Régionales 2015 : 2 perdants annoncés

Cet article a été écrit avant les évènements du 13 Novembre. Il se peut donc que certains éléments ne soient plus tout à fait à jour, et particulièrement les enquêtes d’opinion sur lesquelles nous nous appuyons (surtout si vous le lisez après les élections).

Toutes nos pensées vont aux familles et amis des 130 victimes des attentats. Faisons en sorte que la menace qui pèse sur la France ne nous fasse pas oublier notre attachement à la démocratie et à l’esprit critique.

Vissés à leur siège

Hommage au graphiste sous-payé du ministère de la Fonction publique

Capture d’écran de gouvernement.fr, « Réformer l’organisation territoriale »

Ces élections régionales sont le fruit d’une réforme parmi les plus ambitieuses, les plus marquantes mais aussi les plus inintéressantes du quinquennat Hollande. Ambitieuse de par sa volonté de créer un « big bang territorial » (rien que ça) en refaçonnant tous les échelons de démocratie locale : communes, intercommunalités, départements, régions, … Marquante car elle changera quelque chose d’aussi commun que la carte administrative, typiquement affichée dans toutes les salles de classe. Inintéressante car elle n’aura sûrement aucun impact significativement positif sur la gestion des territoires. Le nombre de communes françaises, qui représente 40% du total des communes européennes à lui seul, ne se verra pas sensiblement réduit puisque le gouvernement se base sur le volontariat et ce même si l’OCDE (l’organisation chargée de trouver où les pays riches peuvent réduire leurs dépenses) conseille de procéder à cette réduction afin d’engendrer des économies d’échelles « sans doute » importantes (page 21 de ce rapport « sans doute » utile). Il en va de même pour les intercommunalités – censées permettre aux communes de mettre en commun leurs moyens mais qui sont simplement devenues un échelon supplémentaire – puisque le gouvernement impose simplement de rassembler 20.000 habitants pour en former une. La fusion des régions n’aura selon une note de Standard&Poor’s aucun impact financier positif net à court-terme à cause des ajustements de salaire selon les plus hauts standards. Le gouvernement tablait sur 15 à 20 milliards d’économie, ce qui aura sans doute servi à faire avaler la pilule de la baisse des dotations de l’Etat. Quant à l’avenir des départements, il est plus qu’incertain : ils doivent d’ici à 2017 transférer de nombreuses compétences (dont le tourisme, l’aménagement du territoire, les collèges et les transports départementaux) vers les régions, ne leur laissant grosso modo que l’action sociale comme le versement du RSA ou des allocations handicaps. Il devra aussi parfois transférer l’ensemble de ses compétences aux 13 métropoles (Bordeaux, Brest, Grenoble, Lille, Marseille, Montpellier, Nantes, Nice, Paris Rennes, Rouen, Strasbourg et Toulouse). Le gouvernement prévoyait initialement de les faire totalement disparaître d’ici à 2021 mais devant la levée de boucliers des zones rurales, a annoncé le maintien des départements à dominante rurale, puis qu’il n’avait en fait rien décidé. Face à sa propre contradiction – la suppression de l’échelon départemental alors que les régions auront doublé de taille en moyenne et seront encore plus éloignées des préoccupations locales – il a donc choisi de laisser des structures démocratiques vides d’intérêt et de repasser la patate chaude à son successeur. Ces élections des 6 et 13 Décembre 2015 s’annoncent donc bien plus importantes que celles de Mars dernier.  Les campagnes électorales, bien que très incertaines dans quelques régions, laissent entrevoir un tableau vu et revu depuis 2012 : une raclée pour le PS, un victoire de l’UMP et un FN battant des records. Mais il existe deux autres perdants dont on ne parle pas assez, deux perdants annoncés.

