L’avenir du quinquennat

Hollande tristounet

François Hollande le 15 octobre en visite en Afrique du sud. (Sipa)

Au moment de la nomination du gouvernement Valls II, les commentateurs politiques examinaient les différentes options constitutionnelles de François Hollande pour sortir de la crise. Soulignons l’inhabituelle bienveillance desdits commentateurs souhaitant trouver la meilleure solution pour le Président. Ceci dit, par paresse ou par malveillance, on finissait toujours par retomber sur « ne rien faire » ou « se faire jeter de gré ou de force de l’Élysée ». Depuis, Manuel Valls a joué le jeu très risqué de la question de confiance – ce à quoi il n’était d’ailleurs pas obligé – dans l’espoir d’asseoir sa légitimité. Le pari était à double tranchant puisqu’il pouvait aussi bien en sortir la tête haute que les pieds devant. C’est finalement la queue basse que le Premier Ministre a quitté le Palais-Bourbon: l’abstention d’une trentaine de socialistes et le vote négatif de la moitié des écologistes a officialisé le malaise de l’exécutif et le fait que le paquebot de la majorité s’est transformé en deux ans en une frêle barque. Nous allons donc nous aussi nous prêter au jeu de la solution miracle, pour Hollande, et surtout pour la France.

Le démission : la fausse solution

hollande dégageDes sondages étant récemment parus montrant que plus de 60% des Français souhaitent la démission de Hollande, ce serait sans doute une source de satisfaction non négligeable pour le peuple. Mais après, qui pour le remplacer ? A l’extrême-gauche, Mélenchon vient d’acter sa « pause », ce qu’il reste de son parti est à peu près autant fourni que EELV en figures présidentiables, le PS serait déchiré entre la ligne vallsienne pour la continuité/droitisation et la ligne aubryste quelque peu dépourvue de programme, l’UMP serait déchirée par le triptyque Fillon/Juppé/Sarkozy ET dépourvue de programme. Ne seraient donc prêts que Bayrou et Le Pen, les seuls qui seront candidats jusqu’à ce que la mort les rattrape. Une élection présidentielle imprévue serait donc désastreuse pour le paysage politique français. Le ou la Président(e) nouvellement élu(e) devra sûrement dissoudre l’Assemblée Nationale pour s’assurer une majorité plus confortable pour les cinq années suivantes. Les problèmes d’une dissolution s’ajouteraient donc à ceux de l’élection présidentielle.

Le référendum : n’importe quoi

Le référendum est envisagé dans une optique gaullienne, avec le souvenir du référendum sur la décentralisation et la suppression du Sénat de 1969, dans lequel le Président De Gaulle avait vu une occasion de se retirer dignement après la victoire du « non ». Mais, si la fin de vol du général s’apparentait à un atterrissage en douceur, Hollande donnerait plutôt l’impression d’être abattu en plein milieu de la traversée de l’Atlantique. Cet anti-De Gaulle laisserait la France dans un état dégradé sur tous les points. De plus, quel sujet serait assez important pour faire l’objet d’un référendum ? La suppression de la première tranche de l’impôt sur le revenu ? Toute lubie type « suppression du Sénat » ne pourrait être que le fruit d’une grave improvisation. Et dans le cas où cela ne se transforme pas en un vote pour ou contre la personne (dont le résultat serait connu d’avance), Hollande doit-il démissionner ou rester juste pour une (dés)approbation sur un point particulier ? Rester pour continuer la même politique très discutable ?

La dissolution : le suicide

solution dissolution libérationFrançois Hollande ne peut pas sérieusement penser avoir une majorité renforcée suite à une dissolution. La dispersion des préférences politiques n’amènerait aucun parti à la majorité, à part peut-être l’UMP (malgré les deux succès électoraux de 2014, on imagine mal le Front National multiplier son nombre de députés par 145 en deux ans). Et qui pour jouer le rôle de Premier Ministre ? Nicolas Sarkozy n’accepterait pas de se retrouver hiérarchiquement sous celui qui l’a défait en 2012, mais ne voudrait pas non plus qu’un Juppé ou un Fillon porte une telle responsabilité. D’où un effet entonnoir: trois candidats, une place, zéro programme. Pour Hollande, l’impression de ne pas avoir pu faire grand chose, pour la France, (toujours) l’impression de ne pas savoir dans quelle direction elle va, si tant est qu’elle en ait jamais eu.

