La charte des socialistes pour le progrès humain

Jean Christophe Cambadelis 12 octobre 2014 états généraux PS

Source : 20minutes.fr. Jean Christophe Cambadelis le 12 octobre 2014 – SIPA

Ce n’est pas un Parti Socialiste anéanti qui vient de clore ses États généraux, comme le répètent à l’envi les journaux (parce qu’il n’y a que les apocalypses qui font vendre), mais certainement un parti avec d’énormes défis à relever en 2015. On vient par exemple d’apprendre que seul 1/3 des adhérents est à jour de cotisations (ce qui est toujours mieux que d’avoir à rembourser 11 millions d’euros). Si les élections municipales et européennes de 2014 ont marqué un net recul par rapport à 2008 et 2009, les élections régionales et départementales, dont le PS est sorti largement majoritaire il y a 4 ans, peuvent marquer l’enterrement de la gauche pour une dizaine d’années. N’ayant pas grand chose pour capitaliser au niveau national, les candidats socialistes vont soigneusement éviter de se lier au gouvernement, quand certains sont plutôt prêts à attiser la vindicte populaire. Conserver la majorité des régions, voire des départements, serait une manière pour le PS de sauver les meubles et de montrer qu’il tient le choc. Sûrement inspiré en cela par Nicolas Sarkozy, Jean-Christophe Cambadélis a décidé de lancer une grande rénovation du parti, basée notamment sur l’augmentation du nombre d’adhérents et une tartine de doctrine fédérale prononcée quotidiennement par un ponte sur le site du PS (appelée sobrement « la minute du PS »). En effet, le but est d’atteindre les 500.000 adhérents d’ici 2017, en simplifiant notamment la procédure d’adhésion, c’est-à-dire tripler les effectifs en 2 ans. On voit déjà mal comment l’UMP, principal parti d’opposition à un gouvernement franchement impopulaire, pourrait doubler les siens pour atteindre ce même chiffre dans le même temps. Mais c’est dans une optique optimiste et tournée vers l’avenir (bien que pressée par l’actualité) que la « charte des socialistes pour le progrès humain« a été adoptée le 3 Décembre par 78% des votants (soit environ 25% des adhérents). Sans être un texte majeur de l’histoire du PS, contrairement à ce que prétend la déclaration de Cambadélis, cette charte est l’occasion de tester le degré de socialisme d’un Parti Socialiste à l’épreuve du social-libéralisme (donc du libéralisme).

Ce texte, basé sur des milliers de propositions de militants, ne marque aucun changement majeur par rapport aux précédentes déclarations. Et c’est notable. La critique du capitalisme (à travers les délocalisations, la finance ou les ultrariches) et l’idée d »émancipation de l’individu par l’égalité sont au rendez-vous. Quand il s’agit de soutenir les entreprises, le paragraphe est toujours accompagné de la nécessité de contreparties, de protection du droit des travailleurs, d’investissement public. Pas un pas (de travers) n’est fait en direction d’un social-libéralisme vallso-macronien. C’est d’autant plus intéressant à remarquer que la plupart des autres partis socialistes européens ont fait leur mue sociale-démocrate il y a quelques années : en 1994 pour le parti travailliste avec la suppression de la Clause IV qui portait le principe de redistribution des richesses, sous Schröder pour le SPD, définitivement sous Renzi pour le Parti Démocrate : tous considèrent les entreprises comme unique source de richesse à soutenir en priorité. Seul le Parti Socialiste résiste, un peu à la Astérix, à la vague libérale qui monte depuis Reagan et Thatcher. On sent dans cette charte une réaction au discours libéral qui agit en ce moment comme argument de pré-campagne au sein de l’UMP. Il est d’ailleurs paradoxal que le parti de la majorité se sente obligé de construire ses positions en réaction du parti d’opposition, qui lui-même construit les siennes en partie en réaction à celles de la majorité.