1/ La démocratie locale

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Source : dessin de Deligne pour La Croix

La campagne des régionales démontre encore une fois l’immense décalage qu’il existe entre l’élection présidentielle et les élections intermédiaires : alors que nous étions saturés de 3 ou 4 sondages hebdomadaires dès fin 2011, il a fallu attendre fin septembre, soit 3 mois avant les élections, pour que les instituts de sondage se réveillent, ou plus exactement les médias (car les instituts ne publient pas des sondages juste pour le plaisir). Il a par exemple fallu attendre la mi-Octobre, et notamment la vague nationale de sondages de BVA, pour soient publiés des sondages récents dans certaines régions comme la Bretagne ou l’Alsace-Lorraine-Champagne-Ardennes. Les collectivités uniques ultramarines ont elles été complètement délaissées, à l’exception d’un sondage IPSOS à la Réunion avec seulement 500 personnes interrogées. Le seul sondage réalisé en Corse (par OpinionWay) ne comporte lui-même pas de questions sur le second tour (même si la multitude des candidatures laisse il est vrai un large éventail de possibilités quand aux qualifiés, que le sondage ne pouvait deviner puisqu’il était le premier). Libération a par exemple analysé 3 matinales télé (France 2, BFMTV et I-Télé) et 4 matinales radio (Europe 1, RTL, France Inter et France Info) du 2 au 6 Novembre pour constater que seuls 4 invités politiques sur 35 étaient candidats aux régionales : les socialistes Claude Bartolone et Julien Dray, ainsi que les députés LR Thierry Solère et Eric Woerth : 1 seule tête de liste régionale (Claude Bartolone), les trois autres étant têtes de liste départementale (respectivement dans le Val-de-Marne, les Hauts-de-Seine et l’Oise), avec donc seulement 2 régions représentées, l’Île-de-France et le Nord-Pas-de-Calais. Il est vrai que les médias nationaux commencent à bouillonner pour les régionales [1], mais essentiellement dans deux régions: les deux citées précédemment, et même surtout le Nord-Pas-de-Calais-Picardie, pour une seule raison, la possible (probable ?) victoire de Marine Le Pen (sans ça, il est relativement clair que la région serait passée à la trappe). Il y a pourtant d’autres victoires FN possibles, celle de Marion Maréchal-Le Pen en PACA qui fait jeu égal avec Christian Estrosi (et même le dépasse de 7 points dans un sondage paru après les attentats) et même pourquoi pas celle de Florian Philippot en Alsace-Lorraine-Champagne-Ardennes, qui n’est plus qu’à deux points du candidat LR selon le dernier sondage Odoxa. Mais Marine Le Pen fascine toujours des journalistes perpétuellement ambigus vis-à-vis d’elle, très majoritairement contre ses idées mais attirés par cette success story à laquelle ils ont involontairement participé.

C’est ainsi que l’on a pu voir – ô miracle – le débat annulé sur Des paroles et des actes (lui-même réclamé in extremis par Jean-Christophe Cambadélis et Nicolas Sarkozy) reporté sur I-Télé, dont on a surtout retenu que la patronne du FN avait été très bonne comme d’habitude, mais que ses concurrents n’avaient pas été mal aussi. Fort peu sur le fond, en somme et pour une fois. Car là réside l’éternel problème des campagnes locales dans les médias nationaux : comment parler des problèmes locaux sans exclure au mieux 83% (pour l’Île-de-France) au pire 99,5% (pour la Corse) des Français ? Il revient donc aux radios, télés et journaux locaux d’entretenir le débat, ce qu’il font d’ailleurs plutôt bien, laissant leurs collègues nationaux dans des platitudes sur la claque annoncée pour le gouvernement (cela ne fera que la 5e en 3 ans), égrenant les sondages naissants (heureusement, internet est là pour proposer des analyses à la carte et non au menu). Rien n’interdit pour autant d’accorder par-ci par-là une double page ou cinq minutes en fin de journal ou de faire une semaine thématique sur une région, comme le fait par exemple le Petit Journal en ce moment (même si on n’apprend pas grand chose), en abordant les bilans régionaux, les candidats, leurs programmes, etc. Peut-être qu’au-delà de savoir si telle ou telle Ligne à Grande Vitesse doit être construite, nous pourrions en retirer quelque chose, ne serait-ce que sur les compétences des régions et se questionner sur la nôtre. Mais quand on sait qu’un tiers des Français ne savaient pas en Septembre qu’il y aura des régionales en Décembre ou que la moitié ne connaissent pas le parti qui dirigent leur conseil régional, ce n’est pas gagné.

