Duflot et la primaire écolo : une verte et des pas mûrs

Duflot sadness

Crédits : Reuters pour l’Express

Avertissement : Bien que cet article tente d’être objectif, il ne l’est sans doute pas, étant donné que l’auteur a gaspillé dépensé cinq euros (et on peut en faire, des choses sympa avec cinq euros) pour glisser un bulletin Duflot dans une enveloppe postale à destination d’EELV, et qu’il est donc passablement dépité par les récents évènements. Plutôt que d’écrire dans l’instant, il a préféré prendre du recul, mais s’étant infligé deux douloureuses heures d’émission politique avec Bruno Le Maire (et Alexandre Jardin, dont on peut louer l’effort d’avoir tenté d’assassiner le premier avec une brique de lait citoyenne), ce recul ne fut pas bénéfique. Vous êtes donc prévenu(e).

Je suis frustré du résultat de la primaire écolo, non pas en tant qu’électeur de la primaire d’Europe-Écologie-Les-Verts (dont je n’ai cure, n’étant ni adhérent, ni sympathisant du parti), mais en tant que futur électeur de la présidentielle de 2017 qui, ne pouvant voter pour le Parti Socialiste (pour cause de Hollande), ne pouvant voter pour le Front de Gauche (pour cause de Mélenchon), ne pouvant voter centriste dans un moment de folie (pour cause de « ça n’existe plus »), ne pourra voter qu’écolo ou blanc au premier tour. Et quand on trouve que l’écologie, c’est important, on préfère voter écolo. Surtout, on préfèrerait voter pour un(e) candidat(e) qui nous donne envie de voter écolo. J’ai donc choisi (et aussi un peu par curiosité) de m’inscrire à la primaire d’EELV dans le but avoué de faire désigner Cécile Duflot, d’une part pour ses propositions, son parcours, sa personnalité, et tout le tintouin habituel, et d’autre part parce qu’elle était la plus susceptible de rassembler un nombre important d’électeurs à la présidentielle et peut-être dépasser la barre symbolique du million (pour comparaison, Eva Joly en avait rassemblé un peu plus de 800.000 en 2012).

Et ce vote, j’ai l’impression de me l’être fait voler, par le cœur du cœur du cœur du cœur de l’électorat écolo (ce qui est ironique, puisque dans ce cas, c’est plutôt moi qui ai tenté de les voler). Comme l’explique Vanessa Jérome, sociologue des Verts, le noyau des électeurs écolo n’a pas voté pour un candidat qui puisse faire un bon score, mais pour un candidat qui les représente bien, qui représente leurs combats militants, ce que font très bien Yannick Jadot (militant anti-TAFTA/CETA entre autres) et Michèle Rivasi (militante anti-nucléaire entre autres), et pas Cécile Duflot, entrée dans l’écologie militante par la politique. Dans ce cas, on aurait pu convoquer une primaire fermée, réservée aux militants. Mais si un parti veut être sûr de rencontrer son public lors de l’élection, alors il organise une primaire ouverte.  Les électeurs ont donc fait de cette primaire ouverte une primaire fermée.

Pourquoi Cécile Duflot était-elle la plus à même de rencontrer son public en 2017 ? Parce qu’elle est la seule écologiste  à être régulièrement invitée dans des émissions politiques (et par régulièrement, j’entends hors scandales sexuels et hors jours fériés). Et être porté par un candidat « charismatique » (avec vraiment de très gros guillemets) est essentiel quand on est un petit parti. Dans le cas des Verts, le seul qui ait réussi à dépasser le score de Brice Lalonde (1981 tout de même) fut Noël Mamère en 2002, dépassant la barre fatidique des 5%. La politique nationale, et tout particulièrement l’élection présidentielle, est une affaire de gens connus : c’est un fait qu’on ne déplorera jamais assez, mais c’est un fait encore plus vrai quand il est question d’écologie. Quand a-t-on par exemple entendu parler du ministère de l’Environnement entre 2012 et 2014 ? Jamais, à l’exception de la fois où Delphine Batho a quitté le navire pour des désaccords budgétaires. Il a fallu attendre Ségolène Royal, à la vision écologique certes très contestable, pour enfin faire du ministère de l’Environnement un ministère un tant soit peu médiatique, et donc audible.

