Macron ou la droite « cool »

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Ce qui se passe quand un mot malheureux vous échappe…

Plus de quatre mois après les élections présidentielles, les débuts de la présidence d’Emmanuel Macron laissent entrevoir une ébauche de mode de gouvernance. Les débuts en ont été parfois illisibles, les nouveaux députés LREM étant pressés de voter sans beaucoup discuter, le gouvernement souvent inaudible à l’approche de l’été. La machine LREM prend désormais ses marques, des personnalités émergent, le Président communique et sort de son relatif silence.

Premier élément utile : la présidence Macron est pour l’instant plutôt à classer à droite de l’échiquier politique. Pour sûr, on nous rétorquera que ces catégories n’ont plus rien de clair, que c’est réducteur, voire stigmatisant. Il est néanmoins certain que les arbitrages économiques du gouvernement ne se rattachent aucunement à la tradition de la gauche française (celles du gouvernement Hollande étant fluctuantes en la matière, on en convient). C’est par élimination que l’on peut alors classer cet exécutif à droite, il ne s’en réclame pas, bien au contraire puisqu’il cherche à toute force à éliminer quelque tentative de catégorisation que ce soit (les éditorialistes, pour leur part, rivalisent d’inventivité pour catégoriser jusqu’à plus soif, bien entendu).

Mais la droite Macron est une droite libérale qui favorise les catégories les plus aisées qui investissent et se bat contre l’économie « de rente ». C’est donc une droite véritablement libérale et non conservatrice, au risque de se mettre à dos les propriétaires (qui seront les seuls à encore payer l’ISF, par exemple) et d’enchanter les investisseurs, ceux qui « innovent », bref ceux qui ne sont pas « rien ». La vieille droite française, la noblesse châtelaine, très peu pour LREM.

Cette droite libérale est également chantre du dialogue et de la modération, ce qui n’est pas a priori une caractéristique de la droite française. On ne stigmatise pas (trop) les partenaires sociaux, on les reçoit aimablement, on discute entre pairs. On les divise avec aisance, aussi, tant la crainte d’une « convergence des luttes » est forte dans l’exécutif – c’est un peu un fantasme pour l’heure, mais on ne sait jamais. Bref, on décide en laissant croire que l’on a dialogué. Car droite libérale ne signifie pas ultralibérale : nous ne sommes pas revenus aux années Madelin et Léotard, à l’époque du Parti républicain, lorsque Chirac pensait devenir un Reagan français. Emmanuel Macron se méfie de l’ultralibéralisme, il souhaite seulement « libérer » un peu les entreprises pour favoriser l’emploi et l’innovation, et non totalement détruire le modèle social français, ce serait trop voyant. Jean-Michel Blanquer ne veut pas de cataclysme dans l’Education, mais on sent qu’il en a sous la semelle et qu’il ne va pas se contenter des quatre opérations en CE1 ni de la chronologie en histoire ou en lettres qui font se pâmer Elisabeth Lévy dans Causeur. Bref, un peu de ceci et un peu de cela, et du « en même temps » pour que chacun y trouve un motif de satisfaction, et du flou sur les intentions finales.

Enfin, chacun, ce serait beaucoup dire. Les oubliés de la gouvernance Macron, ce sont les catégories populaires, la France « périphérique » chère à Christophe Guilluy et celle des quartiers « sensibles » : pour ceux-là, la gouvernance Macron n’a rien, ou que des miettes, à proposer. Celle qui vit la précarité, qui n’est pas assez mobile, fort peu innovante et repliée sur son mince pré carré, celle qui n’a pas voté Macron, en somme- et pas voté du tout, souvent. Pour cette France-là, qui regroupe une majorité des abstentionnistes, l’électorat du Front National et pour partie celui de la France insoumise, rien à se mettre sous la dent. Le gouvernement ne cherche même pas à les atteindre dans sa communication, il sait que sa cause est perdue.

La France que LREM cherche à convaincre est légèrement majoritaire, mais son socle est fragile. Il s’étend de l’agriculteur bio au cadre supérieur d’une métropole, de la famille pavillonnaire aisée à l’employé de la Poste, en somme. Cela fait beaucoup de monde à contenter mais un pan entier de la société française est à nouveau relégué, mis au rebut par le silence des élites. Des élites nouvelles qui sentent un peu moins le népotisme et davantage la jeunesse des grandes écoles, des start-up, des « modernes » et des « innovants » de tout poil.

Car, deuxième enseignement des débuts de la gouvernance Macron, la droite au pouvoir est « cool ». C’est un peu la droite orléaniste française, fascinée par le progrès, rajeunie et qu’on aurait mélangée au centre de Justin Trudeau. Une mutation étrange, jamais vue pour l’heure dans notre pays (sauf à considérer que Jean Lecanuet était un précurseur de cette droite modérée et « moderne »), qui enthousiasme ceux pour qui droite et gauche ne sont que témoins vieillissants d’un vieux monde disparu. La volonté affichée par le gouvernement d’autoriser, un jour (mais on ignore quand) la PMA pour toutes les femmes, illustre notamment cette mue. La rupture avec les atermoiements de François Hollande est claire, même si elle demande à être concrétisée (les hésitations d’Agnès Buzyn font craindre que l’affaire prenne encore quelques années) : la droite Macron n’est pas la droite Wauquiez (celui qui confond PMA et GPA) ni celle de la Manif pour Tous, à l’évidence. La rupture avec l’électorat catholique traditionnel est actée, mais celui-ci a majoritairement voté Fillon, il n’y a donc pas trop de risque à le braquer, surtout en début de mandat.

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Le tweet confus de Laurent Wauquier, nouveau héraut de la droite conservatrice

Le principal risque que court l’exécutif est celui de transmettre un sentiment de mépris plus que d’unifier contre lui une véritable convergence de mécontents. La nouvelle élite est convaincue d’être rationnelle, elle est si modérée que ce « droit chemin », celui du dialogue et de la bienveillance mais aussi des décisions « difficiles » (impopulaires, en langage courant), est pour elle le seul qui puisse être emprunté. La gouvernance LREM, c’est un peu le TINA thatchérien (There Is No Alternative) revisité : sans le côté dur et tranchant de Thatcher, avec douceur, pédagogie médiatique et une communication visiblement maîtrisée. Tous ceux qui par la suite continuent de s’opposer, en dépit de nombreuses consultations, sont  rapidement assimilés à des « extrémistes » et des « fainéants », pour reprendre les fameux termes employés par le président lui-même. Ceux qui défendent leur statut, leurs droits acquis, leurs retraites par capitalisation, leurs indemnités de licenciement substantielles, leur CDI ou encore leur petite niche fiscale sont des privilégiés ou des aigris qui ne savent pas ce qu’est un grand dessein, à entendre le Président. Ce n’est certes pas demain que la CGT et la Manif pour Tous défileront ensemble, rejoints par des émeutiers de banlieue, pour prendre l’Elysée. Mais ce mépris à la fois compassé et souriant  peut à terme faire naître une sourde colère, marcher des cohortes éparses et divisées qui, agrégées dans les urnes, ont les moyens de mettre à bas, brutalement, la tentative de gouvernance d’un exécutif qui se veut à la fois « modéré » et « moderne », réformateur et pragmatique.

Agrippine

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