La série de l’été 2016 : La journée de Philippe Martinez [fiction]

Philippe Martinez pépouze

Crédits : BERTRAND GUAY / AFP pour L’Express.

Alors que Macron vient de révéler qu’il n’était pas socialiste (pour ceux qui ne le savaient pas, j’espère que vous étiez bien assis), que cent quarante-sept candidats « vraiment de gauche » viennent nous venger du quinquennat Hollande et que les Verts n’ont pas compris que pour l’instant, l’essentiel c’était déjà d’avoir un candidat potable, Démosthène 2012 a décidé de vous faire partager quelques pages des carnets de vacances de nos chers politiques, glanées çà et là à la sueur de son front pas du tout national. Au programme d’aujourd’hui, la journée d’un syndicaliste anti-loi Travail (si vous trouvez que vous vous êtes fait avoir jusqu’ici, attendez de payer dix-huit pruneaux le livre de Sarkozy), dans une kominform olympique pour réaliser à 55 ans le projet de toute une vie : le Père Fouettard Philippe Martinez (eh oui, mesdames, il n’a que 55 ans).

N.B. Toute ressemblance avec des personnages existants ainsi qu’avec une certaine chaîne de restauration, dont nous n’avons par ailleurs pas reçu de subsides, ne pourrait être que fortuite.

7h : Le jour se lève sur mon modeste logis. Au saut du lit, j’ouvre les volets et me laisse emporter par la vision enchanteresse de mon vis-à-vis. Je ne regretterai jamais le choix que nous avons fait d’acheter en face d’un Courtepaille. Je suis déjà saisi par la délicieuse odeur de la célèbre sauce Courtepaille. Mais il me faut me reprendre, car je ne dois pas oublier l’importance de ce jour. Je demande à Nathalie de m’apporter mon plus beau veston, pas celui des congrès de la CGT, ni celui des journées d’action interprofessionnelle, mais celui des révolutions. Car aujourd’hui, avec un groupe de camarades syndicalistes, nous allons renverser le pouvoir patronal à l’œuvre dans ce Courtepaille, et y instaurer la première république cégétiste de l’Histoire. Nous avons fait ouvrir le restaurant spécialement pour un faux petit-déjeuner de travail. Le patron me devait bien ça, je suis quand même son meilleur client (c’est ma photo qu’ils ont utilisée pour indiquer les toilettes des hommes). Mais je serai aussi, et c’est là l’ironie de l’Histoire, son dernier client …

8h30 : Je retrouve tous les membres du commando de la CGT devant le Courtepaille, dont les appétits sont fort aiguisés. Certains sont inquiets de ce qui pourrait se passer en cas d’échec de la révolution, de ce qui pourrait advenir d’eux, de leur famille, de leur chien, de leur collection de sous-bocks ou du T2 qu’ils louent chaque année au bord de l’étang de Berre. Pour les remotiver, je leur rappelle nos objectifs révolutionnaires, mais aussi les bienfaits de la sauce Courtepaille dont ils disposeront à volonté : digestion facilitée, augmentation du quotient intellectuel et de la taille des pieds, excellente longueur en bouche (deux à trois jours), lutte active contre les orgelets, odeur corporelle proche du Chanel n°5 ou encore guérison des écrouelles, tout en gardant à l’esprit qu’il est aussi utilisé comme carburant dans l’industrie aérospatiale, comme outil de déradicalisation des détenus islamistes et surtout comme excellent démêlant pour moustache.

8h45 : Le patron du Courtepaille, Nicolas Romarin, nous accueille avec un grand sourire, tout content de remplir ses poches sans fond de l’argent du labeur ouvrier. Chaque convive, agent aguerri formé dans les meilleurs camps d’entraînement révolutionnaire de la CGT, prend place, l’air dégagé. Le personnel ne réagit pas à nos œillades complices et pour cause : quasiment tout le monde fait partie du complot. Seul le patron n’est pas dans le coup, car les camarades-agents doubles ont bien pris soin d’offrir des jours de RTT à leurs collègues qui n’étaient pas familiers des thèses cégétistes (ce qui est déjà en soi un acte subversif). Tout le monde attend la phrase qui servira de signal pour renverser le pouvoir en place : « Patron, ma soupe de moules est froide ! ».

