Les vacances d’Henri Guaino [fiction]

henri_guaino

Henri Guaino en 2012 (Nicolas NCE/ Wikipedia Commons)

Le tempétueux député LR passe des vacances engagées : donner des conseils en matière de sécurité, rendre l’espérance à la France endeuillée mais, surtout, recueillir suffisamment de parrainages pour pouvoir se présenter à la primaire de la droite en novembre. Un combat de chaque instant.

NB : Toute ressemblance avec la réalité serait évidemment fortuite.

8h02 : J’ouvre les yeux et mon iPhone se met à vibrer en tous sens. Encore un drame évitable, sans doute ? Qu’est-ce que Hollande et Cazeneuve ont malencontreusement oublié de vérifier ? Un « fiché S » de derrière les fagots, qui avait promis de se tenir tranquille en jurant sur le Coran de la Mecque ? Ah non, c’est MAM [Michèle Alliot-Marie, NDLR] qui veut encore que l’on dîne ensemble. Catherine va finir par se poser des questions et douter de ma fidélité. Quelle tuile ! Mais si Patrick [Ollier] est avec nous, il ne devrait pas y avoir de problème. Cet homme est la quintessence du parfait gentleman.

8h30 : Seulement quinze parrainages pour l’heure. J’essaie de convaincre Jacques Myard mais j’ai l’impression qu’il est nécessaire de débiter quinze blagues salaces et islamophobes à la seconde pour le faire rire, le pauvre homme. Ou alors il faut lui parler de Poutine et d’Assad. Je vais essayer de forcer ma nature mais je crains de ne pouvoir y parvenir. Quand on a comme moi reçu de saines valeurs et une éducation simple, ferme et douce en héritage… Je ne veux pas que, là où elle est, ma mère puisse avoir honte de moi. Jamais, vous m’entendez, jamais je ne veux m’abaisser en politique. Car la politique, ce doit être la grandeur, pour notre pays et notre patrie, la grande France. Je crois que Jacques Myard n’est pas encore entré dans l’Histoire. A l’inverse de Lionnel Luca, autre amateur de blagues salaces et islamophobes mais qui a déjà signé en ma faveur, lui. Pour un candidat qui sache dire « non ». C’est vrai que je commence à maîtriser le sujet, en toute modestie.

8h45 : Je vais promener France, mon labrador d’âge mûr. La pauvre a un peu de mal en ce moment, elle fatigue plus vite qu’avant. Au bout d’un pâté de maisons, on sent qu’elle traîne la patte alors qu’il y a à peine deux ans, elle gambadait jusqu’à l’avenue de la Grande Armée et retour, à l’allure d’une charge de cavalerie. La vieillesse est un naufrage, disait le Grand Charles, cela se confirme chaque jour. Mais pas autant que la médiocrité et ça, je ne le pardonnerai jamais à Hollande. Jamais, vous m’entendez.

9h12 : Marie-France Garaud m’appelle. Encore. Elle ne cesse de me répéter qu’elle peut devenir mon « spin doctor » (je vous laisse imaginer sa prononciation). « Henri, je vous l’assure, vous êtes taillé pour le job » (elle prononce comme Job, le biblique). « Vous êtes le seul gaulliste à droite. Dupont-Aignan est un imbécile, un caudillo d’opérette mais la grandeur, cela ne se commande pas. Et puis vous avez une histoire, qui se confond souvent avec celle de la France : éternelle mais mélangée, celle du mérite républicain, du sens de la famille. Et surtout, surtout Henri, le sens de la grandeur ». Mais elle a peut-être un peu perdu la main, Marie-France. J’hésite encore, ça ne fait pas très « jeune » tout de même. Un peu comme mon labrador, en somme.

10h30 : J’allume BFM-TV. Un débat sur la primaire et ça y est, ils l’ont redit. Le prochain qui parle des « petits candidats » à la primaire, je l’attends avec un lance-roquettes sur la Promenade. S’il y a bien quelque chose que je ne supporte pas, c’est la condescendance. Je les exploserai volontiers, ces parvenus, ces nouveaux riches et leurs rejetons qui vivent dans la ouate et les dorures. Moi, ma mère était femme de ménage. Et c’était une femme extraordinaire qui m’a transmis bien plus de valeurs que ces petits évadés fiscaux et leurs rejetons dealers de coke de Neuilly ou de Passy. Mais je m’égare, je dois m’apprêter pour aller à l’Assemblée.

