Marine et la poussée d’Archimède

réfugiés méditerranée le pen

Le radeau de la Méduse, Théodore Géricault, 1819

Un jour que le ciel était dégagé, Marine Le Pen ouvrit une fenêtre des combles du manoir familial de Montretout, pointa une longue vue vers le Sud et observa une rangée ordonnée de caravelles, yachts et drakkars ayant levé l’ancre de l’autre rive de la Méditerranée pour venir décharger leur cargaison sur nos rivages européens. Quoique décharger serait bien politiquement correct : s’éventrer au large pour laisser leur pétrole gâter nos plages de sable blanc correspondrait bien davantage à la réalité qu’on souhaite nous cacher. D’autres décidèrent d’en avoir le cœur net, scrutèrent l’horizon depuis le lieu du délit et en vinrent à se croire victimes d’effets d’optique, tant ces vaisseaux conquérants leur semblaient frêles. On eût dit des chaloupes à la place des caravelles, des vedettes au lieu de yachts et des esquifs plutôt que des drakkars. Et que ces embarcations pouvaient être renversées par une vaguelette ou tout simplement couler sous le poids des masses humaines. Et ce ne sont alors pas des caisses que l’on retrouve échouées, mais des hommes, des femmes et des enfants à qui la poussée d’Archimède a fait cruellement défaut.

Pourtant, Marine Le Pen invoque aussi le savant grec, non pas contre les lames méditerranéennes mais contre les sabres du désert, non pas contre les vagues salées mais contre la déferlante des miséreux qui tentent de noyer la France, bouchon de liège dans une mer déchaînée, insubmersible par son histoire mais sensible à l’érosion. Car les Français sont soumis depuis des lunes à la gravitation mondialiste qui les attire vers le fond marin de l’indifférenciation mortelle. Punis pour avoir élu de mauvais représentants, ils écopent de la peine éternelle de devoir recueillir au sein du paquebot France toutes les larmes du monde. Peinant déjà à se maintenir à flot, ce tsunami venu d’Orient serait plus que susceptible de causer leur fin. Si la mer du milieu est débordée de réfugiés et bordée par la peur et la haine, la France accueille un triple ras-le-bol. En premier lieu un refus de l’ouverture des frontières, de la mondialisation, de l’immigration, de l’Europe. Ensuite, un rejet de Mai 68, avec son « idéologie » pédagogiste, féministe, repentante du passé colonial, qui a engendré l’antiracisme et la théorie du genre, et mis à bas toutes les structures traditionnelles collectives, tels que la religion, la Nation ou la famille patriarcale et hétéroparentale, laissant l’individu-roi seul avec ses dérives. Enfin, un écœurement des élites politiques, médiatiques, intellectuelles et économiques parisiennes qui, ne pouvant étancher leur soif de bien-pensance que par la sueur des vraies gens, et non contentes d’avoir supplicié toute grammaire familière à la plèbe, glorifient les anciens marginaux et poussent les enfants de sans-grades vers l’homosexualité asexuée et métissée. En somme, une véritable Réaction anti-libérale, pour un État fort, une économie dirigée et le respect des traditions.

http://france3-regions.francetvinfo.fr/nord-pas-de-calais/2014/03/11/fn-marine-le-pen-en-photo-avec-kevin-reche-le-porte-parole-de-sauvons-calais-au-tatouage-nazi-430961.html

© DR Avec Kévin Reche, porte-parole du collectif anti-migrants « Sauvons Calais » et accessoirement porteur d’une croix gammée sur la poitrine …

Nous étions de notre côté déjà éreinté de voir sans cesse la même demi-douzaine de visages frontistes pour nous exprimer ces exaspérations, quand l’air du temps nous en a apporté toute une flopée : un Alain, un Éric, deux Michel et un Régis (et même une petite Eugénie qui fit parler d’elle chez Frédéric, histoire de mettre un peu de fraîcheur dans ce monde de brutes). Ils ont tous pour point commun de jouer sur au moins un de ces ras-le-bol, d’avoir le statut d’intellectuel (qui semble s’obtenir encore plus facilement que le brevet des collèges ces temps-ci), de ne pas aimer les médias mais d’y être tout le temps et d’avoir les coudées plus franches que les politiciens (sauf pour la Morano, qui n’a apparemment pas appris dans sa formation intellectuelle qu’on ne maniait pas l’artillerie lourde avec un strabisme divergent). Tous ne jouent pas dans la même cour, s’attaquent souvent avec bien plus de précaution aux valeurs soixante-huitardes qu’aux frontières et aux élites, tous ne donnent pas dans la même subtilité (voir le débat Zemmour-Onfray, de 57’38’’ à 64’13’’) et tous ne sont pas aussi légitimes dans leur statut de réactionnaire souverainiste [1] (donc nationaliste si l’on en croit Alain Duhamel), mais tous perçoivent la nécessité d’une réaction rapide au dépérissement français, tous ont un contentieux avec Libération – enfin, surtout avec Laurent Joffrin – et tous sont accusés de faire le jeu du Front National.

