La série de l’été, épisode 4 : Les vacances de Marine Le Pen (fiction)

NB : Toute ressemblance avec des faits ou des personnes réels serait complètement fortuite.

Pour préparer 2017, Marine Le Pen a besoin de se ressourcer. Direction la Bretagne et ses embruns, la maison familiale de La-Trinité-sur-Mer : trois semaines de vacances avec sa tribu…parfois encombrante. Il faut maintenir la paix sociale, recoller les morceaux avec papa, montrer son amour à Louis mais aussi résister à des adversaires inattendus… Demosthene2012 a négocié de haute lutte un extrait de son journal de bord du 3 août, « dédiabolisation » oblige.

6h30 : J’ai fait un affreux cauchemar. J’étais éliminée au premier tour de l’élection présidentielle en 2017, battue par Rama Yade et Harlem Désir (c’était vraiment un rêve idiot). Je ne savais plus quoi dire devant les caméras, accablée, c’était un coup du lobby mondialiste- surtout ne jamais dire « judéo-maçonnique », on m’a appris cela en maternelle, qui avait bourré les urnes. Dans notre belle République française qui n’est pas une République bananière… Cela n’arrivera jamais. Je dois convaincre le peuple de France, ce peuple « de lions quand ils ne sont pas gouvernés par des ânes » (oui, je me cite moi-même, et alors?). J’ai encore deux ans et demi pour y parvenir. Mais avant, il faut que pas un pli ne dépasse dans le parti. Que nous soyons responsables, efficaces, bons gestionnaires, humains. Humains, c’est important, surtout pour l’électorat féminin. Ces vacances doivent servir à cela, rien de tel que le repos, les pique-niques au jardin et les bains de mer pour ressouder une famille. Au travail !

7h : Je reçois un texto de Louis. « Je suis en route, parle à ton père». Pauvre Louis, bloqué tout seul à Perpignan… Papa est arrivé la semaine dernière avec son vol VIP d’Air France. Depuis, il ne cesse de me brandir des lettres sous le nez. Il déclame trois ou quatre fois par jour, je n’en peux plus. Il appelle Louis « l’imbécile » en imitant son accent. Je tente de rester stoïque, mais j’ai peur de ne pouvoir y parvenir très longtemps. Heureusement que Carotte (mon chat) m’apaise par ses ronronnements bruyants et ses caresses. S’il n’y avait pas les chats…

Les chats, des compagnons dans l’adversité…(© marinelepen.com)

8h : Au petit-déjeuner, je tente d’expliquer à mon père que Louis voudrait passer quelques jours à la maison. Il en a bien le droit, nous sommes un couple et je suis majeure et vaccinée. « Ah, l’imbécile veut faire son Breton ? Il n’en a pas la carrure. Les Bretons sont une grande race, enfin ils l’étaient avant de devenir socialistes. Je n’aime pas que tu l’imposes ici. Il a l’accent chantant mais le verbe fielleux. Va plutôt à Perpignan si tu veux passer du bon temps, Madame La Présidente ! Perpignan, cette ville de rastaquouères qui s’entretuent, je te souhaite bon vent ! ». Il a dit « Perpignan » avec l’accent de là-bas et une moue de dégoût. J’aime bien Perpignan, j’ai appris à aimer cette ville même si elle est malade. Comme la France, en somme. Il y aurait tant à faire là-bas, il faut conquérir un nouvel électorat, gitan surtout, Louis est très doué pour cela. Un vrai caméléon.

10h : Je suis tranquillement installée au jardin pour lire mon Serge Moati de l’été. Mais voilà que le mauvais sort s’acharne, même en vacances, je n’ai pas une minute à moi. D’abord, un SMS de ma fille aînée : « Ruben et moi c fini ». Adieu veaux, vaches et Hannouka ! Elle menace de faire les manifs pro-palestiniennes, maintenant… C’est bien de son âge, de se venger ainsi. Comme si j’avais besoin de cela, moi qui cherche à me rapprocher des Français israélites ! Je lui explique qu’il ne faut pas se faire remarquer, notre famille n’a vraiment pas besoin de cela. Elle n’a pas intérêt à sortir avec un soralien. « Pense à 2017 ». Je me le répète comme un mantra.