Ne rien faire : l’agonie

Comme Cécile Duflot l’expliquait dans son livre De l’intérieur, voyage au pays de la désillusion, François Hollande n’est pas tant un homme qui ne sait pas décider qu’un homme qui aime les solutions consensuelles, c’est-à-dire qui ne font pas de vagues (surtout auprès de ceux qui s’expriment le plus fort, donc les entrepreneurs). Le péché originel demeure dans sa campagne présidentielle, en se positionnant bien à gauche alors qu’il est plutôt ancré au centre. Dès lors, des renoncements sans fin, notamment à propos du traité Merkozy, et surtout un manque de ligne politique, tant sur l’économique que sur le social et le sociétal. On a clairement l’impression qu’il a laissé ses convictions d’opposant au placard, voire en a fait le paillasson de l’Élysée. François le bricoleur refuse de reconnaître qu’une grande partie de la politique économique se décide à Bruxelles, qu’elle tue la croissance et enlise le pays, et que la changer demande une certaine force de caractère. Il est semblable à la girouette qui s’use à force de changer de direction. S’il dispose en général d’une mince majorité, une catastrophe (i.e. une sérieuse crise politique) est possible si le budget ou le financement de la Sécu sont rejetés. A force de regarder tout le monde, il a oublié de regarder son propre camp.

Cohabitation Hollande Mélenchon

Sources : Reuteurs et AFP, montage l’Express

Une solution : la « cohabitation interne »

Plus souhaitable serait un recentrage clair au sein de la gauche, avec une vraie politique de relance, l’abandon de l’objectif des 3% le temps nécessaire pour recouvrer un certain dynamisme (le rapport de l’OFCE de 2013 sur l’économie française estimait qu’un déficit à 4,8% du PIB serait une limite plus raisonnable). Mais Hollande ne peut pas effectuer un énième tournant s’il veut rester (un peu) crédible. Il faut donc que quelqu’un d’autre effectue ce tournant, quelqu’un qui n’ait pas trempé dans la soupe hollandaise, quelqu’un qui pourtant représente bien la majorité qui a élu Hollande en 2012. Pourquoi aller chercher une nouvelle majorité dans des élections alors qu’on en a déjà une, élue en Juin 2012 ? Il faut un nouveau gouvernement, basé sur la majorité de gauche de l’Assemblée Nationale, allant de Mélenchon à Baylet, une union de la gauche plus efficace qu’une union nationale, assumant de vraies réformes. Une synthèse, certes très ambitieuse, entre des radicaux capables d’oser et des modérés capables d’apporter des gages de respectabilité aux marchés et à la Commission Européenne. Pour chapeauter cette alliance, la figure de Martine Aubry semble la plus adaptée, car correctement centrée et suffisamment éloignée de l’action gouvernementale jusqu’ici. Dans tout ce chamboulement, Hollande devrait prendre le statut d’un Président en cohabitation: une posture gaullienne (pour une fois), gardant les attributions de garant des institutions, de chef d’Etat avec le « domaine réservé » de la défense et des affaires étrangères, acceptant de ne plus être le centre névralgique de l’exécutif français. Rien n’empêche la coopération avec Aubry, mais il faut une séparation claire entre vieille et nouvelle majorités. Il lui faut reconnaître qu’il a été dépassé par les enjeux et la fonction, qu’il reconnaît ses erreurs et laisse la main à une poigne plus forte. Les hollandais historiques (Sapin, Le Foll, …) pourraient s’en sortir honorablement en reconnaissant avoir dû faire certaines compromissions sous la coupe du Président. En quelque sorte, faire table rase de deux années sans enthousiasme pour donner une nouvelle chance à une gauche pour l’instant condamnée pour vingt ans.

Scipion

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