Édouard, mon pote de droite : critique

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Dire qu’il y en aura au moins un autre …

Édouard, mon pote de droite, diffusé mercredi 10 Août à 23h25 sur France 3, est de ces documentaires politiques nouvelle vague, à la manière de Mon père, ce Ayrault, qui tentent de raconter une personnalité politique par le prisme de ses relations personnelles, si possible avec le réalisateur. Laurent Cibien est un gauchiste qui réalise des documentaires pour Arte, ancien compagnon de classe d’Édouard Philippe, lui-même devenu entretemps juriste au Conseil d’État – spécialisé dans les marchés publics – avant de passer chez Areva (le chemin n’a pas été long), et depuis 2010 maire du Havre, qui lui a été servie sur un plateau par son prédécesseur Antoine Rufenacht. Cibien retrouvant la trace de Philippe en 2004 dans un article du Canard enchaîné, décide de filmer régulièrement son ami qu’il avait laissé rocardiste et qu’il a retrouvé juppéiste (le chemin n’a pas été long non plus). C’est à partir de sa campagne pour conserver la mairie du Havre sur son nom propre que Cibien en a tiré un documentaire, qui est pour quelques jours encore disponible sur Francetv Pluzz (et aussi pour l’éternité sur YouTube grâce aux joies de la reproduction illégale).

Le film commence déjà mal, puisqu’on y apprend dès les premières images qu’il a bénéficié de la participation du CNC (qui distribue son argent peut-être un peu facilement) et de la région Haute-Normandie, ce qui veut dire que la région a financé un film sur un de ses maires, le risque de collusion étant donc non négligeable.  Très vite, le film tombe dans un fantasme médiatico-politique qui veut qu’un homme politique ne puisse pas jouer la comédie, en particulier devant une caméra. Exemple :

 Début de soirée dans le bureau du maire. Assis sur le canapé, Laurent Cibien tient sa caméra à hauteur de visage, dont l’objectif suit Édouard Philippe, qui regarde son ami dans les yeux en marchant.

 Édouard Philippe : « Tu sais, je sais pas si je t’ai dit, mais je me suis mis à la boxe. En Juillet. Tu filmes, là ? Ah merde … ».

Deux suppositions viennent alors à l’esprit : ou Laurent Cibien possède une caméra miniaturisée en tant qu’agent de la DGSE venu espionner son ancien camarade fiché S, ou bien nous recommandons au maire du Havre d’aller se faire faire un fond d’œil de toute urgence, car on n’est jamais trop prudent avec la DMLA. Ou, troisième proposition, mais qui serait vraiment incongrue : le réalisateur se laisse quelque peu avoir par son ami resté très sympathique et qui profite de la présence d’une caméra pour glisser mine de rien une petite anecdote personnelle censée montrer qu’il est un battant. Ce qui serait vraiment étonnant, car ce n’est pas comme si on voyait tous les jours des hommes politiques simuler des amitiés chaleureuses, lire des discours auxquels ils ne comprennent rien avec la plus grande assurance du monde et boire des piquettes comme du Romanée-Conti. On sent l’affection que Cibien porte à cet ami transpirer tout au long du film et peut-être altérer un peu son jugement, et ce même s’il est présenté à des administrés havrais comme un « vrai gauchiste, tendance écolo-ultra gauche » (quasiment de la bande à Baader, donc), « suffisamment gauchiste pour ne pas obéir [à Édouard Philippe] ». Les règles de ce documentaire étaient claires : le réalisateur a eu le droit de tout filmer jusqu’à ce que l’intéressé lui demande de couper (donc finalement quand l’intéressé le voulait). Avec une limite cependant, ne pas filmer la famille, et ce même si on voit son fils en plan américain à la fin du film.