Guignols de l'info hollande macron bébé

Source: Les guignols de l’info

On observe donc bien l’écart qui se creuse entre gouvernement et Parti Socialiste, démontré par les récents rappels à l’ordre concernant la volonté de changer le nom du PS, et la loi Macron, que Marie-Noëlle Lienemann appelle à rejeter. Tandis que la page 14 stipule qu’un « vaste programme d’investissements et de grands travaux s’impose » à l’UE, on peine à voir s’imposer la volonté de Hollande d’un plan européen de relance, alors qu’Angela Merkel avait consenti en Juin 2012 à un pacte de croissance/cache-misère, ressemblant fort au dernier morceau de steak qu’on lance au chien posté devant la table pour qu’il arrête d’aboyer. La page 22 rappelle les promesses de droit de vote des étrangers aux élections locales (dont la probabilité depuis les élections sénatoriales est passée de « très improbable » à « vraiment impossible ») et de part de proportionnelle à l’Assemblée Nationale (qui favoriserait le PS pour les législatives de 2017 si on en croit un sondage pas du tout orienté paru dans l’édition du 5 Décembre du Figaro). Il est assez étrange de voir d’une part un Président qui attend le retour de la croissance mondiale en meublant avec des dispositifs inefficaces (comme le contrat de génération), un ministre de l’Économie qui tente de décapiter les 35h toutes semaines, un gouvernement qui recule sur la PMA devant 100.000 cathos-tradis, et de l’autre un parti qui s’efforce de rester celui pour lequel une majorité d’électeurs a voté en 2012.

La charte n’est pas un programme politique, et on n’en attend pas autant d’une déclaration de valeurs, mais quelques propositions pointent. On constate ainsi une insistance louable sur l’écologie, qui s’immisce lentement dans les discours socialistes (un peu moins dans les actes), sous la forme d’un « éco-socialisme ». On retrouve concernant l’Europe « l’intégration communautaire […] différenciée » (la possibilité de mettre en place des coopérations internes pour les plus volontaires), la « clause de l’Européenne la plus avancée » (l’adoption pour le droit des femmes européen des normes nationales les plus évoluées dans chaque domaine), le salaire minimum européen ou encore l’harmonisation fiscale, pour former une « alter-Europe ». S’y ajoutent par exemple un impôt mondial sur le capital, l’abolition internationale de la peine de mort, et autres propositions qui ont le mérite d’exister. On constate certes quelques phrases qui ne mangent pas de pain du type « la guerre c’est mal », « le plein-emploi, c’est bien » ou « le racisme, c’est triste ». Voici d’ailleurs notre préférée:

Dans un monde qui peine à devenir multipolaire, nous agissons pour la résolution pacifique des conflits dans le cadre des Nations Unies, pour le respect des droits de l’homme […] pour un multilatéralisme refondé, une paix durable au Proche-Orient, la constitution d’une société civile mondiale, la solidarité avec les peuples confrontés à la faim, au manque d’eau potable, aux pandémies, aux guerres et aux catastrophes naturelles ou écologiques.

Jaurès charte socialistes progrès humain.

Source : dhnet.be. +1 pour la référence à Jaurès en fin de charte

L’enfer est pavé de bonnes intentions, comme dit l’expression, et beaucoup voient dans ces positions l’irrédentisme de conservateurs gauchistes (oxymore des plus improbables), incapables de voir que l’avenir, c’est le libéralisme (en dépit deux siècles de combat pour le droit des travailleurs et d’une crise économique mondiale causée par le capitalisme financier). Les invectives de Cambadélis contre le « thatchérisme » de la droite font penser aux ultimes tentatives du nageur qui veut rejoindre la rive avec un boulet au pied. En dépit de tous les efforts idéologiques et programmatiques qui seront tentés d’ici 2017, l’avenir du PS repose sur la capacité du gouvernement et de la majorité parlementaire à se rappeler qui les a élus.

Amitiés socialistes (comme dirait Jean-Christophe),

Scipion

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