Banales départementales

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Qu’elles s’annoncent banales ces départementales … Le taux d’abstention est prévu par l’IFOP à 57%, c’est-à-dire un point de plus que pour les élections cantonales de 2011. Chaque élection semble battre un record d’abstention, mais on semble bien se rapprocher du fond, ce qui n’est sans doute pas plus mal. Le désintérêt des électeurs paraît évident, mais celui des partis l’est tout autant, au niveau national en tout cas. On avait peine à débusquer dans les matinales ou sur les chaînes d’info en continu un responsable politique répondant à plus d’une question sur les élections de dimanche prochain. Aucun appel massif à voter dans ce qui aurait pu être une sorte d’élan transpartisan pour mobiliser sur les enjeux des départementales, si ce n’est une campagne du gouvernement basée sur l’émission The Voice qui laisse sans voix quand on constate qu’on en est réduit à se raccrocher maladroitement à une émission de télévision populaire pour aller faire voter les jeunes. On n’évitera pourtant pas aux soirs des élections des phrases du type « le premier parti c’est l’abstention » pour minimiser le vote FN et les discours sur la dilution de l’esprit civique et des élites coupées du peuple.

On n’a pas non plus échappé aux accusations de manipulation des cartes électorales de la part de l’UMP, tandis que le gouvernement justifie ce redécoupage par des demandes récurrentes de la Cour des comptes de rééquilibrer démographiquement des cantons qui n’ont parfois pas été modifiés depuis 1801. Nous ne nous aventurerons évidemment pas à étudier le bien fondé des 2054 nouveaux cantons, mais il est probable que cela n’empêchera pas la droite de l’emporter très largement dans les présidences de département. Un changement majeur sera en revanche la parité désormais imposée, qui fera de l’échelon départemental le seul véritablement paritaire avec les régions, loin des 13,8% de femmes actuellement conseillères générales. C’est aussi une conséquente augmentation en perspective du nombre de femmes présidentes de conseils départementaux, qui culmine actuellement à 6 poux 101 départements. Toutefois, les mentalités des partis n’ayant pas changé du jour au lendemain, il est presque que jamais cette proportion n’atteindra les 50%, loin de là, sachant qu’il n’y a par exemple qu’une présidente de région (Marie-Guite Dufay en Franche-Comté depuis le remplacement de Ségolène Royale en 2014) pour 48% de conseillères régionales.

confiance

Globalement, ces élections manquent tristement de médiatisation et d’enjeux. Un bon indicateur est celui des personnalités candidates lors de ces élections. Au gouvernement, il faut se limiter à Patrick Kanner, ministre des sports, de la ville et de la jeunesse, dans le Nord, Ségolène Neuville, secrétaire d’Etat aux personnes âgées dans les Pyrénées Orientales et André Vallini dans l’Isère, très ironiquement secrétaire d’Etat à la Réforme territoriale, trois personnalités peu connues et dans des départements relativement peu à risque. On peut y ajouter Henri Emmanuelli, Hervé Gaymard, le frondeur Jérôme Guedj et les très sympathiques Jean-Noël Guérini, Eric Ciotti, Christine Boutin et Patrick Devedjan. On ne verra pas Arnaud Montebourg, qui avait quitté la présidence du conseil général de Saône-et-Loire lors de son entrée au gouvernement. Pour résumer, cela montre que les personnalités politiques nationales préfèrent le poste de maire ou de député pour être visible, et ne s’engager dans un conseil général ou régional que s’ils sont enclins à en devenir président(e)s. Une carrière politique donc aussi peu visible que prévisible, puisque le conseil général/départemental (à différencier du département, lieu de l’action préfectorale) dispose d’un avenir très incertain. Sa fin était prévue en 2021 dès Juin dernier par François Hollande, mais le remaniement électoral de Septembre dernier a vu s’affronter sur ce sujet le Président et le Parti Radical de Gauche, dirigé par Jean-Michel Baylet (par ailleurs candidat à ces élections dans le Tarn-et-Garonne après s’être fait jeté du Sénat par la droite), ce dernier dénonçant la disparition de cette assemblée de proximité en particulier dans les départements ruraux et menaçant par conséquent de quitter la majorité. Manuel Valls fut ainsi obligé de promettre le maintien des conseils départementaux en zone rurale, pour arriver actuellement à une situation incertaine. On pourrait ainsi imaginer d’un côté les zones urbaines dirigées par des métropoles (Grand Paris et al.) et les zones rurales par des conseils départementaux, situation dont on pourrait questionner la pertinence, notamment vis-à-vis du décrochement des campagnes par rapport aux villes en termes de développement, les métropoles agglomérant tous les bassins d’emploi et les conseils départementaux maintenant sous perfusion d’immenses territoires d’où s’échapperaient habitants et capitaux.