Edouard Philippe Chevallier

Édouard Philippe, doublure officielle de Philippe Chevallier pour ses sketchs avec Régis Laspalès

C’est aussi par le prisme de ses enfants qu’on apprend qu’Édouard Philippe travaille d’arrache-pied pour sa ville, puisqu’il raconte au téléphone que sa fille l’appelle « monsieur » après trois semaines sans le voir (on ne saurait que lui conseiller une petite cure d’oméga 3). Donc soit sa famille vit à Pondichéry, soit le maire du Havre a à peu près l’emploi du temps de Paul Reynaud en mai 1940. A la fin du film, son fils lui demande même s’il le verra dans la semaine puisqu’il a – SPOILER ALERT – gagné au  premier tour (car Le Havre fait partie de ces villes de droite comme Neuilly-sur-Seine où la candidate de la majorité pourrait être une boîte de Canigou, du moment qu’elle est de droite, sera élue au premier tour par acclamation populaire). Pourtant, il est dans le film très peu question des réalisations du maire (à se demander s’il n’a pas passé son mandat à gagner le suivant). Il explique le jour du vote que « la marque qu’[il laissera], c’est ça : Liberté, Égalité, Fraternité » en montrant les lettres de la devise républicaine sur le fronton de l’hôtel de ville. Si la plus grande réalisation du maire du Havre, ce sont vraiment vingt-quatre lettres en fer sur une devanture de bâtiment public, c’est quand même un peu triste. Il y a aussi le stade, qui a quand même « reçu le prix du meilleur stade du monde en 2013, devant des stades aux États-Unis, car il est compact, pas cher, et tout … » (ça, ça veut dire qu’on y est serré comme des sardines, qu’il ne faut pas venir avec son 4*4 et qu’il y a un extincteur fonctionnel sur deux). Il permet aussi de faire une belle photo de campagne, où toute l’équipe sous ecstasy lance une écharpe violette en l’air. Et à photo bien pensée, slogan bien pensé : « Le Havre ! », qui a le mérite d’être aussi économe en caractères que reproductible à toute campagne, aussi bien politique que publicitaire (« L’andouille de Vire ! »).

Mais Édouard, mon pote de droite, c’est avant tout un formidable condensé d’électoralisme, d’autant plus sidérant qu’Édouard Philippe ne cherche même pas à le cacher. Parmi les exemples que l’on peut citer, il y a la pratique hebdomadaire d’aller chez un administré qui invitera 10 à 15 personnes pour questionner le maire durant une réunion privée. Loin des très louables réunions publiques où un élu peut rendre des comptes, ces réunions de club ne s’apparentent qu’à du réseautage complexé. Il est évident qu’on ne ressort pas aussi neutre d’une réunion publique que d‘une réunion en petit comité où le maire vous a parlé les yeux dans les yeux au-dessus des petits fours. Surtout qu’on ne pourra s’empêcher de raconter à son entourage cette rencontre avec ce bourgmestre si sympathique. A un autre moment du documentaire, Philippe semble particulièrement ravi de s’être vu attribuer le numéro 1 pour les listes électorales, qui sera à la fois le chiffre de ses panneaux électoraux et du bouton de vote électronique. Il en est donc à grappiller les voix des quelques électeurs trop feignants pour aller plus loin que le premier bouton sur les machines de vote, et de ceux qui se diraient en voyant les panneaux électoraux : « cette liste est numéro 1, elle est faite pour gagner ». Et des affiches d’Édouard Philippe, la ville n’en manque pas, puisque les sympathisants du maire prennent bien soin de recouvrir chaque centimètre carré des autres affiches sur les panneaux d’affichage libre, parce qu’un Édouard Philippe, ça ne suffit pas, il faut que les électeurs le voit en huit exemplaires.

Photo de campagne Le Havre !

