La série de l’été 2017 (4) : Emmanuel Roi [fiction]

Source : estrepublicain.fr

Cet été, Démosthène 2012 a décidé de vous partager quelques contes, mythes et légendes à propos de nos politicien(ne)s, qui se transmettent de génération en génération dans les familles françaises (peut-être pas la vôtre, mais dans certaines familles en tout cas). Ne vous attendez donc pas à les retrouver dans les biographies officielles, qui ne disent jamais toute la vérité. Alors que son gouvernement s’apprête à faire une rentrée mouvementée dans un contexte de coupes budgétaires et de chute sondagière, pourquoi ne pas raconter l’histoire du néo-meilleur d’entre nous : notre bien-aimé Président Emmanuel Macron*.

Il y a fort longtemps (du genre vraiment très longtemps), le roi François ne parvenait pas à avoir de descendant masculin pour reprendre à sa mort le trône d’Amiens. Comme tout bon roi français de l’époque, il n’alla pas consulter un médecin, mais se rendit dans la lointaine cité d’Alger pour consulter l’Attalie, l’oracle du dieu Mitterrand. L’Attalie lui prédit alors que le premier fils qu’il aurait avec la reine Brigitte tuerait sa mère et épouserait son père. Face à la circonspection du roi François, l’oracle se ravisa et annonça que son premier fils à naître tuerait son père et épouserait sa mère. Effrayé par cette prédiction, François décida alors de faire chambre à part, mais Brigitte, vile tentatrice de son état, ne se satisfaisait pas de cette situation et, prenant l’initiative d’enivrer son mari, parvint à ses fins et conçut un enfant.

Quand l’héritier d’Amiens naquit neuf mois plus tard, François fut résolu à l’envoyer à la mort. Il chargea un cultivateur d’endives de sa connaissance d’aller exposer l’enfant sur le mont Parnasse afin qu’il se fît dévorer par les bêtes sauvages qui le peuplaient (principalement des rats, mais des gros). Le cultivateur s’apprêtait à abandonner l’enfant, les chevilles enserrées par de solides liens, dans la rotonde qui surplombait le mont Parnasse et qui était dédiée au dieu Jupiter, mais ne put résister à son sourire enjôleur. Il attendit qu’un prêtre du culte de Jupiter vînt apporter les offrandes divines pour lui confier le fils de François, avant de revenir à Amiens en prétendant avoir accompli sa mission. Le prêtre qui était venu honorer Jupiter au nom de Paul, philosophe-roi de Nanterre, remit à son tour l’enfant à son souverain et à sa femme Simone, qui n’avaient pu concevoir d’enfant jusque-là et l’élevèrent donc comme le leur. Comme les liens qui avaient ligoté l’enfant lui avaient mutilé ses pauvres chevilles et que le philosophe-roi de Nanterre souhaitait que son fils conservât une attache avec sa terre natale, il nomma ce dernier « Emmanuel », ce qui signifiait en picard « chevilles qui enflent ».

Emmanuel grandit aimé par ses deux parents adoptifs et devint un jeune homme reconnu pour ses exploits au combat mais encore davantage pour sa très grande intelligence (intelligence à peine intelligible pour le commun des mortels). Il était en revanche profondément blessé des rumeurs qui couraient à son propos : il était parvenu à faire taire celles qui lui prêtaient une relation avec Mathieu, le jeune héraut chargé de la communication de la cité de Nanterre, mais souffrait toujours qu’on raconte que Paul et Simone n’étaient pas ses parents biologiques. La reine Simone refusant de répondre avec clarté à ses interrogations sur le sujet, il fut obligé de se rendre à Alger pour consulter l’Attalie. Pour toute réponse, l’oracle lui répondit qu’il tuerait son père et qu’il épouserait sa mère. Bouleversé par cette prédiction, Emmanuel décida de ne jamais retourner à Nanterre pour que la prophétie ne se réalise pas.

Aveuglé par la peur, mais aussi par la colère de ce destin tragique, il erra dans toute la France, cherchant à fuir le plus loin possible de Nanterre. Arrivé au carrefour dit « des trois chemins », Emmanuel croisa la route d’un vieillard juché sur un char de belle facture et accompagné de deux serviteurs. Alors que le vieillard lui disait de dégager le passage, Emmanuel refusait d’aller à gauche ou à droite et se planta devant son char. Et lorsque le vieillard lui administra un coup de bâton pour lui faire céder le passage, Emmanuel abattit son glaive sur le vieillard et ses deux serviteurs, sans savoir qu’il venait là de tuer son véritable père le roi François d’Amiens et ainsi de réaliser la première partie de la prophétie.