cumul

Le deuxième gros problème pour la démocratie locale demeure celui du cumul des mandats. Faisons une petite analyse des fonctions des têtes de liste régionales des plus grosses formations. Tout d’abord, EELV ne présente aucun cumul, les candidats étant tous déjà par ailleurs au conseil régional, tout au plus peut-on relever le statut de Secrétaire nationale du parti d’Emmanuelle Cosse, candidate en Île-de-France. Si ces candidats semblent avoir concentré leur « carrière » politique sur la région, il est vrai qu’il est de toute façon bien plus hasardeux de tenter de se faire élire sous la bannière EELV. Le Parti Socialiste possède 4 députés têtes de liste (Christophe Castaner, Carole Delga, Alain Rousset et Claude Bartolone, par ailleurs président de l’Assemblée Nationale), ainsi qu’un sénateur (Jean-Pierre Masseret). La loi sur le cumul des mandats ne s’appliquant qu’en 2017, nul doute qu’ils en profiteront jusque-là. Le Front National fait encore mieux avec 6 eurodéputés tête de liste (Marine Le Pen, Floriant Philippot, Louis Alliot, Nicolas Bay, Wallerand de Saint-Just, Philippe Loiseau et Sophie Montel; Sophie Montel s’étant par ailleurs présentée à la législative partielle du Doubs de février 2015 pour la succession de Pierre Moscovici et l’ayant manqué de peu, comme quoi toute place est bonne à prendre), ainsi qu’une députée, Marion Maréchal-Le Pen. Enfin, l’alliance Les Républicains-Union des Démocrates Indépendants réalise un très beau score, puisque sur 12 candidats métropolitains, Philippe Richert est le seul politique « professionnel » non cumulard, à côté de l’entrepreneuse Virginie Calmels et du politologue Dominique Reynié.

Nous avons donc : Xavier Bertrand, député de l’Aisne et maire de Saint-Quentin, Christian Estrosi, député des Alpes-Maritimes et maire de Nice, Marc Le Fur, député des Côtes-d’Armor, Hervé Morin, président du Nouveau Centre, député de l’Eure et maire d’Epaignes, Valérie Pécresse, députée des Yvelines, Bruno Retailleau, président du groupe Les Républicains au Sénat, François Sauvadet, président du Conseil départemental de la Côte-d’Or (oui oui), député de la Côte-d’Or et 7e vice-président de l’UDI en charge de la Réforme de l’Etat et de la Dénormalisation (oui oui), Philippe Vigier, Président du groupe UDI à l’Assemblée Nationale, maire de de Cloyes-sur-le-Loir et Président de la communauté de communes des Trois Rivières et Laurent Wauquiez, député de Haute-Loire, maire du Puy-en-Velay et secrétaire général des Républicains. Pour être juste, rajoutons que chez les socialistes, ni le président de l’Assemblée Nationale Claude Bartolone, ni le ministre de la Défense Jean-Yves le Drian (candidat en Bretagne) ne quitteront leurs postes pour la durée de leur campagne. Le premier a tout simplement annoncé qu’il ne présiderait plus les séances durant l’automne 2015 et ferait voter les députés s’il n’était pas élu sur son faux retoru (puisque quand même, il n’osera pas cumuler les deux, sachant qu’il avait démissionné de la présidence du conseil général de Seine-Saint-Denis à la rentrée 2012). Quand au ministre, François Hollande insiste tellement sur son caractère indispensable qu’on se demande pourquoi il l’a laissé se présenter. Il n’était pourtant pas difficile de quitter sa fonction pour revenir en cas de défaite, par votation pour le premier et nomination pour le second. Mais voilà, il aurait fallu pour cela nommer un remplaçant – on pourrait penser tout simplement à Bruno Le Roux ou Elisabeth Guigou pour l’un et Cédric Lewandowski, le directeur de cabinet de l’autre – mais on pourrait trouver ce dernier compétent, bon communicant, séduisant, peut-être plus que le candidat aux régionales, et ne pas souhaiter respecter les accords tacitement établis en cas de défaite aux régionales. Ce genre de peur, avec celle de s’éloigner de la routine du pouvoir, caractérise une des maladies de notre système politique : l’accumulation de fonctions par crainte de ne se retrouver un jour « sans rien ». Ce qui ne devrait, pourtant, pas être un problème, et devrait amener prochainement une réflexion sur la reconversion « professionnelle » des politiciens.