9h : On vient de m’apporter ma soupe de moules et ma tartine de cassoulet, qui ont le désavantage de se marier assez mal avec le café au lait, mais qui tiennent bien au corps jusqu’au croissant à la béchamel de 11h. Je n’ai pas osé demander de smoothie à la blanquette, de peur de paraître suspect. La soupe de moules est bien brûlante à souhait comme nous l’avions décidé avec le chef cuistot. Je prononce distinctement le signal de départ. Le patron accourt à toutes jambes pour venir voir mon bol de soupe que je m’empresse de lui jeter à la figure. Nous nous jetons comme un seul homme sur le brigand rongé par la douleur mais peut-être aussi par le poids de ses crimes bourgeois. C’est fait, nous avons réussi notre révolution sans violence, ou en tout cas sans violence qui n’ait répondu à la violence patronale. Œil pour œil, dent pour dent, et soupe de moules pour soupe de moules.

9h30 : Nous avons installé les appartements de Nicolas Romarin dans la chambre froide. Espérons qu’il ne lui arrive rien dans les prochaines 72h. Cela devrait nous permettre de cégétiser les moyens de production en toute tranquillité. Notre première mesure est d’instaurer le menu gratuit pour tous les sans-dents (et je ne parle pas ici que des personnes âgées). Le prix du menu grimpera à 30€ pour les cadres et professions intellectuelles supérieures (sauf pour les journalistes de l’Huma), et à 1.000€ pour les patrons. Parce que quand tu te fais des milliards sur le dos des salariés, tu peux bien payer mille euros un œuf mayo !

Plantu Martinez

Source : Le Monde daté du 25 Mai 2016

9h50 : Sabrina, la serveuse que j’ai désignée chef de ma police politique officieuse, m’avertit des tendances un peu centristes délégué local de la CGT, Alexandre Kenavo. Celui-ci il lui a offert des bonbons de la CFDT, signe de traîtrise pour des adhérents de la CGT (surtout quand on sait que c’est fait avec de la sciure de bois et des échantillons de déodorant). Nous ne tolérerons pas les socio-traîtres, comme nous les appelons durant les heures de travail (ou les « casse-couilles », comme nous les appelons durant les heures de Ricard). Cet agent versaillais des trusts patronaux va devoir céder sa place, et par la force s’il le faut.

10h05 : Dans l’Histoire, il y a eu la révolution de Février et la révolution d’Octobre, désormais il y aura aussi la révolution de 9h et la révolution de 10h (la révolution, c’est comme la peinture murale : il faut toujours passer une deuxième couche). Alexandre Kenavo a malheureusement réussi à tromper la vigilance des véritables cégétistes, en empruntant le tunnel que François Mitterrand utilisait pour rejoindre discrètement Anne Pingeot au Courtepaille. Mais ses complices sont entre nos mains, et ils n’échapperont pas au supplice de la plancha.

10h30 : La situation politique intérieure étant à peu près stabilisée, nous pouvons à présent proclamer la création de l’Union des Courtepaille Cégétistes et Communistes. Son drapeau sera un ciseau et un peigne à moustache entrecroisés, sur un fond de couleur sauce Courtepaille. Sa capitale sera notre Courtepaille, que nous rebaptisons « Martingrad ». Le PDG de Courtepaille, totalement dépassé par les mouvements révolutionnaires qui prennent forme dans tous les restaurants de la franchise, s’est fendu d’un pitoyable « Tout ça c’est la faute de Hollande » (si seulement), tandis que Kenavo en exil au Fouquet’s a publié un communiqué condamnant le « chauvinisme grand-courtepaillais ». Mais ils n’arriveront pas à gâcher l’enthousiasme de la fête qui se prépare. Nous avons déjà orné Martingrad de centaines de ballons de baudruche CGT. C’est tellement luxueux qu’on se croirait dans le bureau de Thierry Lepaon.

10h45 : Selon la Constitution de l’UCCC écrite par moi-même, ne peuvent être Secrétaire Général du Comité Central du Parti Cégéto-Communiste de l’Union des Courtepaille Cégétistes et Communistes que les anciens arrière-droits du club de foot de Renault. Seul parmi les citoyens courtepaillo-cégétistes à posséder cette expérience, je dois donc me dévouer à contrecœur pour cette tâche.