Compétences du conseil départemental - Elections départementales 2015La suppression des conseils généraux est pourtant un réel enjeu de la simplification du mille-feuilles de la décentralisation. Il se trouve pris en sandwich entre la très grande proximité des communes et les plus grands moyens des régions. Si on rajoute à cela les intercommunalités, on peut se questionner sur la légitimité du conseil départemental. Pourquoi ne pas par exemple confier la gestion des collèges – dont le nombre est environ 1,5 fois celui des lycées – aux régions ? Il est vrai que transférer les compétences départementales aux conseils régionaux reviendrait, avec la réduction du nombre de ces derniers, à créer des super-entités, des sortes de landërs français gouvernant de très grandes populations sur de très grandes surfaces, avec un nombre de fonctions et des moyens conséquents, un changement à bien méditer dans un nation de tradition centralisatrice et jacobine. Une solution à cette situation qui place les conseils généraux dans les bas-fonds de l’intérêt citoyen serait de mettre fin aux cantons et d’élire directement une assemblée départementale, ce qui permettrait aux électeurs de pouvoir se concentrer sur un nom de président(e) et non plus sur des conseillers cantonaux qui peuvent être tout à fait impuissants si d’autres majorités passent dans les autres cantons. On pourrait aussi profiter de ces cantons agrandis pour en faire des assemblées citoyennes, cohérentes à ce niveau de proximité, à qui on délègueraient une partie des budgets communaux, intercommunaux et départementaux relevant de l’initiative d’investissement économique, social et écologique pour choisir la façon dont ils seraient répartis. En attendant, les conseils départementaux restent cantonnés dans des compétences soit peu claires sur le contenu ou les possibilités de changement (« action sociale et solidaire »), soit dépourvues de réels enjeux politiques (comme la sécurité incendie ou la voirie, si ce n’est pour accuser la majorité actuellement en place de négliger l’entretien de telle ou telle route départementale, phénomène qui semble être très répandu en France). C’est surtout par manque de communication sur leurs actions concrètes et qui peuvent malgré tout faire beaucoup pour l’amélioration du quotidien des habitants que certains conseils généraux et bientôt départementaux pêchent. Il est sur ce point intéressant de relever la différence entre villes et campagnes : 52% des Français souhaitent selon un sondage IFOP pour Dimanche Ouest-France – où on apprend de manière non étonnante que seuls 29% des Français connaissent le nom du président de leur conseil général (chose que l’IFOP n’a apparemment pas songé à vérifier par une question supplémentaire) – la suppression des conseils généraux, proportion qui tombe à 40% si on ne considère que les départements ruraux.

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Source : lelab.europe1.fr. Guillaume Jambard fut un temps candidat dans le canton du Sud-Gironde avant de voir sa candidature retirée après ce tweet

Enfin, si ces départementales n’apporteront sûrement comme d’habitude aucune nouveauté sur l’intérêt que les Français et les partis y apportent, sur l’incompréhension de leurs fonctions et sur l’équilibre partisan des élections intermédiaires introduit par les européennes de 2014, elles comportent tout de même de vrais enjeux politiques. On peut ainsi s’atteindre à trois types de surprises : si l’UMP-« Les Républicains » arrive première au premier tour malgré tous les sondages qui ont annoncé le FN gagnant (ce qui n’est pas impossible vu les plus récents sondages qui montrent UMP et FN dans un mouchoir de poche), si le FN gagne un ou plusieurs départements (déjà moins probable malgré quelques départements critiques comme l’Aisne, montrant ainsi les fortes disparités locales quant aux réactions face au FN) et si le PS fait moins de 20% ou plus de 25%, ce qui serait dans les deux cas un signal fort vis-à-vis de l’action gouvernementale. On annonce pour l’instant un cumul PS (23%)-EELV(10%)-FG(9%) à 42%, ce qui demeure relativement honorable pour une période où la gauche détient la majorité gouvernementale. Seront aussi intéressantes à étudier les alliances EELV-FG, afin de savoir si les écologistes voient leur avenir plus rose à l’extrême-gauche, pendant que Manuel Valls bat la campagne plus seul que jamais, dans une invective frontale contre le FN relativement vide et caricaturale qui ne convaincra que ceux qui le sont déjà. Il ne suffit en effet pas de dire « le FN c’est moche » et de se montrer à la campagne pour regagner les voix des zones périurbaines qui lentement glissent vers une frustration du délitement social qui s’exprime électoralement par un bulletin pour le Front National. Front National qui, non content de formuler des invectives non moins caricaturales et frontales sur les petites gens menacées par les multinationales, Bruxelles et le gouvernement gauchiste, se permet de réaliser l’exploit de présenter le plus grand nombre de candidats à ces élections, avec un taux bien plus élevé que le PS et l’UMP d’ouvriers et d’employés, ce qui a pour effet de produire des candidats tout à fait factices et manipulables, trouvés à la va-vite comme cette suppléante de 92 ans dans le Puy-de-Dôme qui n’était pas au courant de sa candidature, mais aussi moins expérimentés, assurément moins compétents et plus enclins aux dérapages qu’il n’est plus besoin de rappeler ici. Rien de bien nouveau en somme. Il semblerait que finalement, le plus grand changement de ces élections soit la fin de la carrière départementale de Bernadette Chirac.

Scipion

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