10h30 : Alors que j’en étais à la dixième ligne du « Vieil orphelin » (il ne l’est pas encore, à ce moment-là, ni vieux ni orphelin), coup de fil de Maman. Elle veut aussi venir à la Trinité mais évidemment il y a Jany. Elle se dit « cloîtrée à Moutretout sous la canicule» avec ses dix chats, elle n’en peut plus. Mais que faire, que dire sans la blesser ?

– « Maman, je crois que Papa va construire un abri de jardin pour t’accueillir l’été prochain, prends ton mal en patience ».

– « Un abri de jardin ? Mais, et mes chats, où dormiront-ils ? »

– « Les chats dormiront dans le garage ».

– « Mais il fait trop froid en Bretagne, les pauvres, avec la pluie… »

– « Il ne fait jamais froid en Bretagne et il ne pleut que sur les cons, Maman ! »

Je raccroche, agacée. Mais je m’en veux un peu, je pense à 2017 : le plan canicule devrait être activé à Montretout. Je vais demander à Papa s’il accepte de financer un climatiseur pour Maman. On ne sait jamais…

11h : Mon père débarque dans le jardin et se met à déclamer une nouvelle lettre. C’est sa vengeance personnelle pour la suppression de son bloc-notes sur le site du parti. Lorsque nous ne sommes pas ensemble, il me les envoie par mail, il s’est mis aux nouvelles technologies… Cela commence par : « Une femme est seulement une femme, mais un bon cigare c’est tout un arôme ». Encore du Kipling, je parie. Ces démonstrations de misogynie sont extrêmement vexantes mais c’est Papa. Je suis vaccinée, je crois, contre son humour d’un goût (ou d’un arôme!) particulier… « Pense à 2017 », ne pas répondre. Je lui souris distraitement puis me replonge dans mon Moati.

14 heures : Je crois que j’ai vu bouger les buissons. Or je sais pertinemment que les buissons, ça ne bouge pas tout seul, sauf avec du vent.

14h30 : Je suis sûre d’avoir vu un crâne. Un crâne luisant derrière le buisson. Je me lève pour aller voir.

Carl Lang, président du Parti de la France

16h : J’explique à Jany que je ne suis pas sûre qu’un café soit vraiment ce qu’il y a de mieux après cet épisode. Pendant quelques secondes, je me suis vue kidnappée, un doigt coupé, exécutée par ces fous furieux ! Mais Louis m’a sauvée ! C’est qu’on a failli m’enlever ! J’avais vu un crâne luisant…ce crâne s’est révélé être celui de Carl Lang qui s’est jeté sur moi avec Martial Bild. « Viens, traîtresse américano-sionistes », hurlaient-ils ! Ils cherchaient à m’emmener vers le coffre de leur voiture au bord de la propriété… Heureusement, Louis et Patrick (mon garde du corps) ont accouru en quelques secondes en entendant mes cris et leur ont mis une bonne raclée – j’avais déjà commencé, j’ai cassé le nez de cet idiot de Lang avec ma tong en tungstène après lui avoir brûlé le crâne avec ma clope. Dire qu’ils avaient rendez-vous avec mon père pour « mettre fin à la scission » du Parti de la France ! Pourquoi tant de violence ? Ces types n’ont de toute manière jamais rien compris à rien : ils ne veulent pas le pouvoir, ils vivent dans l’imprécation et se nourrissent de chimères. C’est avec ces gens-là que l’on est sûr de perdre à chaque fois.

16h30 : D’après les premières déclarations des coupables, mon enlèvement aurait eu pour but de me pousser à la démission et de revenir au « FN des origines ». Ces mecs sont des salafistes du Front, ils me débectent. Enfin, lorsqu’on voit Carl, on a plutôt l’impression qu’il aurait aimé faire carrière en Allemagne au début des années 1940…

Nous allons régler cela « en famille ». Mon père exige un dédommagement financier, échelonné sur dix ans. Il semblerait qu’on ait aperçu Bruno Gollnisch raser les murs dans les rues de la Trinité. Pourquoi ne suis-je qu’à moitié étonnée ?

Je prends Louis, mon héros, dans mes bras et hop, on envoie la photo sur @MLP_officiel En direct de la Trinité : dédicace à Carl Lang !

