – et avec quelques reflets totalitaires, ce qui ne risque pourtant pas d’arriver à l’échelle d’une mairie. Les chômeurs et inactifs sont donc pointés du doigt comme traîtres à la valeur Travail, des anormaux que l’on peut se permettre de soustraire à l’égalité républicaine, le deuxième mot de la devise française que les frontistes et leurs satellites devraient potasser plus souvent.

Scipion

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