La série de l’été 2017 (2) : Marine Le Pen et les sept patriotes [fiction]

Crédits : Vincent Kessler/ Reuters

Cet été, Démosthène 2012 a décidé de vous partager quelques contes, mythes et légendes à propos de nos politicien(ne)s, qui se transmettent de génération en génération dans les familles françaises (peut-être pas la vôtre, mais dans certaines familles en tout cas). Ne vous attendez donc pas à les retrouver dans les biographies officielles, qui ne disent jamais toute la vérité. Après un séminaire à Nanterre où des types qui rêvaient de s’entretuer sont redevenus les meilleurs amis du monde en un week-end, il est temps de conter l’histoire de Marine Le Pen.

C’était au milieu de l’hiver breton : une reine était assise près de sa fenêtre et écossait des cocos de Paimpol. Et comme elle écossait des cocos de Paimpol et surveillait en même temps les allers-et-venues de la famille maghrébine qui s’était installée en face de chez elle, elle s’envoya par inadvertance un grain de coco dans l’œil. En voyant son œil rougi dans le miroir, elle dit : « Oh ! Si j’avais un enfant blanc comme un coco de Paimpol, rouge comme mon œil et blond comme du cidre fermier ! ». Bientôt elle eut une petite fille qui était aussi blanche qu’un coco de Paimpol, avec des joues rouges comme un œil qui s’est pris un coco de Paimpol et des cheveux blonds comme du cidre fermier (c’est-à-dire pas forcément très blonds) ; ce qui fit qu’on la nomma Coco Val-de-Rance. Néanmoins, ce nom étant soumis à la propriété intellectuelle, son père la rebaptisa Marine Le Pen, car elle portait toujours une robe bleu marine dans les soirées de gala et avait beaucoup de peine à sourire naturellement. Et lorsque l’enfant eut vu le jour, la reine posa à demi-nue en costume de soubrette dans un magazine masculin et quitta le domicile familial avec le biographe de son mari.

Un an après, le roi prit une autre femme, qui se prénommait Jany. Elle était française, mais fière et hautaine à ne pouvoir souffrir qu’aucune autre la surpassât en francité, même si elle avait des origines grecque et  néerlandaise. Elle avait un miroir merveilleux ; et quand elle se mettait devant lui pour s’y mirer, elle disait : « Petit miroir, petit miroir, qui est la plus française de tout le pays ? ». Et le miroir répondait : « Madame la reine, vous êtes la plus française, n’est-ce pas ? ». Alors elle était contente, car elle savait que le miroir disait la vérité. Mais Marine Le Pen grandissait et devenait toujours plus française ; et quand elle eut sept ans, elle était aussi française que Jeanne d’Arc, plus française que la reine elle-même. Comme celle-ci demandait une fois à son miroir : « Petit miroir, petit miroir, qui est la plus française de tout le pays ? ». Il lui répondit aussitôt : « Madame la reine, vous êtes la plus française ici, mais Marine Le Pen est mille fois plus française que vous, n’est-ce pas ? ».

Depuis ce moment, la vue de Marine Le Pen lui bouleversa le cœur, tant la petite fille lui inspirait de haine (elle n’était pas la seule dans le royaume, ceci dit). Un jour, elle fit venir son conducteur de char Pierre Bousquet et lui dit : « Portez l’enfant par-delà le périphérique ; je ne veux plus l’avoir devant les yeux ; là, vous la tuerez et vous m’apporterez sa médaille de Sainte-Thérèse comme preuve de l’exécution de mes ordres ». Le chasseur obéit et emmena l’enfant avec lui ; et quand il eut tiré son épée dont le pommeau était gravé du sceau de Charlemagne pour percer le cœur de Marine Le Pen, voilà que la petite fille commença à pleurer et dit : « Ah ! Mon bon conducteur de char, laisse-moi la vie ! Je courrai dans la banlieue sauvage et ne reviendrai jamais ». Elle était si française que le chasseur eut pitié d’elle et dit : « Va, pauvre enfant ! ». Il pensait en lui-même : « Les racailles islamisées vont te dévorer bientôt ». Pourtant, il se sentit le cœur soulagé d’un grand poids à l’idée qu’il avait pu se dispenser de l’embrocher. Et comme il vit courir devant lui une hermine, il la tua, prit sa médaille de Sainte-Thérèse, et s’en fut la présenter à la reine, qui s’en fit faire un pin’s, croyant arborer la médaille de Marine Le Pen.

