La série de l’été, épisode 2 : une journée de vacances de Jean-François Copé (fiction)

Dans la piscine de M. Takieddine (Mediapart)

Depuis les révélations des liens unissant l’homme d’affaires libanais Ziad Takieddine et Jean-François Copé et des largesses dont ce dernier semble avoir bénéficié, le désormais ex-président de l’UMP évite de passer des vacances dans des villas de luxe, des yachts ou de s’y faire photographier en suspecte compagnie. Promis, il réduit son train de vie qu’il veut désormais exemplaire et proche des « vraies gens ». Malgré la tempête médiatique, l’affaire Bygmalion et les casseroles qu’il traîne, il croit encore en son destin national. Nous publions en exclusivité son journal de bord du 19 juillet.

Toute ressemblance avec des personnes physiques est bien évidemment tout à fait fortuite.

6h30 : Je crois qu’un ours tourne autour de la yourte. On a beau me dire qu’il n’y a presque pas d’ours en France, ce bruit monstrueux doit provenir d’un animal gigantesque et dangereux. Quelle idée, aussi, de passer des vacances « insolites » au beau milieu des Cévennes ! Les portables ne passent même pas, sauf au fond de la vallée, au bord de la falaise. Je n’aurais jamais dû écouter Nadia. Depuis les révélations de Mediapart, elle cherche à tout prix à faire croire que l’on vit modestement et que nous recherchons la discrétion. Ah, ça, pour être discrets, on peut dire que c’est réussi ! On pourrait même crever en toute intimité que personne ne le saurait. J’imagine déjà le titre du Gorafi : « Jean-François Copé dévoré par un ours : le martyre d’un honnête patriote, déclare Nicolas Sarkozy, «  profondément choqué ».

7h : J’ai pris mon courage à deux mains, j’ai regardé par la fenêtre de la yourte. Un écureuil. Est-il possible qu’un si petit animal produise des bruits aussi terrifiants ? C’est peut-être un coup monté. Il a des moustaches comme Edwy Plenel et je jurerais qu’il a les yeux de Xavier Bertrand. Peut-il porter un micro ?

8h : L’eau glacée est rafraîchissante, je me sens rajeunir. Je suis prêt à aller chercher le pain au village, on m’a dit que c’était à 15 kilomètres. Je pense qu’on s’est foutu de moi, la France n’est tout de même pas la Mongolie. Nadia, qui a une carte Michelin, me dit que je peux couper à travers la vallée en passant par les anciens chemins des bergeries. J’y vais.

11h : Je crois que je me suis trompé de route. Je ne croise que des vaches qui semblent me reconnaître et se moquer de moi. Il y a un veau qui a un petit air de Jérôme Lavrilleux. Je commence à maudire ces fichues vacances. « Se retrouver », « les choses essentielles », « faire le vide », me disait Nadia. Et moi de renchérir :  « le silence permet de réapprendre l’écoute »…

13h : J’arrive au village, tout crotté. Une chèvre furieuse m’a coursé mais je crois l’avoir semée. La boulangerie n’a plus de pains au chocolat, je dois me contenter de pains aux raisins qui semblent de la veille. J’espère ne pas me faire agresser par des salafistes djihadistes si j’en mange un dans la rue, car c’est ramadan en ce moment. Mais non, c’est la France profonde ici, le terroir. La boulangère ne m’a même pas reconnu, elle m’a pris pour Kev Adams que sa fille « adooore ». Je ne sais même pas qui est ce monsieur. Ou alors elle est payée pour faire semblant, elle avait un petit air de François Fillon. Quelque chose dans les sourcils. Je crois que je deviens paranoïaque pour de bon.

iTélé aussi avait fait l’erreur…

14h : La chèvre a remis ça. Elle a vraiment les yeux de Valérie Pécresse, difficile de soutenir son regard. Dans la panique, j’ai perdu un pain aux raisins. Il me reste du brie de Meaux dans mon sac à dos, ça peut toujours dépanner et même si c’est un peu coulant, c’est très terroir.

La chèvre en état d’arrestation (Le Parisien)

14h15 : J’arrive à la yourte. Nadia tente d’allumer le poêle à bois pour faire chauffer le café.

14h17 : Nous évacuons la yourte, cernés par les flammes. Nadia a malencontreusement mis le feu en essayant de faire chauffer le café avec le brie de Meaux mélangé au bois. Je suis profondément choqué. Nous la regardons flamber en quelques secondes, serrés l’un contre l’autre. Pourtant, on m’avait bien dit qu’elle était traitée contre les risques d’incendies, une yourte moderne. Mais je crois que c’est Jérôme qui me l’avait dit, alors comment savoir ? Il m’a dit tellement de choses…Tout allait bien, il n’y avait aucun risque, c’était Sarkozy qui allait prendre, la folie des grandeurs, surtout jamais de chiffres, restons dans le vague… On a vu le résultat.