11h30 : Je me poste à la buvette. J’y reste un bon moment. Je bois trois cafés, très lentement. Le grand Camus a écrit : « En vérité, le chemin importe peu, la volonté d’arriver suffit à tout ». Je ne manque certes pas de volonté, mais le chemin sera long. Il faudra de la patience, voilà tout. J’observe la meute de journalistes qui se jette sur les députés LR qui soutiennent Juppé, ce forban ou encore Le Maire, ce parvenu faussement modeste. Une canne comme les Camelots de naguère et je te les ferai déguerpir fissa, ces idôlatres, fascinés par leur propre reflet, attirés par l’abîme du néant de la pensée. Elites pourries, dépassées, que le peuple de France vomit à force de les voir s’égayer tandis qu’il crève de leur inaction, de leur corruption, de leur sentiment de supériorité endogame. Ma campagne à la Trump démarre bien, je sens que ça prend. Mais je m’égare. Je commande un quatrième café.

14h : Je retourne à mon bureau, pas de questions au gouvernement aujourd’hui. Je m’attelle à mon grand livre programmatique après avoir avalé un sandwich aux cornichons et au jambon- c’est un peu cher à l’assemblée, je trouve, et les cafés m’ont ouvert l’appétit. Je commence à écrire mais les tremblement dûs à la caféine sont terribles. J’hésite encore sur le titre : « Grandeur et décadence de la nation France », « Contre le déclinisme, oui à la France ! », « En avant, Français ! ». Mon cœur balance. Une citation d’Albert Camus se trouvera nécessairement en exergue et il faut absolument citer de Gaulle toutes les deux pages. Pour le reste, c’est ouvert : ce que veulent les Français, ce n’est pas un programme tout détaillé sur 400 pages imbitables, non, ce qu’ils veulent, que dis-je ce qu’ils méritent, c’est une espérance, un chemin, un charisme ! Pas un rapport de think tank non expurgé ! Un homme sincère, en somme, qui sache dire « non » quand il le faut et leur parle avec le cœur. J’ai la faiblesse de penser que cet homme, c’est peut-être moi.

16h52 : Je pense avoir enfin mis un point final à la préface. Comme j’écrivais les discours de Nicolas S., je me suis dit qu’après tout, je pouvais aussi rédiger la préface de mon propre livre. Me voilà devenu mon propre nègre ! Comme c’est amusant ! Mais le plus drôle, c’est que je vais évidemment la faire signer de quelqu’un d’autre. Mais Albert Camus est malencontreusement décédé il y a fort longtemps. Il faut que je trouve quelqu’un de vivant. Le pape François, trop voyant. Poutine, peu crédible. Le cardinal Barbarin, pas dans l’air du temps. Marie-France Garaud… cela sent la naphtaline. Lionnel Luca ne pourra éviter les provocations inutiles, je le crains (il dit tout le temps « bougnoule » en privé, c’est pénible et peu chrétien de sa part).

J’aime beaucoup ma phrase : « Henri Guaino est, je crois, l’homme à la fois le plus humble et le plus habité par la France qu’il m’ait jamais été donné de rencontrer ». Qui aurait censément pu écrire cela ? Peut-être un ancien président…mais je doute qu’il accepte, évidemment. 