Pendant ce temps, la pauvre enfant errait toute seule dans l’effrayante banlieue, et elle avait si peur qu’elle regardait d’un air inquiet toutes les barres d’immeuble et toutes les antennes satellites, ne sachant où trouver du secours. Puis elle se mit à courir à côté des voitures brûlées et des supérettes hallal, et les racailles islamisées bondissaient à côté d’elle, mais sans lui faire aucun mal, sans doute alourdies par leurs poches pleines d’allocations familiales. Elle courut aussi longtemps que ses pieds purent la porter, jusque dans le crépuscule périurbain, et elle aperçut alors une petite cabane traditionnelle où elle entra pour se reposer. Tout dans cette cabane était petit, mais si propre et si civilisé qu’on ne saurait le décrire. Il y avait une petite table recouverte d’une nappe blanche avec sept petites assiettes, et chaque assiette avait une petite croix celtique pour fourchette, un petit manche de pioche aiguisé pour couteau, un petit gobelet gravé « Justice pour le Maréchal » et un petit foulard de scout pour serviette (les repas étaient certes assez baroques à regarder). Contre le mur, il y avait sept petits lits couverts de draps brodés du prénom de leur occupant : Florian, Damien, Steeve, David, Nicolas, Wallerand et Gilbert.

Marine Le Pen, qui était fatiguée, essaya de se coucher dans un des petits lits ; mais l’un était trop plein de sueur, l’autre trop plein de verre pilé, et enfin il n’y eut que le septième qui fût à sa convenance ; elle y resta donc, fit sa prière pour remercier le petit Jésus d’avoir une famille formidable et d’être né dans un pays qui avait pour emblème Bernard Le Coq, puis s’endormit. La nuit venue, les maîtres de la cabane arrivèrent ; c’étaient des nains patriotes qui défendaient le territoire national contre les invasions barbares. Ils allumèrent leurs petites lampes tricolores, enlevèrent leur cagoule et quand le logis fut éclairé, ils virent bientôt que quelqu’un avait passé par là. Gilbert, en regardant son lit, aperçut Marine le Pen qui y était couchée et dormait. Il appela ses frères, qui se hâtèrent de venir et se récrièrent d’étonnement, et chacun fut chercher sa lampe tricolore pour mieux contempler Marine Le Pen. « Ah ! Mon Dieu, répétaient les nains patriotes, que cette enfant est française ! ». Le matin, quand Marine Le Pen sortit de son sommeil, elle vit les petits hommes et fut effrayée. Mais ils se montrèrent fort aimables et elle leur conta son histoire. Les patriotes lui dirent alors : « Veux-tu faire le ménage, la lessive, la cuisine, la couture, le tricot, le rangement, les courses, la révision des 4000 et sortir le doberman quatre fois par jour ? En ce cas, nous te garderons avec nous et tu ne manqueras de rien ». Marine leur promit d’être fidèle à la tradition pluriséculaire de la France et fut autorisée à rester chez eux.