14h20 : J’aperçois l’écureuil qui se marre sur sa branche. Il me revient avoir déclaré, en quittant la présidence de l’UMP, que je ressentais mon épreuve « dans les yeux un peu tristes de mes amis et dans le sourire de ceux qui ne le sont pas » : cet animal diabolique est un espion, c’est certain. Ou alors il travaille pour Closer, ils ont des techniques ultra-modernes maintenant.

14h30 : J’ai réussi à avoir l’écureuil avec une branche empoisonnée. Nadia me dit qu’elle va demander le divorce, tellement elle est profondément choquée. Je dois lui prouver qu’il était bien un espion à la solde de Bertrand (ou de Bruno le Maire, le nombre de mes ennemis allant croissant).

15h : La chèvre a bien aimé Nadia et lui a montré le chemin. J’ai ramené le corps de l’écureuil pour le faire analyser.

15h20 : Arrivés épuisés et en tongs au village, nous croisons, par un curieux hasard, Bastien Millot. Ce bon vieux Bastien est en vacances dans le coin. Il y a un golf à trente kilomètres, semble-t-il, avec un parcours oenologique et gastronomique. C’est qu’il me ferait rêver, le petit saligaud. Il compatit à nos malheurs et promet de faire autopsier l’écureuil par des experts internationaux. Il nous propose même un hélicoptère pour nous évacuer au plus vite et en toute discrétion. Je réfléchis intensément. J’hésite. Puis je refuse, car nos militants trouveraient profondément choquant que je m’affiche ainsi aux frais du contribuable (ou de l’UMP, ce n’est pas clair) dans le ciel de France. On se souvient de Toubon allant affréter un hélico pour sauver Xavière Tibéri, ça la fiche un peu mal. Normal, c’est profondément choquant pour le Français moyen, celui qui se lève tôt et paie des impôts qui augmentent avec Flamby. Un truc à faire monter le Front National et exploser l’UMP, ce que personne ne souhaite évidemment. Bref, restons modestes. Un petit gîte rural fera bien l’affaire, au pire une maison d’hôtes.

Jean-François Copé et son épouse à la fête de la Violette, en 2013. A gauche, un certain Jérôme Lavrilleux… (MaxPPP)

16h : Fini les plans de hippies sur le retour, retour au terroir, au vrai : un gîte en pierre au cœur du plateau de Millevaches. Il paraît qu’on ne capte que Orange en 2G, au fond du plateau, sans beaucoup de vaches d’ailleurs. Je m’y rends pour appeler – sous un nom d’emprunt, bien entendu (j’ai bien réfléchi et Patrick Choki, ça sonne bien) – Michèle Tabarot afin qu’ elle me raconte les derniers potins du parti. Malgré ma semi-retraite, la politique me manque déjà. « Juppé et Raffarin ont acheté une cafetière Nespresso aux frais du parti. Je note tout, Jean-François,euh Patrick, je crois même qu’ils ont fait passer en notes de frais leur trajet du rez-de-chaussée au premier étage, soi-disant qu’ils ont des problèmes de genoux ». L’ascenseur est en panne et on ne peut pas le faire réparer, faute d’argent. C’est profondément choquant d’en arriver là, un si grand parti, promis à un avenir radieux sous ma présidence profondément légitime.

16h30 : La chèvre m’a suivi et me poursuit de son regard hargneux à la Valérie P. Heureusement que Bastien m’a prêté une carabine Winchester à canon scié. Je lui fais son compte à bout portant, la traîtresse. Dans son ventre encore fumant, je trouve un message : « Bonnes vacances, Jean-François, ce n’est que le début des réjouissances. Signé : FF ».

18h : Je retrouve Nadia, qui m’apprend que j’ai désormais le WWF et la Ligue de Protection des Ecureuils sur le dos pour l’atroce torture infligée à un animal sans défense. La boulangère a cafté, ou alors serait-ce Bastien ? Ou Jérôme ? On l’a déjà vu trahir Xavier Bertrand, peut-être a-t-il changé son fusil d’épaule.

20h : Je n’en peux plus, c’est terriblement choquant. Des photos de l’écureuil supplicié et de la chèvre explosée ont été postées sur Twitter par un certain « Fantomas2laBoétie ». J’ai une petite idée de son identité. Lorsque Bastien me propose d’aller me terrer au sous-sol de la villa corse d’un ami, je me vois obligé d’accepter. Nadia me demande s’il y a une piscine puis décide de ne pas demander le divorce finalement. Tout de même, un point me taraude : je demande à Bastien si y aller en jet privé, c’est vraiment nécessaire. Allez, ce sera la dernière fois, pour échapper aux journalistes. Et promis, juré, ce n’est pas payé par l’UMP.

Agrippine

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