Si le phénomène n’est pas nouveau (on peut se rappeler de la polémique sur le livre de Daniel Lindenberg paru en 2002, Le rappel à l’ordre : enquête sur les nouveaux réactionnaires), les récents ouvrages bien sentis et franchement optimistes que sont par exemple Le suicide français ou Soumission, ainsi que la crise migratoire de 2015, leur ont donné une nouvelle occasion de faire parler d’eux. Le schéma est toujours le même : ils réagissent à une pensée supposée dominante et unique, portée par une élite aux contours flous mais dont on sait qu’elle est ravie de faire tomber les frontières afin de connaître la joie de la diversité, du métissage et de la transformation de l’identité française (par exemple, « l’islam ne s’adapte pas à la France, c’est la France qui s’adapte à l’islam », comme le dit Éric). Une caste dont on aurait peine à nommer un représentant fidèle à la photographie – Attali ou Gattaz selon les rumeurs – mais dont on est tous persuadé qu’elle existe telle quelle tant ces intellectuels nous le répètent. Face à cette idéologie fantasmée, ils répondent par une grille de lecture toute aussi étroite, chaque fait, chaque évolution de la société, comme récemment l’afflux de réfugiés ou la réforme des collèges, devant confirmer leurs théories. Cela pourrait s’arrêter là s’il n’y avait personne pour réagir et pour en faire, contre leur gré, les porte-paroles de cette Réaction. Car tous les éditorialistes qui les hameçonnent dans les matinales, tous les rédacteurs en chef qui en font leur une, sans être conformes à cette « pensée dominante », donnent d’eux-mêmes une image idéale pour confirmer les théories réactionnaires et victimaires. Ainsi gonfle la bulle médiatique faite comme toujours de vide et donnant l’impression d’une nouvelle pensée dominante, unique et malheureuse.

Alors la Réaction a-t-elle gagné ? Si jamais pensée unique il y a eu, son unicité s’en est allé par le barouf que nous venons d’évoquer, pour lequel il serait assez inintéressant de chercher des coupables, que ce soit Laurent Ruquier ou Frédéric Taddeï, tant il est avéré que l’on parle trop des personnalités émergentes qui ne méritent que du mépris et mal des personnalités déjà dangereuses qui traversent les débats comme du beurre. Mais est-elle dominante ? Est-il de mauvais ton, voire passible de censure, de s’opposer à cette réaction, d’affirmer les progrès de mai 68 ou de l’ouverture aux autres, comme on pourrait jeter l’opprobre sur celui qui oserait dire par exemple « ne pas savoir si les nègres ont toujours tellement travaillé » (cf. Jean-Paul Guerlain) ? A part peut-être un seau d’eau pour calmer les ardeurs « bobo » si on passe sous la fenêtre d’Éric Zemmour et une petite dédicace dans le journal de bord de Jean-Marie, on ne risque pas grand-chose, et ce pour deux raisons. Premièrement, si cela fait des années que le champ politique est devenu réactionnaire (bien avant Sarkozy, le RPR s’était intéressé aux thématiques du Front National liant immigration et chômage, grosso modo depuis les élections partielles de Dreux où les deux partis ont fini dans la même majorité municipale) et que la Réaction n’a sans doute jamais quitté la sphère intellectuelle depuis Joseph de Maistre, le fond de l’air réac ressemble fort à une mode journalistique.