Le matin, les nains s’en allaient défendre les frontières nationales de plus en plus poreuses en raison du diktat de Bruxelles ; le soir, ils rentraient au logis, où la quiche lorraine quotidienne se devait d’être prête (même en Bretagne, la quiche lorraine est le plat national). Toute la journée la jeune fille était seule, et devint au fil du temps une véritable faf (femme au foyer). Elle avait tout le temps qu’elle voulait pour prendre un verre de vin avec ses voisines et bitcher sur celles qui n’étaient pas là, entretenir son blog de scrapbooking et préparer les décorations d’Halloween trois mois à l’avance. Pendant ce temps, la reine pensait bien être de nouveau la plus française du pays ; et pour en avoir l’assurance, elle se mit devant son miroir et lui dit : « Petit miroir, petit miroir, qui est la plus française de tout le pays ? ». Aussitôt le miroir de répondre : « Madame la reine, vous êtes la plus française ici, Mais Marine Le Pen au-delà du périphérique, chez les sept patriotes, est mille fois plus française que vous, n’est-ce pas ? ». Jany pâlit de colère ; elle savait que le miroir ne mentait pas, et elle reconnut que Pierre Bousquet l’avait trompée et que Marine Le Pen vivait encore. Aussi longtemps qu’elle ne serait pas la plus française, elle sentait qu’elle n’aurait pas de repos. Enfin, elle imagina de se grimer le visage et de s’habiller en vieille marchande de vêtements pudiques. Ainsi déguisée, elle alla chez les sept patriotes, frappa à la porte de la cabane et cria : « De bonnes marchandises ! Achetez, achetez ! ». Marine Le Pen regarda par la fenêtre et dit : « Bonjour, ma bonne femme, que vendez-vous là ? ». « De bonnes marchandises, reprit l’autre, des jupes longues qui arrivent sous le pied et des maillots bleu-blanc-rouge parfaits pour des escapades en Corse ».

« Je peux laisser entrer cette brave femme, » pensa Marine Le Pen. Et tirant le verrou de la porte, elle ouvrit à la vieille et lui acheta un beau maillot de bain tricolore et l’essaya, trouvant très curieux cette capuche cousue avec le maillot. « Enfin, dit la vieille, de quelle façon êtes-vous habillée ? Je vais vous montrer comment il faut faire ». Marine, sans aucun soupçon, se plaça devant elle, et se laissa vêtir du burkini. Mais le vêtement la serra si fort qu’il l’asphyxia et qu’elle s’évanouit. « Maintenant, tu as fini d’être la plus française, » dit la marâtre, et elle s’en alla au plus vite. Vers le soir, les sept patriotes revinrent à la cabane, mais quel ne fut pas leur trouble en apercevant leur chère Marine étendue par terre sans mouvement et comme inanimée (un peu comme l’actrice de Goldfinger, sauf que c’était un burkini et pas de la peinture dorée) ! Ils la libérèrent de son burkini ; alors elle commença à respirer faiblement et revint à elle peu à peu. Les nains écoutèrent le récit de ce qui s’était passé et dirent : « La vieille marchande n’était autre que ta marâtre ; prends garde de n’ouvrir à personne, désormais, en notre absence ». La méchante Jany, dès qu’elle fut de retour chez elle, alla droit à son miroir et lui demanda : « Petit miroir, petit miroir, qui est la plus française de tout le pays ? ». Et le miroir magique de lui répondre la même chose que précédemment, n’est-ce pas ?