La nouvelle de la mort de François ne provoqua pas un grand émoi chez les Amiénois qui connaissaient alors un fléau bien plus grand. Réagissant avec trente ans de retard au crime commis par le roi François, qui avait profité de l’hospitalité du roi de Tulle pour enlever sa fille Julie, la déesse Bernadette avait envoyé une bête féroce ravager les environs d’Amiens. Cette créature qui avait l’apparence d’un vieillard grabataire avec une doudoune sans manches et qu’on appelait l’Elkabbach avait appris auprès des nymphes de l’étang de Berre des énigmes stupides et sans intérêt qu’il posait à tous les voyageurs croisant son chemin. Il tuait tous ceux qui ne pouvaient répondre à ses questions, mais déclarait qu’il libérerait la cité si un courageux héros parvenait à résoudre une seule de ses énigmes. Il était un si grand fléau pour Amiens qu’Édouard, frère de Brigitte et régent de la cité, déclara que celui qui réussirait cet exploit serait désigné roi d’Amiens et épouserait sa sœur (avouez que c’est toujours bien pratique de pouvoir offrir sa sœur en récompense).

Emmanuel de son côté continua d’errer après l’incident du carrefour des trois chemins et, arrivant aux abords d’Amiens, croisa la route de l’Elkabbach. L’Elkabbach dit alors à Emmanuel : « Vous qui osez croiser mon regard, répondez à mon énigme et je consentirai à vous laisser la vie sauve, ainsi qu’à toute la cité qui se trouve derrière moi ». « Je suis prêt et fier de pouvoir t’affronter. Parle, car aucune énigme n’est trop complexe pour mon intellect. ». L’Elkabbach s’éclaircit la voix et dit : « Vous n’avez pas honte ? ». Ce à quoi Emmanuel répondit : « Non, parce que c’est mon projet ». L’Elkabbach, accablé par la stupidité de sa propre question, sauta du haut des remparts d’Amiens et libéra la cité par la même occasion. Emmanuel fut accueilli en héros et devint roi d’Amiens et époux de la reine Brigitte, sa propre mère, réalisant par là-même la seconde partie de la prophétie. Il eut avec elle trois enfants officiels, Marlène, Benjamin et Richard, ainsi qu’une fille cachée pour remercier le dieu Mitterrand de lui avoir épargné – du moins le croyait-il – un destin tragique (pléonasme).

Néanmoins, vingt ans plus tard, Amiens fut à nouveau touchée par un fléau ravageant la contrée, une peste bubonique qui était le signe d’un courroux des dieux. Emmanuel envoya son beau-frère Edouard à Alger afin que l’Attalie révélât l’origine de ce malheur. Après un mois à attendre le message de l’oracle pendant que son peuple se mourrait de cette peste noire, Emmanuel accueillit Edouard en son palais, qui lui révéla que pour que le fléau cessât, il fallait punir le meurtrier de l’ancien roi François, preuve encore une fois du manque de réactivité des dieux. On révéla alors l’histoire du meurtre de François, dont la rumeur voulait qu’il eût été assassiné par des brigands de grand chemin. Emmanuel fit alors venir le devin Bayrou qui habitait la cité d’Amiens et lui demanda l’identité de l’homme responsable du meurtre de son prédécesseur. Comme le devin bègue se refusait à répondre, le roi d’Amiens l’accusa d’être complice du meurtre de François. Outré et irrité, Bayrou révéla alors que c’était Emmanuel le coupable de ce fléau, et ajouta : « Ta langue parle, mais te berce d’illusions. Tu finiras comme moi bègue et étranger à ta propre terre. Les hommes s’éloigneront de toi, emplis de terreur ».