Prenez n’importe quelle idéologie qui ait l’air cohérente de loin, avec des représentants forts en gueule, le dérapage au coin de la bouche mais la République chevillée au corps, capables d’affirmer tout et son contraire avec le même aplomb et de lever systématiquement les yeux au ciel quand vous leur parlez d’histoire l’air de dire « vous gobez vraiment tout ce qu’on vous raconte », elle pourra enflammer les éditoriaux en quelques jours. Qui se souviendra dans 50 ans d’Éric Zemmour, encore moins comme un grand penseur, à la limite comme le Drumont des années 2010 ? Deuxièmement, parce que les gens n’en ont sûrement pas grand-chose à faire. Tout se base dans cette mode sur des impressions tirées des émissions de radio que l’on a écoutées, des débats politiques que l’on a regardés, des éditoriaux que l’on a lus, qui intéressent en somme les passionnés de politique et les milieux intellectuels et médiatiques. Un débat certes passionnant, et il est heureux qu’on estime encore en France que le débat intellectuel détermine l’évolution de la société, mais qu’en pensent les gens ? Qui peut vraiment définir ces intellectuels réacs ? Pour sonder l’opinion, on utilise quelques comparaisons de sondage  avant/après sans rigueur [2] (comme sur la photo d’Aylan) ou pire, Twitter (on ne compte plus les articles se contentant de prendre quelques tweets « choc » au hasard). Peut-on donc prétendre que la Réaction a envahi les esprits et même que ces personnalités sont véritablement susceptibles de pousser le FN, alors qu’elles ne sont pas dominantes, si ce n’est par leur présence dans les médias traditionnels ?

Marine Le Pen n’a pas besoin de cette procession des pleureuses de Jérusalem, affligées de la crucifixion de l’Hexagone sur la croix du progressisme libéral-gauchiste. A la tête d’un bolide repeint à neuf et propulsé par son papounet sur une route goudronnée par Sarkozy, elle a parfaitement intégré les standards républicains et la demande anti-libérale pour récupérer toutes les angoisses liées à la crise économique (et non culturelle), doubler l’extrême-gauche par son « petit plus » qu’est le rejet de l’immigration, socle unificateur des électorats ouvrier, périurbain/«oublié » et traditionnel (celui du père, très fort dans le Sud-Est). Elle a admirablement saisi à quel point ses adversaires se discréditaient en criant « halte au fascisme ! » gant noir levé et tête baissée [3], étant entendu que les nouveaux électeurs ont assimilé la mutation du parti et ne souhaitent rien de moins que d’être compris par les politiques et que leurs problèmes et aspirations soient traités en conséquence. D’où l’inutilité, voire même la contre-productivité, de grands discours manichéens face au manichéisme subtil-mais-pas-trop d’un parti lifté au possible.

01_1112Mais alors pourquoi avoir commencé cet article par une diatribe virulente contre le cerbère de la France blanche, bien chez elle et bien de chez elle ? Parce que la patronne du Front Nationale a été surprenante par une brutalité, une violence symbolique des propos à laquelle nous n’étions plus habitués. Sans jamais se renier sur l’immigration, mais après avoir troqué en 2012 les polémiques sur la viande hallal et les prières de rue pour un discours démago-trotskiste sur le grand capital, Marine revient plus vigoureuse que jamais contre les réfugiés : on en serait presque rassurés. Pas tant que cela toutefois, quand on constate le peu de réactions sur ce discours, tant l’indignation porte en France sur tout et n’importe quoi, c’est-à-dire sur pas grand-chose. Que reproche-t-on exactement à Marine Le Pen ? S’il s’agissait seulement de poser la question des modalités d’accueil des réfugiés, de ne pas faire de haie d’honneur aux Syriens, de ne pas applaudir de ses dix doigts cette vague migratoire ou de dénoncer le sentimentalisme un peu tardif des médias, on n’aurait même pas songé à parler d’elle. En revanche, nous lui reprochons de tenir un discours idéologique retirant aux réfugiés toute humanité, refusant toute empathie, niant leur souffrance sans pour autant les apaiser. Quand cela ?