Lorsque la marâtre entendit cette réponse inchangée, elle trembla de fureur. « Marine Le Pen mourra, s’écria-t-elle, quand il devrait m’en coûter la vie ! ». Ainsi, elle se peignit la figure et, déguisée en vendeuse de revues négationnistes, retourna chez les sept patriotes. Parvenue à la cabane où demeurait Marine Le Pen, elle frappa, et la jeune fille mit la tête à la fenêtre. « Je ne dois laisser entrer personne, dit-elle, les patriotes me l’ont défendu. « J’ai pourtant de beaux articles, reprit l’autre, dont le dernier numéro de National Hebdo avec une interview exclusive de Maurice Bardèche ! Mais soit, on m’achètera mes magazines ailleurs. Tenez, je vous offre quand même l’éditorial de François Brigneau ». Le magazine était préparé avec tant d’art que Marine Le Pen en accepta l’éditorial. À peine ses mains s’y furent-elles posées, qu’elle tomba morte sur le sol, sous l’effet du poison apposé par sa marâtre. Jany la considéra avec des yeux terribles, rit aux éclats, et dit : « Blanche comme coco de Paimpol ! Rouge comme œil qui s’est pris un coco de Paimpol ! Blonde comme cidre fermier !  Cette fois-ci, les patriotes ne te réveilleront pas ! ». Et lorsqu’elle interrogea son miroir selon la formule habituelle, il lui répondit enfin : « Madame la reine, la plus française, c’est vous ! ». Alors, le cœur identitaire de la marâtre fut satisfait, autant que peut l’être un cœur identitaire.

Les patriotes, en arrivant à la maison le soir, trouvèrent Marine Le Pen étendue encore une fois par terre, sans haleine et sans mouvement. Ils cherchèrent la cause de ce nouveau malheur, mais rien n’y fit et la pauvre enfant resta morte.  Ils la couchèrent sur l’autel dédié à la messe tridentine et se mirent tous les sept autour d’elle, veillant et pleurant pendant sept jours. Puis ils lui firent un cercueil de verre pour qu’on pût la voir de tous côtés, façon dirigeant communiste, l’ensevelirent dedans et écrivirent dessus en lettres d’or, qu’elle était fille française de roi français, et se nommait Marine Le Pen. Marine était ainsi depuis bien longtemps dans son cercueil et ne changeait pas de figure, ne semblant toujours qu’endormie, un peu comme Lénine mais sans le côté musée Grévin. Or, il advint qu’un fils de roi, nommé Louis Le Résilient (ou plus simplement Louis Aliot), allant par la banlieue, arriva chez les patriotes pour y passer la nuit. Il vit Marine couchée dans le cercueil de verre, et lut ce qui s’y trouvait écrit en lettres d’or. Alors il dit aux patriotes d’un ton suppliant : « Livrez-moi ce cercueil, je vous donnerai ce que vous voudrez, car je ne peux plus vivre sans voir Marine Le Pen » (ce qui montre à quel point il était résilient). Les bons petits patriotes, touchés par ses prières, eurent pitié de lui et lui permirent d’emporter le cercueil (par contre, n’espérez pas vous rendre sur la place Rouge et demander à emporter le cercueil de Lénine comme une pizza quatre saisons).

Retourné à son château, il ouvrit le cercueil et embrassa Marine (très résilient, vous dis-je), tout en prenant un selfie « pour emmerder les journalopes ». Presque aussitôt, elle rouvrit les yeux, se redressa et dit : « Mon Dieu ! Où suis-je ? ». « Avec moi qui t’aime plus que tout au monde ! s’écria Louis Aliot plein de joie ». Et il lui raconta ce qui s’était passé. Marine sentit bien qu’elle l’aimait aussi, et la noce fut préparée en grande pompe (ça ne traînait pas dans les cours royales). On n’oublia pas d’inviter la méchante belle-mère à la fête, et lorsque Jany entra à la cour des Aliot, elle reconnut Marine Le Pen et resta immobile de terreur et d’angoisse. Mais on avait déjà préparé pour elle une terrible punition : on la coucha dans le cercueil de verre et on lui injecta tant de botox qu’elle finit par exploser au premier grain de pollen inhalé. En récompense de leur hospitalité, les nains se virent offrir des assistants parlementaires à tire-larigot, et le roi à nouveau veuf fut consolé en étant nommé roi d’honneur du royaume de Marine Le Pen (récemment confirmé par la justice).

Scipion

 * Cette histoire est une réécriture partielle de Blanche-Neige des frères Grimm (trad. Félix Frank), parue dans Les contes allemands du passé de 1869 (voir le texte original).

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