4 candidats primaire EELV

Crédits : afp.com/JOEL SAGET

Le noyau de l’électorat écolo a, toujours selon Vanessa Jérome, voulu punir Cécile Duflot d’avoir intégré les codes de la politique, jusque dans son corps, avec un style vestimentaire (dont on se fiche quand même pas mal) très « sérieux ». Sauf que dans un système médiatique qui considère tout autre parti que le grand parti de gauche et le grand parti de droite comme élément perturbateur ou quantité négligeable, passer sur les plateaux télé et donc gagner en visibilité nécessite de donner le change, de « faire homme ou femme politique », de concéder quelques phrases buzzantes et de répondre aux questions inintéressantes sur la femme de Macron en burkini islamiste dans Closer (peut-être un jour, qui sait), et avoir occupé des positions prestigieuses peut vous conférer une aura médiatique pour un bon bout de temps (cf. Bayrou). On peut dans ce cas arguer que Cécile Duflot n’en a pas fait assez pour imposer de manière subversive des thèmes écologiques dans les médias. C’est sans doute vrai, même s’il est passablement compliqué de réussir à placer des thématiques sérieuses dans des interviews mêlant politique politicienne, étalage des conflits internes et jugements hautains sur des petits candidats.

 Il m’est difficile – n’étant toujours pas militant EELV – de démêler le vrai du faux, le fait de l’analyse médiatique convenue, en matière de dissensions internes et de manœuvres partisanes, principales raisons invoquées pour expliquer la défaite de Duflot. Et de toutes ces politicailleries, je n’ai pas grand-chose à faire. Bien sûr, on a toujours tendance à se délecter des politicailleries du camp d’en face et à minimiser celles de son camp. Mais dans le cas d’EELV, cas peu médiatique et donc que je ne connais que superficiellement, je ne crois que ce que je vois, et ce que j’ai vu, ce n’est que la scission d’EELV entre pro- et anti-gouvernement. Et savoir si Cécile Duflot est ambitieuse, égocentrée et manœuvrière m’importe peu, en tout cas par rapport à tous les défauts qui peuvent exister chez les politiciens en général. Surtout, je ne vois pas l’explication logique derrière ces accusations. Cela a-t-il vraiment un sens d’accuser d’ambition dévorante un(e) écologiste qui fera un score miteux à la présidentielle, après avoir galéré à trouver ses parrainages, et avant de galérer à conserver son poste de député(e) ? Cela a-t-il vraiment un sens d’accuser de carriérisme quelqu’un qui a sacrifié trois ans de poste ministériel et qui n’en aura plus jamais étant donné que la gauche va se faire aplatir dès le premier tour ? Ce qui semble un crime de lèse-majesté au niveau du parti atteint le ridicule au niveau du système politique. La cuisine interne intéresse les militants du parti, beaucoup moins ses électeurs.

Cécile Duflot est sans doute très politicienne, mais ce qui la rend intéressante, c’est justement qu’elle n’est pas une très bonne politicienne. En entrant au gouvernement en 2012 (dans le cadre d’un accord entre EELV et le PS), en en sortant en 2014 (pour protester contre un gouvernement que tous les écologistes abhorrent aujourd’hui), en tentant maladroitement de former une coalition de gauche alternative avec Mélenchon (car il faut bien dire que jusqu’à très récemment, il n’y avait que lui) et en choisissant finalement l’indépendance faute de mieux (et pour cause de Mélenchon), elle est parvenue à se fâcher avec toutes les tendances, sans compter les caciques qu’elle a marginalisés (Cohn-Bendit en tête) et les militants à qui elle n’a pas demandé leur avis. Sans doute que sa capacité à confondre sa propre trajectoire avec celle de son parti en apprend autant sur sa personnalité que sur le manque de leadership des autres cadres du parti. Pour se faire éliminer dès le premier tour d’une primaire quand on a été six ans secrétaire générale du parti et deux ans ministre, il ne faut quand même pas être une très bonne politicienne. C’est cette même incapacité à incarner la pure politicienne qui a pu séduire jusqu’à l’auteur de ces lignes et passer – de manière véridique ou non – pour de la sincérité, de la franchise, de l’authenticité. Là encore, les militants ont rompu avec la seule personnalité politique ayant une mince capacité à changer aussi bien le fond que la forme de la politique française, et donc pas totalement en désaccord avec leurs principes.