On se croirait à la fête de la violette

On passera sur le candidat-maire qui fait le tour des bureaux de vote en serrant des paluches mine de rien (parce que « c’est toujours mieux de leur faire un petit coucou avant de voter, on ne sait jamais, s’ils hésitaient encore … »), sur le « on leur fait le coup des 10 proches [qui ont voté dans l’entourage] ? » (car au vu des 53% d’abstention, ça n’a pas marché des masses) ou sur le « t’as mis des djeun’s dans la salle ? » (car au vu des images, ils n’étaient clairement pas au premier rang). On passera aussi sur le moment où il explique qu’il ne tapera pas sur ses adversaires car « ce n’est pas le ton de la campagne » avant de s’entraîner à dézinguer le concurrent socialiste. Car nous arrivons à une réunion électorale où il prodigue ses conseils à ses partisans, dont voici un condensé :

Il faut mobiliser son électorat et démobiliser l’autre, en allant piquer chez lui des électeurs, des idées, des postures, des programmes. La politique de la culture, c’est exactement ça. Le festival « Le goût des autres », je me suis fait sérieusement emmerdé au moment où on l’a pensé, y compris par des élus proches de moi (en gueulant), qui me disaient « mais ah la la, c’est un truc de gauchistes, pourquoi tu fais ça ? Ça va pas marcher, c’est totalement cérébral … ». Bah on l’a fait exactement pour ça. D’abord parce que c’est bien, et puis parce que ça permet de siphonner. Il va sans dire que c’est pas la peine d’expliquer ce que je viens de vous dire [lol, NDLA]. […] Y’a un aspect politicien à toute chose, mais si c’est que politicien, vous êtes des merdes, c’est pas la peine de faire de la politique. Et les gens qui ne pensent qu’aux aspects de fond sont des belles âmes, mais comme ils gagnent pas, on n’en a un peu rien à foutre.

Cette homélie sur la politique de la culture havraise est une manière de dire quelque part : « mes amis m’ont dit que les électeurs étaient des bœufs, mais ils avaient tort, car ce sont en fait des bœufs de concours, moutonniers au possible et incapables de voir que j’utilise le budget municipal pour construire des pièges à gibier électoral ». Le plus terrible n’étant ni ce discours, ni l’écoute attentive des sympathisants ravis de berner des électeurs de gauche (par ailleurs sources d’hilarité inextinguible), mais le fait qu’Édouard Philippe n’ait pas demandé à son ami de couper la caméra. Cela démontre non pas sa transparence et sa sincérité, mais son irrespect absolu envers les électeurs, d’une part en cherchant à les berner, et d’autre part en le leur montrant, comme s’il voulait leur dire que de toute façon, ils ne peuvent rien y faire, et qu’ils sont pour de bon les dindons de la farce.

Devise Le Havre

La plus grande marque d’Édouard Philippe dans sa ville

Mais comme ceux qui ne pensent qu’aux élections sont des « merdes », Édouard Philippe est aussi idéologue. Au lieu des interrogations qui guident le réalisateur (à savoir « Comment peut-on être de droite ? » et « Qu’est-ce qui motive à prendre le pouvoir ? »), on pourrait se poser celle-ci : « Comment évolue la réflexion politique après 25 ans d’intérêt et d’action politiques ? ». On pourrait s’attendre à ce qu’elle se soit enrichie en bagage théorique, c’est-à-dire que l’on soit capable de répondre de manière de plus en plus approfondie sur nos positionnements et nos valeurs. Voyons comment Édouard Philippe explique à des électeurs pourquoi la rigueur budgétaire est nécessaire : « On voit partout des gens à la télé nous dire qu’il faut arrêter avec la rigueur, mais ma mère, quand elle voyait sur le bulletin « manque de rigueur », hein, elle me faisait rarement des crêpes ». Admettons que cette réflexion sur la rigueur soit basée sur un traumatisme typiquement breton. Mais il y a deux choses en lesquelles Philippe croit encore plus que la rigueur. Premièrement la liberté, qu’il aime tellement qu’il en est libéral (ce qui n’est pas vraiment la définition d’un libéral, mais passons). Deuxièmement, la notion de chef. A ce propos, Cibien lui fait cette remarque : « Tu dis que l’homme est libre, mais il doit être en position de commander ou d’être commandé. » Et Édouard Philippe de répondre :