18h30 : Je me connecte au compte Twitter de mes amis « Les jeunes avec Guaino ». C’est vraiment magnifique, ces technologies nouvelles, lorsqu’elles sont utilisées par des têtes bien faites. On y trouve toutes mes citations, mes interviews. Et ils m’ont défendu avec cette histoire de lance-roquettes. Tous ces idiots qui m’ont jeté plus bas que terre après l’attentat de Nice n’ont évidemment jamais fait l’armée, jamais tenu une arme. Ces bobos à chapeaux, ces faux jeunes en baskets à la mode, que feraient-ils, eux, face à un fou de Dieu armé d’un 19 tonnes ? Ils lui parleraient de « vivre ensemble » avant de se faire dégommer, peut-être ? Tous ces idiots criminels sortiront de l’Histoire. D’ailleurs, eux non plus n’y sont jamais entrés, car ils pensent comme Fukuyama que l’Histoire, c’est terminé. Le retour de bâton – ou devrais-je dire de camion- est terrible.

19h00 : BFM, encore. Cette fois je suis dans le fauteuil : ces journaleux n’ont rien dans le crâne, ils ne cessent de me provoquer avec délectation. Le pseudo-débat sur la GPA d’ONPC m’est resté en travers de la gorge. Mais on ne me fera pas dire ce que je ne pense pas, je ne vais rien édulcorer. Jamais, vous m’entendez. Henri Guaino restera toujours lui-même, quoi qu’en pensent les vautours, les mielleux conseillers, les équipes de campagne ou que sais-je. Ma pauvre mère me regarde, je le sais, et je ne souhaite ardemment qu’une chose, une seule : qu’elle puisse être fière de moi et le demeure. Parce que je suis et reste le petit Henri qu’elle a connu, celui qui avait des idéaux et qui ne s’abaissera jamais à faire de la politique politicienne. Les maroquins ne m’intéressent pas, moi. Je ne suis pas un petit Valls 5 %, moi. Même si je fais 1 % des voix, ce n’est pas grave. « Et vivre, ce n’est pas se résigner », écrivait Camus. On ne m’achète pas. Certes, si Nicolas me propose le ministère de l’Intérieur…Mais non, n’y pensons plus. 

20h00 : Dîner avec ma fille et mon petit-fils. Il ne cesse de courir partout avec son téléphone. Je lui demande ce qu’il fait à ramper sous la table basse et là, il me dit qu’il y a un Pokémon dessous. Evidemment, je ne comprends pas ce qu’il raconte. Il m’explique fiévreusement que les Pokémon, maintenant, sont aussi dans la réalité et qu’ils peuvent apparaître partout : il faut aller les chercher comme dans une chasse au trésor. Je crois vraiment que tout cela est fait pour ramollir les enfants des sociétés occidentales, difficile d’y voir autre chose qu’un complot. Nous sommes en guerre et nos jeunes courent dans les rues, se jettent sous les voitures ou de falaises pour chercher des petits machins mignons venant du Japon ! Ceux qui distribuent ce jeu en France devraient être mis en examen pour intelligence avec l’ennemi- Pikachu, au pilori ! Comme les jihadistes, ni plus, ni moins.

A mon époque, on faisait son service. On acceptait la discipline, sinon on allait au trou. Et maintenant on fait la chasse au Pokémon. Je ne suis pas décliniste mais il y a tout de même du travail pour remettre la France en marche.

23h : Il est temps d’aller au lit. Je contemple le portrait de Murat, ce cher Murat, mon modèle. Qu’aurais-je fait à Austerlitz, à sa place ? Me serais-je couvert de gloire ? Quel doit être mon rôle dans la Grande Histoire ? Il n’y avait pas de lance-roquettes en ce temps-là. Je songe aux charges héroïques et aux hommes de caractère. A ceux qui allaient au-devant du danger, sabre au clair. Avant de dormir, je reprends quelques pages de sa biographie par ce cher Jean Tulard. Quel homme, ce Murat ! « Visez juste », a-t-il dit aux soldats du peloton d’exécution ! Nos temps sont-ils moins héroïques ? N’y a-t-il plus aucune place pour la grandeur en ces temps de mondialisation, de priorité à l’économie et de finance folle ? Notre modèle doit-il absolument devenir Jean-Claude Jüncker ? J’ai la faiblesse de penser que non et que c’est cette tiédeur, cette bureaucratie qui tue la France aujourd’hui. Je m’endors en songeant que mon sommeil sera peuplé de chevaux et de Pokémon. Tout un symbole.

Agrippine

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s