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Crédits : AFP pour Europe 1

Et très franchement, les Verts ont-ils encore le luxe de sacrifier leurs atouts ? Les combats sur le terrain militant sont nécessaires et sans doute menés aussi bien que possible, mais ils ont leurs limites. Les militants écologistes ont besoin d’élus écologistes pour pouvoir véritablement peser, voire décider eux-mêmes. Sur des questions comme la politique énergétique ou les traités internationaux, les écologistes ne seront jamais aussi efficaces qu’avec des voix porteuses dans les parlements ou les gouvernements. Les militants doivent reconnaître l’autonomie de la sphère politique par rapport à la sphère militante, et apprendre à articuler les deux, à faire remonter les demandes du terrain pour en faire un projet politique, idéel et idéologique, cohérent et novateur. EELV a un bon début de projet, puisque les candidats sont d’accord sur l’écrasante majorité de leurs propositions, laissant entre eux une ou deux propositions ou postures de différence. Et il est certain que ce projet, on le porte bien mieux avec les 2,3 millions par exemple des européennes de 2009 qu’avec les 800.000 de la présidentielle de 2012. Qu’EELV veuille être un parti-lobby ou un parti de gouvernement, il est contraint à faire des scores satisfaisants. Rien qu’en faisant systématiquement plus de 5%, EELV peut s’imposer en tant que partenaire indispensable au PS et donc peser sur les décisions que celui-ci prendra (c’est déjà le cas dans beaucoup de localités). Qu’il fasse systématiquement plus de 20% comme le FN, et il engendrera une panique généralisée poussant tous les partis à adopter posture écologique sur posture écologique.

On ne peut nier qu’EELV ait une vraie place à prendre dans le système politique, tant le champ de l’écologie politique française reste, contrairement aux dires de certains (type Atlantico), en friche. A part quelques personnalités par-ci par-là, généralement passées par le ministère de l’Environnement, et Mélenchon, dont la conversion récente à l’écologie semble se traduire uniquement par « la mer, c’est bien » et la proposition de constitutionnaliser la règle verte – « ne pas prendre à la Nature plus que ce qu’elle peut nous donner » (je souhaite beaucoup de courage aux juristes pour transformer ça en droit applicable) – EELV est la seule entité à défendre l’écologie de manière audible sur la scène nationale. Et à ceux qui disent qu’EELV devrait justement se contenter de défendre l’environnement, je réponds : l’écologie, c’est pas sexy. Ce n’est pas sexy dans le sens où on n’arrive pas à mobiliser grand monde juste sur des questions environnementales, qui paraissent trop éloignées et pas assez émotives pour une population de plus en plus urbanisée. Cela sera sans doute sexy dans quelques décennies, quand il sera un peu trop tard.

Il faut donc accepter que le sujet n’est pas sexy, et bâtir un véritable projet de société centré sur l’environnement et le développement durable, mais également capable de répondre à toutes les préoccupations qui motivent les électeurs et capable de dépasser les caricatures qu’on en fait, à la manière des socialistes en 1981. Et, puisque les institutions le veulent et qu’à un moment, être alternatif c’est bien, être efficace c’est mieux, il faut un groupe et des vrais leaders pour l’incarner et le porter. Il ne suffit pas de se débarrasser des anciennes idoles pour mettre fin à un cycle et renaître, encore faut-il savoir ce que l’on veut. Europe-Écologie-Les-Verts est un parti d’avenir : il est paritaire, mise sur le collectif, est le plus progressiste de tous et tourne autour de l’enjeu majeur du 21e siècle. Il manque juste aux écologistes quelque chose que 40 ans de combats ne leur ont pas apporté : un peu de maturité politique.

Scipion

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