Hors de lui, Emmanuel accusa Bayrou de vouloir aider Edouard à lui ravir le trône, et les envoya tous les deux en exil. Brigitte tint alors à le rassurer, en lui racontant la prophétie qui avait été faite il y a fort longtemps (du genre vraiment longtemps mais pas trop) à son ancien mari, que son fils devait causer sa mort, mais que justement ce fils avait été abandonné et que François avait au contraire été tué par des bandits de grand chemin sur le carrefour des trois chemins. Emmanuel ne connaissait rien des évènements ayant suivi sa naissance, mais commença à trouver que ça faisait quand même de sacrées coïncidences. Il trouvait néanmoins matière à se rassurer en pensant encore et toujours que le philosophe-roi de Nanterre était son père biologique.

Comme de par hasard, un messager de Nanterre vint alors annoncer au roi Emmanuel la mort de Paul et le désir des habitants de Nanterre de le voir régner sur leur cité. Emmanuel fut fort attristé de la nouvelle, mais en même temps soulagé que Paul eût trouvé la mort autrement que par sa main. Il fit néanmoins part au messager de ses inquiétudes concernant sa mère en lui révélant la prophétie que lui avait faite l’Attalie. Le messager, qui avait quand même l’air très informé de choses qui ne le concernaient pas, voulut le soulager en lui expliquant que sa mère n’était pas sa vraie mère, car il avait été récupéré sur la rotonde du mont Parnasse des mains d’un cultivateur d’endives amiénois. Emmanuel, qui commençait un petit peu à baliser, envoya sa garde chercher ce cultivateur et le ramener au palais pour lui faire avouer la vérité. Ne pouvant résister une seconde fois à la moue enjôleuse d’Emmanuel, le cultivateur raconta toute l’histoire et avoua qu’il était bel et bien cet enfant abandonné sur le mont Parnasse.

Emmanuel comprit ainsi qu’il avait bel et bien tué son père et épousé sa mère, et le choc le rendit bègue à tout jamais. Brigitte, horrifiée d’apprendre la réalisation de la prophétie, s’enfuit à toutes jambes. Emmanuel voulut la rattraper, mais quand il pénétra dans sa chambre, il était trop tard : Brigitte était déjà partie refaire sa vie avec le messager de Nanterre. Condamné à l’exil par son propre peuple, Emmanuel retourna errer dans toute la France, accompagné de sa fille Marlène. Il finit par recevoir la protection de Manuel, le roi d’Évry, et mourut dans un bar à tapas sacré aux abords d’Évry en ayant reçu le pardon des dieux, car il n’y a décidément que les imbéciles qui ne changent pas d’avis.

De retour à Amiens, Marlène put constater que la malédiction qui frappait sa lignée n’avait pas cessé avec l’expiation d’Emmanuel, car Richard avait pris les armes contre Benjamin qui tenait la cité, et les deux frères s’étaient entretués sur les remparts d’Amiens. Edouard, redevenu régent, organisa des funérailles officielles pour Benjamin qui n’avait pas tourné les armes contre sa cité et laissa Richard être mangé par les charognards. Mais Marlène, qui refusait de manquer aux traditions sacrées, sortit une nuit en cachette pour jeter un peu de terre sur le corps de Richard. Prise sur le fait par les gardes royaux, elle fut condamnée par Edouard à être emmurée vivante. Hamon, le fils d’Edouard qui s’était épris de Marlène, supplia son père de changer son opinion, comme les dieux l’avait fait avec Emmanuel. Quand Edouard fit démurer Marlène, on la retrouva pendue. En apprenant cette nouvelle, Hamon tourna son glaive contre lui-même, et quand Ségolène, mère de Hamon et femme d’Edouard apprit la nouvelle, elle tourna son glaive contre elle-même, et quand sa servante favorite apprit la nouvelle, elle tourna son glaive contre elle-même, et quand le portier qui aimait la servante apprit la nouvelle, il tourna son glaive contre lui-même, tant et si bien qu’au bout d’un bon mois, Edouard fut le seul de tout Amiens à n’avoir pas tourné son glaive contre lui-même, et constatant la stupidité des traditions de son époque, décida de partir pour Nanterre afin d’entrer en ménage avec le petit Mathieu. C’est ainsi que s’acheva la malédiction de la lignée des Emmanuélides.

Scipion

* Pour ceux qui n’auraient pas compris, il s’agit d’une adaptation du mythe d’Œdipe. Il n’existe aucun texte qui fasse office de référence unique concernant ce mythe, la structure suivie ici est donc un mélange de différentes références.

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