La série de l’été : Laurent Fabius écouté par la NSA [fiction]

Laurent Fabius et Hassan Rohani © REUTERS

Laurent Fabius, le ministre des Affaires Etrangères français, est plus ou moins en vacances. Après son voyage en Iran, il a passé quelques jours au quai d’Orsay, passant des coups de fil et recevant des visiteurs discrets, évidemment non inscrits sur son agenda officiel. Le blog Demosthene2012 est parvenu – grâce à des moyens que nous préférons taire car dignes des méthodes des « affreux » de Bob Denard au Katanga- à récupérer les transcriptions de ces quelques heures précédant les vacances du Ministre, obtenues par la NSA. Tout cela se passe le 30 juillet dernier.

9h30. Le temps est long pour Laurent Fabius. Dans la solitude de son bureau, le téléphone sonne moins qu’avant. Il se lamente d’ailleurs auprès de ses proches : « Quand j’étais Premier ministre de Mitterrand, ils m’auraient mangé dans la main. Tous. Et là, ils font la fine bouche. Allez, je vais appeler son Excellence Bretonne le Drian, ce mangeur de crêpes qui me pompe l’air et les contrats du ministère ».

9h45. « Jean-Bernard, pardon Jean-Yves (c’est mon oncle par alliance qui s’appelle Jean-Bernard, c’est dingue!) , tu pars chez Sissi Son Impératrice ? Ah, le Canal, Ferdinand de Lesseps… Tu n’aurais pas oublié de me prendre un billet, par hasard ? ». Long silence. « Comment ça, les Egyptiens ne veulent voir que toi ? Avec tous ce que j’ai fait pour eux, voilà qu’ils ne veulent plus voir que ta pomme et celle de François ? Ah, les Mistral. Oui, je comprends, il faut les leur refourguer. Ils ont l’air contents, en plus. Bon, tant pis Jean-Foulques, euh Jean-Yves, je partirai en vacances plus tôt, comme ça. J’irai me faire un petit safari au Mozambique, tiens ! ».

11h. Un peu plus tard, le Président lui-même appelle le Ministre. « Tiens, Laurent, j’ai eu Hassan Rohani au téléphone. Enfin, son interprète, hein. Et tu sais quoi ? Il me remercie pour avoir permis l’accord sur le nucléaire iranien. Dingue, non ? Surtout que c’est en partie grâce à toi ! » Laurent Fabius s’anime alors : « Mais ce Rohani n’a aucune dignité ! Non seulement c’est grâce à moi que l’accord a pu être signé, parce que j’ai accepté la version finale du texte, mais j’ai été reçu comme un sagouin en Iran. La presse conservatrice m’appelait « le Contaminé », je n’ai pas eu le droit de rencontrer le président du Parlement ou le Guide Suprême. J’ai eu l’impression de les déranger, et que tout ça était filmé ! Heureusement que j’ai signé quelques contrats… »

François Hollande l’interrompt subitement : « Heu, Laurent, au fait, enfin ça n’a aucun rapport direct mais il faut que je t’informe de quelque chose. Tu sais, le prince Ben Salman a rencontré Ali Mamlouk, chef des services de sécurité syriens, à Riyad ». Long silence. « Tu me fais marcher ». Le Président poursuit : « Non, Laurent, non. J’aimerais bien. Cela a été révélé par un journal du coin mais les Américains nous avaient gentiment prévenu quelques heures avant. Grâce à l’intervention des Russes, les Saoudiens et les Syriens se parlent à nouveau. » Laurent Fabius s’interroge. De quoi Ben Salman a-t-il pu causer avec ce boucher de Mamlouk ? « Non mais François, rends-toi compte ! Je viens d’aller tout sourire chez Ben Salman, il y a trois semaines. Le type m’a parlé de renverser Bachar, que les Saoudiens refusent tout contact diplomatique avec lui. Et il a causé des contrats, évidemment ». Le ministre évoque alors l’influence des Russes et d’une forme de diplomatie parallèle. « Laurent, tu devrais parler de ça depuis la ligne sécurisée », implore le Président. « Je m’en fiche, François, ce n’est pas acceptable ! Je suis ministre des Affaires étrangères et je me retrouve toujours le dernier informé. Ce n’est pas possible, il n’y en a que pour Jean-Gérard, enfin Jean-Yves et Ségolène ! Je ne sers qu’à aller faire le beau en Israël parler à ce crétin de Nétanyahou ou quoi ?» Le Président supplie : « Laurent, arrête, je vais croire les complotistes qui disent que tu souffres de paranoïa ! Bon, on raccroche et on se rappelle sur la ligne sécurisée ».

12h. La conversation sécurisée, que nous avons également écoutée, laisse apparaître que M. Fabius se méfie considérablement des Russes. Au moins autant que des Syriens. Mais qu’il a peu de contacts avec ses homologues américains. François Hollande, Jean-Yves le Drian et Ségolène Royal s’inquiètent d’un risque de surmenage et, surtout, que le ministre des Affaires Etrangères entre dans une phase dépressive. Ainsi est-il décidé de remonter le moral du Ministre en le soumettant à « un tir groupé de bonnes nouvelles ». Nos écoutes ont dénombré vingt-huit conversations téléphoniques à ce sujet, partant pour l’essentiel du téléphone personnel de François Hollande.