«Coucou Libé»

Qu’est-ce qu’on s’amuse au Parlement Européen … Crédits : Vincent Kessler/REUTERS

Arrêtons nous finalement sur le cas très révélateur de Marine Le Pen. Car il s’agit bien plus que d’un simple cas de cumul de mandats exécutif et législatif auquel nous pourrions avoir affaire (ce qui est déjà le cas puisqu’elle est conseillère régionale dans le Nord-Pas-de-Calais). Car la candidate est aussi présidente d’un parti qui se dit le « premier de France » (ce qui n’est le cas ni en termes de résultats électoraux – l’UMP n’ayant été derrière le FN depuis 2012 qu’à l’occasion des européennes de 2014 avec presque 60% d’abstention – ni en termes, et de loin, d’élus ou de militants) et bientôt candidate à la présidentielle de 2017, puisque la démocratie ne fait pas partie de la tradition du Front National. Comme d’habitude quand il s’agit de cumul des mandats, il y a un problème de concurrence des fonctions, Marine Le Pen n’ayant par exemple pas brillé par son travail européen sur la législature 2009-2014, alors qu’elle ne fut que présidente du FN et pendant 3 ans sur cinq : 65,6% de participation en séance plénière, 3 questions et 44 interventions, et surtout aucune résolution et aucun rapport alors qu’elle était membre de l’importante commission de l’Emploi et des Affaires sociales. Pour être honnête, il faut ajouter que son assiduité en plénière s’est grandement améliorée depuis qu’elle est présidente du groupe Europe des nations et des libertés créé en Juin 2015, avec 86,8% de présence. (même si elle a récemment été suspectée d’avoir fait voté un voisin à sa place le 28 Octobre, affaire dont elle dit ne rien connaître, ce qu’on pourrait croire si sa carte de vote parlementaire avait le don d’ubiquité et si Nicolas Bay n’avait pas voté à sa place dans un second temps). Incapable d’assurer correctement une seule fonction élective majeure et une plus mineure de conseillère régionale [2], avec certes beaucoup de désinvolture, qu’en serait-il avec deux fonctions électives majeures ? Le plus grave étant qu’elle rêve – qu’elle crève – d’être Présidente de la République un an et demi seulement après s’être portée candidate dans le Nord-Pas-de-Calais-Picardie, candidature loin d’être fantaisiste si l’on en croit les 8 points d’avance que lui confère le sondage IFOP sur Xavier Bertrand. Elle s’engage donc – en comptant un an de campagne présidentielle – à six mois de réelle présence dans le fauteuil de présidente de région auprès des élections nordistes. Elle leur dit de manière très claire qu’elle souhaite être présidente de leur région, mais qu’en réalité, ce qu’elle veut le plus, c’est être Présidente de la République, et qu’elle n’hésitera pas une seconde à les abandonner si elle réussit; il en va naturellement de même pour les élections de la grande circonscription Nord-Ouest des élections européennes. Elle rompt donc sans aucun cas de conscience cet accord implicite et fondamental entre l’élu(e) et ses électeurs qui implique de s’engager totalement dans sa tâche pour respecter la confiance que ces derniers ont placé en lui/elle, en justifiant que ce que les électeurs nordistes veulent vraiment, c’est la voir Présidente de la République, l’élection de Décembre comptant pour du beurre [3]. Et quand Jean-Jacques Bourdin lui demande si elle démissionnera (« se mettre en retrait » aurait été plus judicieux) pendant la campagne présidentielle, elle répond que Ségolène Royal, Nicolas Sarkozy et François Hollande étaient eux aussi présidents d’un exécutif local (respectivement conseil régional de Poitou-Charentes et conseils généraux des Hauts-de-Seine et de Corrèze). Mais attention : elle est contre le cumul des mandats, tout comme les maires et sénateurs David Rachline et Stéphane Ravier. Mais pourquoi s’appliquer un principe qui n’est pas encore dans la loi (celle sur le cumul des mandats n’est effective qu’à partir de 2017, 2019 pour les mandats européens) ? A priori, on ne pourrait lui en vouloir, François Hollande disait de même en 2012. Mais seulement, il est un peu curieux, quand on se dit anti-système, de se justifier en faisant pareil que les autres …