18h : Florian arrive enfin au volant de sa 4CV customisée « GRD ». Je le mets au courant de cette affreuse tentative d’enlèvement.  Carotte sort des fourrés pour me réconforter et évite de justesse la voiture de Florian.

18h30 : Nous prenons l’apéro tous ensemble, mon père, Florian, Louis, Jany et moi. Jany prend des photos pour immortaliser ce moment. Voilà mon idéal, mon objectif : un parti rassemblé autour de ma candidature, des idées qui fusent, des gens sérieux qui ont une ambition réaliste en même temps qu’un petit grain de folie – il en faut, pour aller plus loin que nos rêves. Il faut aussi des ennemis communs, c’est que cela soude son monde. Mon père a un jour déclaré que « la mystique militante a pour l’instant disparu de la vie politique française ». Elle est de retour, je vous le prédis. La France a rendez-vous avec la grandeur.

19h : Patatras. Après que Papa ait fait l’éloge du Hamas et de la « résistance palestinienne dans son ghetto à ciel ouvert » (c’était déjà mal parti), une engueulade mémorable a démarré sur une question ridicule : le nouveau nom du parti. J’avais pourtant demandé à Louis de ne pas en parler à Papa : c’est un peu son bébé et il n’a aucune envie de le voir jeter avec l’eau du bain… Alors franchement, « Alliance Française » ou « Rassemblement des Patriotes », c’était inutile de remuer le couteau dans la plaie. Mon père est devenu tout rouge – j’ai craint l’apoplexie, et s’est mis à éructer : « Je le savais ! Je le savais que c’était du chiqué, la réconciliation ! Vous savez ce que vous êtes ? Des notables ! ». Florian avait l’air plutôt content d’être un notable mais là, papa a renchéri : « Et les notables, je les vomis ! Vous ne savez même pas ce que c’est que d’avoir créé, porté un parti jusqu’à la reconnaissance nationale ! Vous cherchez la notabilisation à tout prix, vous êtes les Monsieur Homais du Front National ! » Florian a fini par se lever et par protester pour la forme. Je ne savais que faire, que choisir. J’ai regardé Louis, il m’a regardée et j’ai dit à Papa : « c’était une blague ! Une galéjade comme tu les aimes ! C’était pour te faire comprendre que cela suffisait maintenant, ces lettres que tu me lis à longueur de journée : on garde le nom FN mais tu arrêtes de me citer du Kipling tous les quatre matins, s’il te plaît ». Papa a plongé ses yeux dans les miens, a jeté un œil dédaigneux à Louis puis a déclaré : « Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite / Et recevoir ces deux menteurs d’un même front /Si tu peux conserver ton courage et ta tête / Quand tous les autres les perdront »… ça me manquera. Nous avons un accord, ma fille ». Il faut que je rappelle Florian illico.

21h : La situation est sous contrôle. Enfin, je l’espère. Ma fille n’est pas partie à Gaza ou chez les soraliens, au final, Louis a grandi dans l’estime de Papa et Florian, eh bien… est revenu, tout piteux, l’air d’avoir inopinément ingéré du veau hallal au déjeuner. Nous irons la semaine prochaine terminer les vacances dans notre maison de Millas, en amoureux, car Maman a dans l’idée de venir quand même et ici nous risquons d’être bien à l’étroit.

22h : Parfois je me dis qu’être une jeune orpheline aurait été plus simple.

23h : Je crois que j’entends du bruit à la fenêtre. Ce ne peut être Carotte puisqu’il est dans son fauteuil, devant moi. Je me penche et, au clair de lune, je crois reconnaître, sur une échelle, Bruno Mégret – mais qui aurait mal vieilli – avec ce qui ressemble à Martine Lehideux (donc à pas grand-chose). J’en ai vraiment plus qu’assez des envieux et des traîtres qui œuvrent à précipiter nos échecs. Je ferme vite la fenêtre, me retenant de faire tomber l’échelle d’une pichenette. Papa saura quoi faire. Il va sûrement leur proposer un remboursement échelonné et on n’en parlera plus, même si je préférerais appeler la police – la LDJ ferait également bien l’affaire, tout bien considéré. Après tout, ils font du kravmaga, ont des battes de baseball et des tasers… Mais je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée pour 2017…

Agrippine

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