11h : Qui dit révolution au Courtepaille dit forcément révolution dans la carte des mets. Je décide donc en tant que SGCCPCCUCCC de l’introduction des plats suivants dans la carte : la langue de bœuf Georges Marchais, le jambon grillé Maurice Thorez, la saucisse paysanne Jacques Duclos, la pierrade de boudin blanc Léon Jouhaux, la salade fraîcheur Bernard Thibault, la tartine de chèvre de M. Séguy et le gâteau de crêpes Henri Krasucki, sans compter le Marie-Georges Buffet de crudités (c’est important de mettre les femmes à l’honneur).

11h20 : Pour satisfaire à l’exigence internationaliste de la CGT, les serveurs porteront désormais le t-shirt de la CGT « Salariés de souche ». Alors, qu’est-ce que tu vas faire, Marine ? C’est pas avec tes médailles « La France et les Français d’abord » à l’effigie de ton père (80 balles quand même) que tu vas pouvoir rivaliser. Cela me rappelle la fois où mon facteur, qui ne s’appelait pas Besancenot, m’avait proposé le calendrier Prestige 2015 de Marine Le Pen. Quand je pense qu’il y a des gens qui, ayant le choix entre des chatons adorables et des koalas irrésistibles, choisissent de voir tous les jours la gueule de Marine Le Pen dans leur cuisine en épluchant leurs patates, ça me rend perplexe.

11h30 : Nous voulions faire appel à Roberto Alagna pour venir chanter la IIIe Internationale à notre premier Congrès du Parti Cégéto-Communiste de l’Union des Courtepaille Cégétistes et Communistes (le Ier CPCCUCCC), mais il n’était pas disponible selon son agent car parti en vacances à Bora-Bora avec Bruno Le Maire. A la place, nous n’avons pu trouver que Roberte Bologna, ancienne secrétaire générale adjointe de la CGT Allumage de réverbères et soliste à la chorale mémorielle des grèves de 1947.

11h50 : Je sors mon smartphone de sa chaussette CGT (oui, on a toujours des chaussettes pour téléphone à la CGT) pour voir les remous que notre Révolution a suscité sur l’internet de Google. J’ai été stupéfait de constater que quand on tape « Philippe Martinez héros », on trouve un gars qui a sauvé presque 2.000 migrants en Méditerranée. Moi aussi une fois, j’ai sauvé un teckel en lui faisant une manœuvre de Heimlich alors qu’il s’étouffait avec une balle de golf au mini-golf de La Tranche-sur-mer. Et je n’en pas tout un foin. Je déclare par conséquent que tant que Google ne paiera pas ses impôts en UCCC, le wifi de Martingrad bloquera systématiquement toute connexion sur le moteur de recherche. Qu’est-ce qu’il va faire maintenant, Monsieur Google ?

12h10 : Je viens d’apprendre qu’Eugène Saturnin, un de nos meilleurs apprentis, a épluché 150 kg de patates en une matinée. Cet exemple doit être suivi par tous les travailleurs de l’UCCC. Partout, l’eugénisme sera la règle. Ou peut-être le saturnisme … Bref, il faudra bosser dur. Entre parenthèses, s’il s’était appelé Marcel Céget, ça nous aurait grandement facilité la vie.

12h35 : Nos plus éminents chercheurs en Gastronomie moléculaire sont parvenus à mettre au point la mayonnaise à la sauce Courtepaille. Il s’agit là d’une avancée décisive dans notre course effrénée contre le géant McDonald’s pour fabriquer le premier hambourgeois à la mayonnaise du monde. J’espère qu’à partir de ce moment-là, on va arrêter de m’appeler Pierre Martinez et de penser que je vends du taboulé en barquette.

13h : Déjeuner frugal par respect envers tous les travailleurs précaires forcés de manger des pâtes pendant la dernière semaine du mois. Personne n’a été autorisé à se resservir du gâteau de crêpes Henri Krasucki. J’entends des vétérans de la CGT se plaindre que la sauce Courtepaille ne s’enlève pas des pantalons en velours marron. Mais qu’ils se détrompent : ce n’est pas la sauce Courtepaille qui s’enlève du velours marron, c’est le velours marron qui s’enlève de la sauce Courtepaille.