Quand il s’agit de les tenir pour des migrants économiques alors qu’il s’agit de réfugiés politiques : « On essaie de nous faire croire que [les migrants] sont tous des réfugiés politiques. Pour la plupart, ce sont des réfugiés économiques » (affirmation démentie à 5’07’’). Quand il s’agit de faire preuve de la plus grande malhonnêteté intellectuelle possible en niant une réalité qui crève les yeux, en affirmant que « sur les images qu’on voit [des réfugiés arrivant à l’est de l’Europe] », on voit 99% d’hommes ou que par la suite (quand même) « Il y a 75% d’hommes et 25% de femmes et d’enfants. Évidemment, ce sont des jeunes hommes en âge de travailler [ou d’étudier, NDLA], accessoirement de combattre, qui quittent leur pays parce qu’ils pensent qu’ils auront une meilleure vie ailleurs », au cas où ils pourraient risquer leur vie juste pour voir la porte de Brandebourg, sans réfléchir un seul instant, véracité des chiffres mise à part, au fait que quand il s’agit de se lancer dans l’inconnu, avec le risque de ne jamais atteindre son but, il est parfois logique d’envoyer d’abord des hommes en bon état physique pour s’assurer du trajet. Quand il s’agit de parler des réfugiés comme des algues vertes, comme d’une matière première trop présente en France et pas assez en Allemagne, en parlant de « submersion » comme on parlerait d’une fuite d’eau … Quand il s’agit de réduire ces hommes, femmes et enfants fuyant la guerre et la dictature au statut de barbare, d’envahisseur, d’étranger, inaptes à s’acclimater, quand elle estime que « l’invasion migratoire que nous subissons n’aura rien à envier à celle(s) du IVe siècle [qui ont provoqué la chute de l’Empire romain et accessoirement posé les fondations du royaume de France] et peut-être aura-t-elle les mêmes conséquences », toujours en prenant garde à d’éventuelles accusations de dérapage par des formulations brumeuses. Quand elle les réduit à être musulmans et lâches : « Chacun a de bonnes raisons de fuir la guerre, mais il y en a aussi qui combattent. Pendant la Seconde Guerre Mondiale, il y avait sûrement énormément de Français, croyez-moi, qui avaient de bonnes raisons de fuir les Allemands, et pourtant ils sont allés se battre [l’historien R. Paxton estime le nombre de résistants à 300.000, dont 80.000 sont morts durant la guerre]», niant l’exode au printemps 1940 de 8 millions de Français qui n’avaient tout simplement pas de quoi se battre, aucune idée du maniement des armes et tout simplement peur pour leur vie. La résistance fut et est réservée à des femmes et des hommes d’exception, capables de mettre volontairement leur vie en jeu pour leur pays et leur liberté, comme c’est le cas aujourd’hui en Syrie et en Irak. Quand elle propose de renvoyer les migrants, même dans des pays en guerre, ce à quoi on pourrait répondre qu’il serait beaucoup plus rapide de les jeter directement dans la Méditerranée tant la Syrie et l’Irak ont été réduits à devenir d’immenses champs de bataille. Pour faire une comparaison (plus que) limite, ce serait comme renvoyer un républicain espagnol chez Franco ou un juif polonais chez Hans Frank en leur disant « si ça se trouve, ça va bien se passer ». Quand il s’agit, avec l’aide de quelques responsables LR, de faire croire que 77.000 logements HLM ont été libérés pour les réfugiés au détriment des Français, de souhaiter supprimer l’Aide Médicale d’Etat qui favoriserait les clandestins par rapport aux Français (sans prendre en compte les risques sanitaires et le fait que ces derniers bénéficient de la CMU avec le même plafond de ressources et des forfaits complémentaires), ainsi que toutes les aides qui feraient office de « pompes aspirantes », alors que ce qui fait de la France un pays attractif, ce sont son PIB et ses libertés individuelles. Bref, de laisser penser qu’il est tentant de devenir Syrien, de passer quelques mois dans un pays en guerre avec, oh, quoi, le risque de se faire violer et torturer par les soldats de Bachar et en cas de grosse déveine, de se prendre une balle dans le carafon. Mais après, c’est la ruée vers l’or, ponctuée par une petite balade en barque sur la Grande bleue qui coûte toutes ses économies, pour finir dans un eldorado avec un salaire de PDG. Enfin, quand il s’agit de piétiner les Calaisiens par des discours démagogiques (les qualifiant de « résistants de tous les jours ») qui flattent leurs instincts de protection les plus bas, quoique tout à fait naturels et que quiconque pourrait avoir à leur place, tout cela pour avoir non pas la présidence d’une région dont elle n’a cure, mais pour poser son populiste fessier sur les fauteuils dorés d’une république qu’elle considère comme une déchetterie, où il y aurait trop d’ordures, dont il faudrait fermer les portes non pas pour son bien mais pour encourager ce qu’il y a de pire en l’homme.