M. Fabius, M. Hollande et M. Le Drian (Reuters)

13h. Tandis que Laurent Fabius achève son ris de veau, (il entame un régime Dukan) le téléphone sonne à nouveau. Plein d’espoir, il décroche. C’est Jean-Yves le Drian. « Bon Laurent, je t’appelle au sujet des Mistral mais je m’en voudrais d’oublier de te donner un scoop : John Kerry a avoué qu’il a été tellement impressionné par ton initiative de paix présentée en Israël qu’il n’ose pas t’appeler pour te féliciter. Il est un peu jaloux, tu comprends ». Le Ministre s’étonne, dit qu’il va appeler son homologue pour tâter le terrain et, peut-être, envisager une offensive diplomatique d’envergure avant la fin du mandat d’Obama. « Jean-Eudes, euh Jean-Yves, c’est une chance inespérée !  Ce serait la plus grande réussite de sa carrière, sans nul doute, celle qui éclipserait tous les échecs, toutes les demi-mesures. Le référendum de 2005 à côté de ça, aux poubelles de l’Histoire. Mais je rêve éveillé, attendons de voir ce que veut vraiment Obama ».

15h : François Hollande rappelle Laurent Fabius. « J’ai pas mal discuté avec Sissi Son Imperator. Il est plutôt sympathique, même s’il porte toujours ces lunettes de soleil qui lui donnent l’air d’un mafieux calabrais qu’on aurait affublé d’un uniforme militaire. Bref. Il m’a dit qu’il serait très heureux de te recevoir en son palais, qu’il t’estimait beaucoup car tu avais été le Premier ministre de Mitterrand. Pour lui, « Fabiouch », c’est comme ça qu’il prononce, est un « un grand homme d’Etat ». Il faudrait envisager un voyage, sans doute lors de la prochaine signature pour les Mistral, à mon avis ». Devant cette avalanche de bonnes nouvelles, Laurent Fabius s’étonne. Pourquoi, alors, n’a-t-il pas été invité ? « Parce qu’il pensait que sa petite fête ne te conviendrait pas. Il s’imagine que tu es un peu conservateur, tu vois, que tu n’apprécies pas les cérémonies pharaoniques… Il imagine quelque chose de plus intimiste ».

17 heures : Louis Schweitzer, l’ami de toujours ou presque, entre dans son bureau. « Laurent, tu ne devineras jamais qui vient de me parler de toi ». « Laisse-moi deviner : Netanyahou ? Le prince Ben Salman ? ». « Ça alors ! Comment as-tu deviné ? Oui, enfin Ben Salman pour cette fois. Il veut à toute force que tu retournes à Riyad pour parler contrats en ma compagnie. Il a l’air de tellement t’apprécier ! ». Laurent Fabius sourit, il a même un petit rire. Cela fait longtemps que nous ne l’avions pas entendu de si bonne humeur.

22 heures : « Non mais c’est incroyable ! Mahmoud Abbas m’a appelée ! ». Ainsi déboule Marie-France Marchand-Baylet, la compagne du ministre, dans ses appartements privés, alors que M. Fabius mâche la dernière bouchée de son steak tartare. Devant la surprise de M. Fabius, elle précise : « Il a été tellement convaincu par ton plan de paix et ta défense d’un Etat palestinien qu’il veut te remercier mais il ne savait pas ce qui te ferait plaisir. Il pense à de l’art contemporain mais il ne s’y connaît pas bien et, tu sais, l’Autorité palestinienne n’est pas très riche… Du coup, il m’a demandé conseil ». Le ministre semble surpris mais réfléchit à la proposition. « Je ne connais pas beaucoup d’artistes palestiniens. Mais une photo dédicacée de Larissa Sansour m’irait probablement. Je ne veux pas spolier l’Autorité palestinienne ! ».

23h30. Le Ministre s’apprête à se coucher après avoir dégusté une aiguillette de poulet (une petite faim) lorsque son téléphone sécurisé sonne. Le Requiem de Mozart résonne dans les appartements. « Hello Laurent, Barack Obama speaking ». Le Président américain souhaite vivement le remercier de son initiative de paix en Israël et en Palestine et réitérer son soutien en sous-main de la position française face à la menace nucléaire iranienne. C’est grâce à lui que l’accord est finalement plutôt restrictif pour les Iraniens, qui devront montrer patte blanche, et plutôt deux fois qu’une. M. Fabius, visiblement honoré de cet appel, ne cache ni sa joie ni sa déférence, donnant maintes fois du « Dear Mister President » à Barack Obama.

Le lendemain, Laurent Fabius part quelques jours en vacances après un dernier conseil des ministres, tout à fait ragaillardi, ses dossiers de préparation de la COP21 sous le bras. Il semble ne plus penser à la concurrence de Ségolène Royal sur ce dossier prioritaire. A l’Elysée, on respire. Et nous dénombrons une vingtaine d’appels de remerciements pour la gestion du « dossier Fabius ». En privé, le Président espère vivement que la COP21 soit une réussite, pour le Monde bien entendu, mais aussi pour son ministre…

Agrippine

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