14h : Au vu des recettes du midi, je crains que nous devions revoir à la baisse nos espérances budgétaires et établir une Nouvelle Politique de Prix. En effet, des dizaines de travailleurs honnêtes et de journalistes de l’Huma ont afflué en signe de fraternité, mais nous n’avons pas vu l’ombre d’une recrue de la racaille patronale. Il va nous falloir instiller une nuance de capitalisme dans notre modèle économique en autorisant les clients à laisser des pourboires (mais pas plus de 10%, hein).

14h40 : Comme nous le prévoyions, la contre-révolution n’a pas tardé à venir, et une division du MEDEF est en train de marcher sur Martingrad pour remettre Nicolas Romarin sur le trône. Mais nous avons de l’avance sur eux, et une division de la CGT et un corps de la légion étrangère cégéto-sympathisante sont déjà en place. Grâce à la mobilisation de toutes les forces cégétistes de France, le MEDEF est d’ores et déjà privé d’essence, d’électricité, de télécommunications, d’internet, de nourriture, d’eau, de soins de santé, de transports en commun, d’avions, de taxis, de peinture anti-rouille, de moquette, de plomberie, de jardinerie, de maroquinerie, d’animalerie, de parfumerie, de cirque, de loto, de PMU, de petit noir, de petit jaune, de gros rouge, du grand bleu et du grand blond avec une chaussure noire.

15h : Parés à la bataille, nous arborons fièrement nos uniformes, à savoir des gilets fluo de la CGT. Comme ils sont personnalisables, nous avons pu y inscrire la devise de notre nouveau pays : « l’UCCC, c’est chouette » (devise provisoire). Un jour, un collègue de Renault s’était pointé avec un gilet « On ne fera pas marche arrière », et bien on s’est tire-bouchonné pendant tout l’après-midi. Nos ennemis, hantés par l’idée de se faire arracher leur chemise, s’exhibent dans d’informes pulls bleu marine, sans doute empruntés à la collection d’Isabelle Adjani.

16h10 : La pluie commence à tomber drue. Nous nous protégeons grâce à nos « panchos » de la CGT tandis que l’artillerie ennemie s’embourbe. Cela ne change trop rien à l’affaire, car le MEDEF tient à n’utiliser comme munitions que des codes du travail allégés (100 pages grand max), qui ne font pas le poids face à nos codes du travail de 10.000 pages. Par ce temps très sombre, nous parvenons également à nous envoyer des signaux discrets en morse grâce à nos pin’s lumineux de la CGT. On a tout ce qu’il faut à la CGT, il ne nous manque plus que les grattoirs pour ne pas s’abîmer les ongles au PMU. Au loin, je vois la 3e brigade des prudhommes enfoncer le 5e bataillon des directeurs des ressources humaines. Si nos renforts arrivent avant les leurs, nous devrions aisément l’emporter.

17h50 : Le messager chargé d’avertir le général Roux de Bézieux a fâcheusement croisé la route de Philippe Mercier, délégué-vétéran de PSA Peugeot-Citroën. Son régiment vient prendre à revers la compagnie de Charles Beigbeder, déjà aux prises avec l’escadron d’élite de Xavier Mathieu, ancien de Continental. La victoire est quasiment à nos pieds. Je vois Pierre Gattaz s’enfuir du champ de bataille, le pantalon sur les chevilles, victime d’une dysenterie qui l’accable depuis qu’il a mangé des mirabelles pas assez mûres dans le champ près de la rocade. Je le comprends, vu le prix des mirabelles actuellement, mais en même temps, avec les millions qu’il se fait sur le dos de ses salariés, il aurait pu dépenser deux billets de cinq cents et venir manger chez nous une très bonne tarte aux mirabelles Jules Guesde (bien tiède, évidemment).