C’est une aporie de lycéen boutonneux en mauvaise classe de philo [j’aurais pas aimé, NDLA]. Dès lors que tu veux organiser un système politique à plusieurs, certains vont prendre des initiatives et des responsabilités. Ça s’est passé et ça se passera toujours comme ça. […] Ça n’empêche en rien ta liberté. […] Je ne suis pas sûr qu’un système sans commandement, probablement assez anarchique [c’est un peu le principe de l’anarchie, NDLA], garantisse la liberté de quiconque. […] Sauf à imaginer des utopies d’autogestion égalitaristes, qui exprimeraient des règles consenties librement par chacun, sans auc … Bon, ok. J’ai envie de dire : philosophie des Lumières : 250 ans de progrès avec un certain nombre d’acquis assez admirables ; utopie égalitaire euh [pet de bouche], moi j’ai le sentiment que l’histoire a tranché. [LC : Il y a pas eu tellement d’expériences …] Et en général, elles se sont mal passées (sourire d’une suffisance rare).

Pet de bouche

Un arrêt sur image sur un pet de bouche, ce n’est jamais beau à voir

La question est donc : peut-on répondre à ce qu’on pense être une aporie de mauvais lycéen par une aporie de mauvais Jeune pop’, voire de mauvais militant UNI ? Laurent Cibien, qui se posait la question de comment on peut être de droite, n’a pas dû être déçu par cette magnifique démonstration de « c’est comme ça et pas autrement, et de toute façon, si t’es pas content, t’as qu’à recréer l’Union soviétique, mais après faudra pas te plaindre s’il y a un goulag dans ton jardin ». Finalement, ce laïus caricatural de droite est assez représentatif de l’image qu’Édouard Philippe nous renvoie, à savoir une image profondément immature. Il passe son temps à se conduire comme un gamin, à chanter à tue-tête, à grimacer, à employer des expressions comme « ça va se jouer à un poil de b*** » (ce qui, rappelons-le, n’est pas moderne mais juste grossier). On a l’impression d’avoir en face de nous un militant politique qui n’aurait pas mûri depuis vingt ans, mais qui aurait pris l’assurance hautaine de l’élu qui a de la bouteille.  Derrière les saillies drolatiques rarement bien senties et l’air exagérément jovial face caméra, il n’exprime aucune réelle chaleur humaine, aucune sincérité (comment le croire d’ailleurs après toutes ces démonstrations d’électoralisme ?), aucun charisme, réussissant même à endormir une classe composée au plus d’une dizaine de collégiens. Si l’on sent que l’amitié qu’il porte à Édouard Philippe n’est pas feinte, le documentariste n’est pourtant pas hagiographe, la preuve étant que la plupart des remarques formulées ci-avant ont été inspirées par le montage du film. Mais malgré ce choix de faire un film personnel et non objectif, on en ressort sans la moindre envie qu’Édouard Philippe devienne notre pote, et encore moins notre maire.

Scipion

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2 réflexions sur “Édouard, mon pote de droite : critique