2/ La parité

Les élections régionales sont, avec les élections départementales depuis 2015, les élections les plus paritaires qui puissent être. Permise par l’instauration de binômes candidats dans chaque canton, la parité est maintenue chez les conseillers régionaux par l’obligation pour les partis de présenter autant d’hommes que de femmes sur leur liste, ce qui résulte dans un taux de 49% de femmes dans les conseils régionaux, bien supérieur aux 27% de l’Assemblée Nationale ou aux 25% du Sénat (en sûre mais lente augmentation). Pourtant, on ne compte pour l’instant que 2 femmes présidentes de région sur 27, soit 7.4% : Marie-Guite Dufay en Franche-Comté et Ségolène Royal en Poitou-Charentes (remplacée par Jean-François Macaire depuis son arrivée au gouvernement). On pouvait espérer mieux avec ces élections-là, qui ramènent à 13 (contre 22 précédemment) le nombre de régions métropolitaines. Voici les résultats que nous avons obtenus, en recherchant les têtes de liste régionales et par département disponibles [4] :

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On arrive, pour les 3 partis qui peuvent à chaque fois espérer arriver au 2nd tour (Corse exceptée pour le PS, et avec fusions éventuelles de listes), à un résultat peu glorieux : 3 têtes d’affiche régionales pour le Parti Socialiste et le Front National (respectivement Marie-Guite Dufray pour la Bourgogne-Franche-Comté, Emmanuelle de Gentili pour la Corse, Carole Delga pour le Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées et Sophie Montel pour la Bourgogne-Franche-Comté, Marine Le Pen et Marion Maréchal-Le Pen) et 2 pour Les Républicains (Virginie Calmels pour l’Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes et Valérie Pécresse pour l’Île-de-France). Rien à voir en comparaison d’Europe-Ecologie-les-Verts, bon élève du classement avec 7 femmes pour 12 têtes de liste. Quand au Front de Gauche (PCF si candidature différente du Parti de Gauche), il n’obtient lui aussi que 3 têtes de liste féminines (Cécile Cukierman pour l’Auvergne-Rhône-Alpes, Nathalie Vermorel pour la Bourgogne-Franche-Comté et Sophie Camard pour la PACA, candidate issue d’EELV). A noter que, du côté de l’extrême-gauche, Force ouvrière au contraire fait aussi bien qu’EELV avec 7 têtes de liste féminines sur 12. Même son de cloche du côté des têtes de liste départementales : si EELV  maintient là aussi son objectif de parité, le Front de Gauche, Les Républicains et le Parti Socialiste ne parviennent à aligner un tiers de femmes, certes très loin devant le Front National avec 13 femmes pour 94 têtes de liste départementales.