18h30 : La guerre gagnée, il nous faut à présent honorer nos disparus. Les héros morts à la guerre seront donc décorés à titre posthume de l’Ordre des Bacchantes, plus haute distinction de l’UCCC, juste avant l’Ordre du Cheveu rare. Cela me rend nostalgique. Quand je pense que dans ma jeunesse, on m’appelait Thierry Pastor à cause de ma coupe de folie …

ça le fait moins

Crédits : © Ppytkowicz. C’est sûr, ça le fait moins.

18h40 : Nos infrastructures ont durement souffert de cette guerre et le peuple d’UCCC a payé un lourd tribut, mais je suis certain que grâce au saturnisme des travailleurs, nous pourrons rapidement reconstruire la capitale. Nous l’espérons tous, car pour l’instant, la salle est maculée de préavis de licenciement. Quant aux cuisines, on dirait les écuries de Josiane. Le plus grave étant peut-être que cette guerre révolutionnaire nous a fait sauter le Ricard. Trois jours de deuil national seront donc décrétés.

19h : Nous avons fait tester notre prototype de hambourgeois à la mayonnaise à une épagneule bretonne nommée Myriam, mais celle-ci est morte environ six heures après. Cependant, nous n’abandonnons pas l’idée de faire entrer le « burger à la mayonnaise Courtepaille » (dit « burger Martinez ») dans l’Histoire (de toute façon, quels que soient son goût et son allure, il entrera toujours plus dans l’Histoire que François Hollande). Une nouvelle recette est en cours de développement, qui sera testée sur le chimpanzé Emmanuel, afin de créer un produit que l’on puisse manger sans décéder, ce qui serait l’idéal.

20h55 : Je ne peux que constater avec tristesse que l’assistant-saucier, Léonidas Peeters, professe l’exportation de la Révolution vers d’autres chaînes de restauration. Cela pourrait compromettre notre œuvre révolutionnaire en irritant fortement une coalition bourgeoise prête à fondre sur nous. Donc non seulement le type est belge, mais en plus il est casse-couilles. Son poste étant primordial pour le contrôle de l’approvisionnement en sauce Courtepaille, nous n’avons d’autre choix que de l’exiler dans le restaurant de tacos d’à côté. Mais ce genre d’appareil-traître ne sait pas se faire discret, et il se retrouvera sans doute un jour la tête dans un bac de sauce salsa. Sabrina me rappelle qu’il s’agirait d’un travail parfait pour Riri-jambe-de-bois. Décidément, tu parles d’or Sabrina.

21h20 : Je crains que nous n’arrivions jamais à expurger la vérole crypto-arriviste du mouvement cégétiste. Après Léonidas, ce sont maintenant les diététiciens en blouse blanche que je soupçonne de vouloir m’empoisonner. Qui sait si le venin fatal à l’UCCC viendra de l’intérieur ou de l’extérieur ? Monmousseau, protège-nous !

23h : Dans la nuit noire, j’aperçois des centaines de faces livides éclairées par le bas, qui encerclent Martingrad comme les CRS encerclaient le Bassin de l’Arsenal. La dernière fois que je me suis senti aussi oppressé, c’est quand Elise Lucet me poursuivait en voiture sous le pont de l’Alma.

23h05 : C’est bien pire que ce que je pensais : ce sont des joueurs de Pokémon GO. Si jamais un pokémon rare venait à apparaître dans le Courtepaille, ce serait la fin de notre mode de vie. Je sens d’ici le souffle rauque de la finance mondialo-numérique venue nous piétiner aveuglément.

23h57 : C’est la fin. La fin de l’Union des Courtepaille Cégétistes et Communistes qui devait durer mille ans. Un Dracaufeu s’est déclaré en cuisine et les suppôts du grand capital ont envahi Martingrad avec toute la rage de la cupidité petite-bourgeoise. Mon rêve de grandeur socialo-culinaire s’est envolé. J’essuie mes larmes avec une copie de la Charte d’Amiens. Au-delà de la perte de mon restaurant, j’ai l’impression d’avoir oublié quelque chose, ou quelqu’un … Mais ce n’est sans doute pas important. Pour consoler mes camarades de lutte, nous irons manger un morceau demain midi. Probablement au Flunch de l’autre côté de la rocade. Qui sait, peut-être sont-ils eux aussi familiers des thèses cégétistes ?

Scipion

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