Sachez-le avant de voter : le Front National est 100% Front National

Que faire alors pour lutter contre cela ? On a beaucoup réclamé une figure charismatique pour devenir leader de la gauche. Y en a-t-il jamais eu depuis Mitterrand ? Est-il judicieux de réduire ce débat à la gauche et à la droite, en confondant conservatisme et réaction, quand beaucoup au sein de la droite dite « humaniste » ou « républicaine » ne se reconnaissent pas du tout dans les idées du Front National ? A-t-on un personnel politique si terrible qu’on doive en appeler à un nouveau Coluche pour contrer le Front National ? N’est-il donc pas plus possible, dans une France où les journaux de 20h et les chaînes d’info en continu constituent l’unique canal d’information d’une grande fraction de la population, de tenir un discours simplement pédagogue, nuancé et ferme sur nos valeurs ou faut-il simplement faire plus de bruit que l’autre ? Il n’y a en tout cas personne à l’horizon, gouvernement compris, pour tenir un discours cohérent et permettant de clarifier un débat où l’obscurité, et donc l’obscurantisme, est savamment entretenu. Selon Éric Zemmour, il y a des Français qui sont là depuis 1000 ans (d’où l’urgence d’une réforme des retraites), qui comptent rester là encore 1000 ans, des populations qui n’ont pas envie de « se métisser » et de voir la France s’adapter à l’islam et non le contraire. Derrière cela se trouve l’idée que personne ne dit à haute voix mais que beaucoup ont ancrée dans leur esprit : dans l’imaginaire collectif, la France est faite d’églises, de saucisson et de petits papys blancs à béret (et nous disons cela sans aucune moquerie). D’où l’anxiété de voir des quartiers devenir comme « la casbah », d’avoir une majorité de musulmans parmi les Français, bref, de voir le France telle que beaucoup l’ont connue, ou se la représentent, disparaître. Par ces temps d’incertitude sur notre avenir économique et notre place dans le monde, la tendance à se replier sur ce qui nous est familier et à définir la France de manière « esthétique » est à la hausse. D’où le plus grand échec des hommes et femmes politiques français depuis des décennies, celui d’entendre des Français dire « je n’étais pas raciste, mais je suis en train de le devenir ».

Il faut face à cela « faire le point » : sur ce que l’on ne peut pas dire (pourquoi il n’est pas juste par exemple de parler de « race »), sur les débats qu’on peut encore avoir sans être noyé sous les cris d’orfraies, sur ce qu’il faut demander aux nouveaux arrivants pour leur intégration (respect des lois, des grandes « valeurs républicaines », apprentissage du français) et sur ce qui leur est laissé libre (religion, alimentation, prénom des enfants et on en passe) au lieu de lancer un débat rance sur l’identité nationale et qui plus est non terminé, montrer qu’on comprend les angoisses des Français en éclaircissant les modalités d’accueil des migrants (pour effacer l’idée de concurrence des populations), en réglant les problèmes qui en sont (comme l’islamisme et l’antisémitisme qui se développent de manière réelle bien que très localisée) et calmer les craintes sans fondements (comme le tsunami migratoire) avec pédagogie et nuances, les Français étant fort capables d’entendre un discours complexe et pas seulement un discours pseudo-décomplexé et souvent démago. Et surtout, surtout, une fois cela fait par des autorités morales (des intellectuels, s’il le faut, s’il ne nous reste malheureusement plus « que » ça), ne plus jamais en parler. Arriver à une gestion rationnelle et posée de l’immigration et du vivre-ensemble, fait de mixité sociale et d’ouverture sur l’autre, pour véritablement vouloir cette intégration qu’on pense disparue. Pour enfin parler des sujets problématiques : le chômage, la crise, les inégalités ou encore le climat, grand absent qui causera infiniment plus de soucis que la vague migratoire que nous connaissons si nous n’agissons pas rapidement et efficacement. Pour cela, il faudrait des personnes chargées de réfléchir à ces problèmes, de trouver des solutions et d’avoir le courage de les appliquer. Des hommes politiques, en somme.

Scipion

[1] Si la caricature de ce mouvement est Eric Zemmour, nous pouvons par exemple classer Michel Onfray à part, notamment pour ses positions progressistes, même s’il se montre franchement critique sur (l’après) Mai 68.

[2] On pourrait aussi regarder les ventes de livre, avec en tête de proue Le suicide français, qui s’est il est vrai très bien vendu (au moins 300.000 exemplaires selon les estimations) sans forcément prouver une grande adhésion aux idées qui y sont développées.

[3] On pense aux antifas venus manifester contre Wallerand de Saint-Just lors de sa venue à Sciences Po, et dans un style plus sobre, à Manuel Valls, qui avait promis à Marion-Maréchal Le Pen de n’avoir de cesse de la stigmatiser.

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