La stratégie, quelle stratégie pour le gouvernement ?

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Congrès du PS en 2015 (Denis Allard)

Les « prises d’otages », les « blocages » d’une « minorité » de plus en plus « radicalisée » : les qualiticatifs habituellement utilisés pour parler de terroristes sont désormais employés pour désigner des syndicalistes CGT en grève. Et c’est un gouvernement de gauche qui utilise cette terminologie risible : on croirait lire un tract de Nicolas Miguet mais non, c’est bien Manuel Valls ou Myriam El Khomri qui s’expriment ainsi, des gens de gauche. 

De son côté, la CGT cherche la confrontation et l’opposition frontale avec la CFDT. Elle empêche des quotidiens de sortir car ceux-ci ont refusé de publier une tribune de Philippe Martinez. Les syndicalistes de la CGT sont peut-être un peu « à l’ancienne », pas toujours non violents, électoralistes parfois, un peu grandes gueules aussi, mais la CGT est malgré tout le seul syndicat représentatif en France à défendre les ouvriers, les employés, les précaires (avec Force ouvrière, par instants). Stigmatiser la CGT comme le fait le gouvernement, c’est oublier l’histoire de la gauche et des luttes sociales. Il ne s’agit pas d’appliquer les propositions de la CGT mais de tenter d’en faire, à nouveau, un interlocuteur dans le dialogue social – ce qui suppose également un effort de la part du syndicat lui-même.

Peut-être la « loi Travail » finira-t-elle par être votée, avec ou sans article 2. Si l’on prend en compte la seule stratégie politique, celle du gouvernement apparaît totalement illisible à un an de l’élection présidentielle. Seule la baisse du chômage est recherchée par le gouvernement. La gauche est atomisée, divisée comme jamais, comme en témoignent les atermoiements sur la question de la primaire. Il est presque acquis que la gauche ne sera pas présente au second tour de l’élection présidentielle, sauf division de la droite, peu probable pour l’heure. On se prépare à l’alternance en faisant semblant d’y croire encore : les plus jeunes sont déjà sur les dents pour 2022, prêts à se désolidariser de la présidence Hollande et à prendre la tête d’une opposition refondée sur de nouvelles bases.

Lorsqu’un gouvernement de gauche fait arrêter en quelques heures des supposés « casseurs » et doit les faire libérer faute de preuves, ce gouvernement n’est plus vraiment de gauche : non que la gauche soit synonyme d’anarchisme violent, de syndicalisme autonome ou de casse mais plutôt que la gauche est supposée défendre le droit contre l’arbitraire et ne pas utiliser ce vocabulaire martial et autoritaire que l’on croirait emprunté à Raymond Marcellin. Mais c’est peut-être que la gauche n’est plus à gauche, ou que l’on ne parvient plus à définir la gauche. La gauche de gouvernement penche à droite, c’est vieux comme le tournant de la rigueur. La gauche d’opposition, terriblement divisée, ne semble pas porter de contre-projet de société et ne croit plus aux élections. Gageons que le Parti socialiste redeviendra de gauche une fois qu’il aura perdu les élections et subi une terrible déroute. Car viendra ensuite une régression sociale jamais vue dans ce pays. La stratégie du Parti socialiste est illisible mais c’est sans doute, et c’est malheureux, qu’il n’y en a pas. Il pourrait reprendre à son compte la célèbre phrase de Barack Obama au sujet de l’Etat islamique : « We don’t have a strategy…yet ». S’il gagne, ce sera un miracle- Emmanuel Macron pourra remercier sainte Jeanne. Et s’il perd, alors viendra le temps de la recomposition et l’opinion se rendra compte que ce n’était finalement pas si mal si la droite applique effectivement son programme (« Hé, oh, la gauche », diront les anciens « hollandais » réunis en banquet). Les électeurs de gauche, eux, ont au moins le temps de se préparer à la dépression de 2017.

Ce n’est pas un programme de combat, c’est un renoncement face à l’atomisation d’une partie de la société française : aucun projet porteur, aucun souffle, aucune vision. Tout ce que le Parti socialiste peut proposer est la « Belle alliance populaire » lancée par Jean-Christophe Cambadélis : une coquille vide qui a au moins le mérite de faire sourire. Pour l’heure, la gauche n’existe plus en France. Elle est un peu partout, pourtant : à la CGT, à Nuit Debout et même chez certains au Parti socialiste. Mais elle ne porte plus grand-chose de ce qui l’a constituée : une identité, une histoire, des convictions, sans parler d’une unité. Lorsque Manuel Valls parlait de risque de disparition de la gauche, on n’avait pas saisi qu’il se proposait de l’enterrer lui-même.

Agrippine

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