  1. Salut Demosthène, je tombe avec retard sur ton analyse détaillée de mon film – merci de l’effort. Je rigole parce que les 3/4 de ton papier, et en particulier la conclusion, contredit dans les grandes largeurs tout le début (sur le thème: il se fait niquer, c’est de la comm’, ce film c’est de la merde, dire qu’il y en aura un deuxième etc…). Si tu as vu tout ce que tu as vu, et qui nourrit ta virulence, il y a deux solutions: soit c’est parce que tu es supérieurement intelligent – plus, sans doute, que le crétin de téléspectateur (je me méfie des gens qui se pensent supérieurement intelligents, de droite comme de gauche), soit c’est parce qu’il y a dans le film tout ce qu’il te faut pour y projeter tout ce que tu y projettes. Ben oui, c’est ce qu’on appelle le montage, c’est la base du cinéma, et tu sais quoi? il n’y a pas un plan placé par hasard dans ce film… Crois-moi, on a pris le temps qu’il fallait pour ça. C’est dingue, non? Allons plus loin: si quelqu’un d’autre a eu envie de voir ce film tout à fait différemment, avec d’autres oeillères que les tiennes (perso, je pense que c’est con de regarder un film avec des oeillères, parce que c’est difficile de voir le hors champ), il a pu aussi. Parce que c’est le réel, c’est pas tout noir, tout blanc. Donc, c’est du cinéma du réel. Un truc qui sert à faire penser les gens. Apparemment, ça marche. J’attends avec impatience ton analyse sur l’épisode 2, mais il va falloir que tu sois patient, je suis encore en tournage. Bisous. Cibien. PS: au fait, je n’ai aucun rapport avec la DGSE, la Région était à gauche quand j’ai obtenu une aide et si tu penses que Le Havre c’est comme Neuilly, c’est parce que, je suppose, tu n’as jamais été au Havre (ou jamais quitté Neuilly). A part aux municipales, la gauche y fait dans les 60% aux élections. Ah merde, décidément, c’est compliqué, le monde réel….

    • Bonjour M. Cibien (si tant est que ce soit bien vous, parce que vous savez, je n’ai pas de preuves, mais bon, on va partir du principe que vous êtes vous),

      Merci de votre commentaire, je conçois que ça ne soit pas particulièrement plaisant de tomber sur une critique comme celle-ci. Je comprends votre commentaire et j’aimerais y apporter quelques réponses, avec le souvenir que j’ai du film. Premièrement, je tiens à souligner que la virulence de mon article concerne essentiellement ce qui est montré dans le film et non pas le film en lui-même. Je pense que l’agression qu’a pu constituer pour vous cette critique vient de ma propre incompréhension quant au but de ce film. Plus exactement, je pense qu’il y a une certaine ambiguïté quant à la manière dont votre amitié avec Edouard Philippe influence le propos du film. S’il y a une erreur que je veux bien reconnaître, c’est que j’ai affirmé que vous vous étiez fait avoir par votre ancien camarade au lieu d’évoquer cela comme une possibilité. Je veux bien reconnaître également que vous proposez plusieurs grilles de lectures de lecture à ce film, ou plus exactement que vous laissez chacun avoir sa propre grille de lecture. Je note d’ailleurs à la fin de l’article que mes remarques sur Edouard Philippe me sont « inspirées » par le montage du film, mais je ne suis pas allé jusqu’au bout de mon raisonnement en supposant que ce montage était volontaire, je veux bien vous également reconnaître ce travail. Si je devais émettre une critique un peu forte de ma propre critique un peu forte, je dirais que je vous ai – à mon corps défendant – un peu pris pour un imbécile et que j’ai jugé la réalisation du film de manière anodine, et j’en suis désolé. Et si le but de votre film est effectivement de faire réfléchir les gens, alors il est réussi.

      Deuxièmement, je ne pense pas que vous puissiez me reprocher d’avoir ma propre grille d’analyse sur le contenu de ce film. Je n’avais aucune œillère au moment de voir ce film, je ne connaissais Edouard Philippe que de nom avant de le visionner (vous m’avez percé à jour, je ne suis pas du Havre – mais pas de Neuilly non plus). Je n’attendais rien, j’ai regardé ce film un peu au hasard, car je reste malgré tout curieux de ce qu’on peut apprendre dans ce genre de film (même si en effet, on ne peut pas le ranger dans la même catégorie que Mon père, ce Ayrault). A partir de là, j’analyse son contenu avec ma propre grille d’analyse – ce n’est pas une honte, tout le monde le fait – et je suis particulièrement sensible à des comportements électoralistes qui peuvent paraître objectivement dérisoires. J’estime donc avoir eu un angle, mais pas des œillères. Je maintiens donc globalement toutes mes critiques sur Edouard Philippe, en tout cas de ce que j’en ai vu.