Il est intéressant de chercher à savoir si des femmes têtes de liste sont plus à même de favoriser la parité. Si la question ne se pose pas pour EELV, on peut constater que du côté socialiste, Carole Delga et Marie-Guite Dufay satisfont pleinement l’égalité hommes-femmes, contrairement à leurs collègues masculins, à l’exception notable de Claude Bartolone en Île-de-France et de Christophe Castaner en PACA. A noter que nous avons, faute d’avoir trouvé sa liste complète, accepté l’argument de François Bonneau (Centre-Val de Loire) de binômes paritaires, tout en soupçonnant fortement qu’il y ait en fait 6 hommes têtes de liste auxquelles on ajoute les six suivantes (forcément toutes des femmes puisqu’il faut alterner hommes et femmes dans la loi), ce qui serait plus que fourbe. Côté Les Républicains, Virginie Calmels satisfait également l’exigence paritaire, Valérie Pécresse la manquant de peu. Leurs homologues masculins en font eux peu de cas, sauf Xavier Bertrand (Nord-Pas-de-Calais-Picardie), Bruno Retailleau (Pays de la Loire) et Laurent Wauquiez (Auvergne-Rhône-Alpes). Les deux listes FDG/PCF non alliées à EELV et dirigées par une femme sont elles clairement dans le rouge (une femme sur 8 en Bourgogne-Franche-Comté et 2 femmes sur 13 en Auvergne-Rhône-Alpes), le mot « parité » n’apparaissant apparemment pas dans le dictionnaire du Front National : Marine Le Pen est la seule femme tête de liste départementale dans sa région (moins, c’était dur), quand Marion Maréchal-Le Pen et Sophie Montel ne sont accompagnée que par une seule autre femme.

http://www.sudouest.fr/2015/10/23/quelle-est-la-vision-economique-de-virginie-calmels-et-alain-rousset-pour-la-grande-region-2163461-705.php

Alain Rousset et Virginie Calmels. Crédits : Laurent Theillet pour Sud-Ouest

Enfin, cherchons à savoir si les femmes sont envoyées au « casse-pipe » dans leurs régions (la question ne se posant pas pour le FDG et EELV pour des raisons évidentes). Virgine Calmels n’a semble-t-il quasiment aucune chance de l’emporter, alors que la victoire de Valérie Pécresse est assez probable, bien que pas assurée. Emmanuelle de Gentilli n’est selon un sondage OpinionWay pas en mesure de se qualifier pour le second tour, dans un contexte local d’émiettement de la gauche il est vrai particulier? Marie-Guite Dufay, présidente sortante, talonne de peu (c’est-à-dire de manière bien inférieure à la marge d’erreur) son rival LR, quand Carole Delga apparaît sûre de l’emporter. C’est finalement le FN qui fait figure « d’exemple » avec une région gagnée par Marine Le Pen (en tout cas dans une situation de triangulaire), une gagnable par Marion Maréchal-Le Pen et un score plus qu’honorable pour Sophie Montel. Cependant, il convient de rappeler que les deux Le Pen ont évidemment un peu le droit au morceau de choix en raison de leur nom de famille, certes indirectement : Marion Maréchal doit son implantation méridionale à son statut de députée du Vaucluse, dans une circonscription gagnable (et gagnée grâce au non-désistement de la socialiste), offerte sur un plateau à 22 ans pour aucune autre raison que son nom, et il en a été de même pour son parcours dans le parti jusqu’à sa nomination en tant que cheffe de liste pour remplacer … son grand-père. Quant à Marine Le Pen, elle doit tous ses postes jusqu’à celui de présidente du FN (et donc de candidate dans le Nord-Pas-de-Calais-Picardie, toute idée de contestation étant bannie d’avance) grâce à son statut de fille du fondateur du parti, qui lui a permis de se faire ouvrir toutes les portes, y compris celles du Nord fertile en voix frontistes. Aucun parcours comme celui-là ne se retrouve ailleurs, au maximum peut-on rappeler que Virginie Calmels a été cooptée par Alain Juppé après seulement 1 an d’implantation dans la région en tant que première adjointe au maire de Bordeaux. La parité, si elle est imposée par la loi, reste donc un voeu pieu quand il s’agit de donner des responsabilités, comme l’ont déjà montré les élections départementales, et à l’exception d’EELV, les partis semblent n’avoir acquis que peu de culture égalitaire dans ce domaine. La faute est sans doute à aller chercher bien plus en amont, car si on regarde par exemple les scrutins militants du PS, certains ne comportaient tout simplement pas de femmes candidates. Cela démontre aussi que les organes dirigeants ne font pas grand chose pour aller contre cette tendance à ce qui peut s’apparenter à de « l’auto-censure », à l’exception, encore une fois d’EELV, qui va jusqu’à réviser les votes locaux en fonction des objectifs paritaires.

Scipion

[1] La semaine suivante, du 9 au 13 Novembre ont été invités (doc Libération) : Nathalie Arthaud, Geoffroy Didier, Nicolas Dupont-Aignan (*2) et Pierre Laurent pour l’Île-de-France, Virginie Calmels et Alain Rousset pour l’Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes et Christian Estrosi, Maud Fontenoy et Marion-Maréchal-Le Pen pour la Provence-Alpes-Côte-d’Azur, soit près de trois fois plus (11/35), mais pour seulement 2 régions et 2 partis différents de plus, et toujours concernant les confrontations les plus « croustillantes » et avec des personnalités médiatiques, à l’exception peut-être d’Alain Rousset (président de région sortant).

[2] A ce sujet, Le Parisien révèle une assiduité plutôt bonne au conseil régional, avec 82% de présence en plénière, 66% de présence en commission permanente mais 0% en commission de transformation écologique (peut-être l’a-t-elle oubliée avec le temps). On peut néanmoins se demander si Marine Le Pen ne fait pas surtout du présentiel et si elle a vraiment le temps de travailler ses dossiers, si tant est que ce soit elle qui les travaille.

[3] Marine Le Pen a d’autres justifications douteuses sur ses errements électoraux. Sa carrière a commencé en tant que conseillère régionale dans le Nord-Pas-de-Calais de 1998 à 2004, puis s’est déplacée en Île-de-France pour un premier cumul région-Europe de 2004 à 2009/2010 pour revenir dans le Nord-Pas-de-Calais en 2009. Marine Le Pen a justifié ce détour francilien par le fait qu’elle avait à ce moment-là des enfants en bas âge à élever et que ça lui raccourcissait donc considérablement les temps de transport. Peut-on imaginer conception plus cynique et plus utilitariste de l’engagement envers les citoyens, que l’on choisit apparemment selon ses contingences privées ? Quand on sait de plus qu’elle s’est présentée à la présidentielle, aux législatives, aux européennes et aux régionales, toujours dans les circonscriptions les plus favorables au FN (elle peut se le permettre, puisque c’est une Le Pen), on a vraiment l’impression qu’elle considère les mandats politiques comme des pensions alimentaires. Certes, François Hollande s’était aussi parachuté – en 1981 en Corrèze – pour sa carrière, en l’occurrence faire parler de lui en affrontant Jacques Chirac dans ses terres, et re-certes on peut supposer qu’elle a fini comme Hollande à créer un vrai lien avec « ses » électeurs, mais on est encore une fois face à de la vieille politique comme on aimerait ne plus en voir.

[4] La liste fournie ci-dessous est telle que constatée au 3 Novembre 2015 et est donc incomplète. Un grand merci par ailleurs aux rédacteurs des pages Wikipédia concernées pour nous avoir pré-mâché le travail grâce à leur recherches abondamment sourcées. Nous avons tenté de partir à la recherche des têtes de liste manquantes, qui concernent essentiellement le Front de Gauche (pour lequel nous n’en avons rassemblé que les deux tiers), mais nous n’y sommes pas parvenus en intégralité, d’une part car nous ne sommes pas journalistes et d’autre part parce que le Front de Gauche lui-même était dans un état de grande impréparation, qu’il est d’ailleurs intéressant de noter. Néanmoins, si vous bénéficiez d’informations supplémentaires, nous serions ravis de pouvoir compléter ce tableau. Francetvinfo.fr publiait par ailleurs une enquête une semaine après montrant à peu près les mêmes résultats pour le FN, LR et le PS (respectivement 13%, 27% et 30% de têtes de liste départementales). En raison d’une structure électorale très différente dans la France d’outre-mer (et un peu en Corse), celle-ci n’a pas été intégrée au tableau (désolé).

Lecture : Dans la région Alsace-Lorraine-Champagne-Ardennes, la tête de liste EELV régionale est féminine, et 5 des têtes de liste départementales le sont également.

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