      Troisièmement, l’article avait une tonalité, notamment humoristique comme vous avez pu le constater. Il y a donc une ironie qui peut paraître pour de la moquerie (et qui n’en est sans doute pas loin), particulièrement dans la première moitié de l’article. La critique sur la région en revanche ne relevait pas de l’humour : je sais que la région était de gauche à l’époque, c’est pour cela que je limite ma critique au risque de « collusion », je pose la question de savoir si c’est le rôle de la région de financer un film sur un de ses maires – je n’ai pas la réponse. Par ailleurs, le « bon mot » (avec de très gros guillemets) avec Neuilly était peut-être abusif, dans le sens où les habitants de Neuilly élisent systématiquement un maire de droite parce que l’électorat est traditionnellement – même sociologiquement, si j’osais – de droite, contrairement au Havre. On pourrait à la limite faire une comparaison avec Bordeaux, même si le maire y est de droite depuis 1945 et pas 1995. L’idée était de souligner que la ville – mais peut-être me trompé-je à nouveau – lui a été servie sur un plateau. Mais s’il n’y avait pas d’œillères au visionnage de ce film, il y avait clairement la volonté de faire une critique un peu acérée et « humoristique » du personnage. La tonalité n’excuse pas tout, on peut être entraînée par elle, mais il me semble assez clair qu’on comprend qu’il ne s’agit pas d’une critique équilibrée où on pèse tranquillement le pour et le contre. Pour tout vous dire, votre film m’a un peu donné le même sentiment que le dernier livre de Bruno Le Maire, dont j’avais fait une longue critique un peu dans le même genre (et là, c’est vraiment l’auteur qui était visé). C’est un parti pris, qui n’est pas celui du blog dans sa globalité.

      Quatrièmement et enfin, j’aurais préféré éviter la tonalité un peu condescendante du commentaire, sur le mode « déconnecté du réel, se croit supérieurement intelligent, etc. ». Quitte à reprocher aux autres de prêter des intentions sans savoir, autant ne pas faire de même. On ne peut pas prétendre à partir d’un article – ni d’un film – cerner la personnalité de quelqu’un. Je vous invite par ailleurs à regarder les autres articles du blog pour vous prouver que je suis capable d’écrire sur d’autres sujets avec d’autres approches, avec moult nuances. Je me méfie également des gens qui se pensent supérieurement intelligents, même si je ne suis peut-être pas tout blanc de ce côté-là. J’essaie d’éviter les remarques outrancières (dans lesquelles on pourrait inclure par ailleurs « de droite donc de Neuilly » ou « de gauche donc coco ») qui amènent des vexations auxquelles répondent des vexations et un cycle d’actions-réactions qui empêche toute discussion. J’ai donc essayé de ne pas répondre à l’ironie de votre commentaire par trop d’ironie, mais j’aurais tout de même préféré éviter vos insinuations. Par ailleurs, je sais que le monde réel n’est pas tout noir ou blanc, merci, je vis dans le monde réel, comme tout le monde à son niveau, même Edouard Philippe. Je suis souvent tranché dans mes positions, mais cela ne veut pas dire qu’elles sont définitives ou qu’elles sont taillées à coups de serpe. Ce n’est pas parce qu’il s’agit d’un blog d’opinions qu’il n’y a pas de place pour les faits et les avis contradictoires.

      Par conséquent, je m’engage à critiquer votre 2e épisode – les livres et films politiques sont souvent chroniqués, peu critiqués – après être allé le voir au cinéma (je n’ai pas pu pour le premier, désolé), en corrigeant les biais constatés ci-dessus. J’espère que vous en serez davantage satisfait, et je suis toujours prêt à continuer la discussion par commentaires interposés, si vous voyez celui-là.
      Salutations havraises,
      Scipion

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