L’affaire Griveaux, le scandale Buzyn et l’échec du nouveau monde

L’arrivée de Christophe Colomb en Amérique, gravure de 1893

La séquence politique liée à l’affaire Griveaux, bien qu’elle ait été close en quelques jours seulement, a démontré à plusieurs titres que le (non-)phénomène du macronisme n’a résolu aucune des impasses de « l’ancien monde » politique que l’actuel Président de la République prétendait résoudre. La faute n’est pas à mettre sur les deux principaux protagonistes : Benjamin Griveaux, en tant que candidat démissionnaire, n’a été coupable de rien bien qu’il eût pu faire preuve de davantage de prudence numérique, et Agnès Buzyn n’a fait que répondre à l’injonction de solidarité avec la majorité gouvernementale émise par le chef de l’Etat. En réalité, n’importe qui aurait pu être concerné par une telle affaire que l’issue n’en aurait pas été différente. Car on ne peut impunément se défaire de la logique du « nouveau monde ». Lire la suite

Contre la réforme des retraites, une colère sans espoir ?

500341-a-slogan-which-reads-on-strike-until-the-retirement-is-painted-on-a-wall-during-a-demonstration-overLa nouvelle journée de mobilisation contre la réforme des retraites, jeudi 9 janvier, s’annonce largement suivie, mais elle ne mobilise toujours que la fonction publique, pour l’essentiel. Sans le renfort du secteur privé, ces journées successives d’action, de manifestations ainsi que la grève reconductible des cheminots et des machinistes paraît vouée à l’échec, à courte ou plus longue échéance. Lire la suite

Steve Bannon, le grand manipulateur [critique]

Son titre qui fait peur n’aura pas réussi à dépasser une diffusion confidentielle dans quelques salles parisiennes en dépit de son intérêt pour le débat public. Steve Bannon, le grand manipulateur, de la réalisatrice américaine Alison Klayman, suit l’ancien directeur de campagne de Donald Trump de l’automne 2017, peu avant sa démission liée aux manifestations et à l’attentat racistes de Charlottesville, à l’automne 2018, peu après les midterms qui ont vu les Démocrates reprendre la majorité à la Chambre des représentants. On y voit Steve Bannon tenter de monter et de faire vivre son « Mouvement », alliance transatlantique de populistes et de nationalistes, qui lui a permis de se faire bombarder comme l’éminence grise très officieuse de toute l’extrême-droite européenne, de Marine Le Pen à Matteo Salvini, en passant par Nigel Farage, ex-leader du UKIP pro-Brexit. Lire la suite

Un changement d’ère ? La politique et la « post-vérité »

Si l’on en croit à peu près tout le monde (d’après un sondage effectué par l’auteur sur des articles qu’il se souvient vaguement avoir lu), nous serions dans une ère « post-vérité », « post-factuelle », où l’on respirerait des « fake news » comme de mauvais effluves de saucisse grillée dès les premiers jours de l’été. Epoque caractérisée par une indifférence à la vérité où les plus grands de ce monde peuvent débiter d’éhontés mensonges sans que leur peuple ne sourcille, elle aurait émergé avec les théories complotistes du 11-Septembre pour continuer jusqu’aux Gilets Jaunes pendus aux lèvres de facebookers avides d’attention, après un passage par les Trump, Orban et autres figures de la droite basse du front. Alors certes, on pourrait rétorquer qu’il n’y a jamais eu d’ère de la vérité, et qu’on n’a jamais vu le tribunal populaire condamner à mort un politique pour une semi-vérité propagandiste assénée un peu lestement, et pourtant Dieu sait qu’il y en a eu. Pour tout un tas de raisons, les électeurs Lire la suite

De quoi les Gilets Jaunes sont-ils une faillite ?

Crédits : Reuters. La place de la République le 8 décembre 2018.

Depuis la première manifestation des « Gilets Jaunes » le 17 novembre 2018, les interprétations sur le sens de ce mouvement – au nombre finalement restreint mais au large soutien au sein de la société française – ont essaimé de tous les côtés, dans tous les sens, et en énumérant le plus grand nombre de platitudes possibles, dont le désormais fameux « clivage entre les élites et le peuple » (quoi que cela veuille dire). Résultat inéluctable d’un ras-le-bol de tout et de rien, occasion typiquement française de râler pour le plaisir, insurrection révolutionnaire des invisibles et des inaudibles, fronde des classes moyennes périurbaines mal à l’aise avec la mondialisation, rejet du mépris aristocratique du Président envers ceux qui ne « sont rien », ce mouvement inqualifiable et instructurable de divers novices des manifestations a surtout rassemblé ceux qui en avaient marre d’en avoir marre et qui voulaient le faire savoir. Le gouvernement a fini Lire la suite

Macron ou la droite « cool »

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Ce qui se passe quand un mot malheureux vous échappe…

Plus de quatre mois après les élections présidentielles, les débuts de la présidence d’Emmanuel Macron laissent entrevoir une ébauche de mode de gouvernance. Les débuts en ont été parfois illisibles, les nouveaux députés LREM étant pressés de voter sans beaucoup discuter, le gouvernement souvent inaudible à l’approche de l’été. La machine LREM prend désormais ses marques, des personnalités émergent, le Président communique et sort de son relatif silence. Lire la suite

La série de l’été 2017 (5) : Christine d’Arc [fiction]

Source : capture d’écran TV Libertés

Cet été, Démosthène 2012 a décidé de vous partager quelques contes, mythes et légendes à propos de nos politicien(ne)s, qui se transmettent de génération en génération dans les familles françaises (peut-être pas la vôtre, mais dans certaines familles en tout cas). Ne vous attendez donc pas à les retrouver dans les biographies officielles, qui ne disent jamais toute la vérité. Narrons à présent la légende de celle qui a officiellement quitté la vie politique sauf pour faire des petits commentaires honteux en scred, mais qui défendra toujours la famille, la vie et le droit de juger celle des autres : l’ancienne présidente du Parti Chrétien-Démocrate Christine Boutin*. Lire la suite

La série de l’été 2017 (4) : Emmanuel Roi [fiction]

Source : estrepublicain.fr

Cet été, Démosthène 2012 a décidé de vous partager quelques contes, mythes et légendes à propos de nos politicien(ne)s, qui se transmettent de génération en génération dans les familles françaises (peut-être pas la vôtre, mais dans certaines familles en tout cas). Ne vous attendez donc pas à les retrouver dans les biographies officielles, qui ne disent jamais toute la vérité. Alors que son gouvernement s’apprête à faire une rentrée mouvementée dans un contexte de coupes budgétaires et de chute sondagière, pourquoi ne pas raconter l’histoire du néo-meilleur d’entre nous : notre bien-aimé Président Emmanuel Macron*. Lire la suite

Les hommes qui lisent d’Edouard Philippe [critique]

Des hommes qui lisent*, commencé par Édouard Philippe en 2011 comme un essai sur la politique de la lecture, s’est entretemps largement étendu dans son sujet, en se recentrant sur son rapport particulier à la lecture. Celle-ci est à la fois la finalité du livre et un instrument pour traiter de bien d’autres sujets : l’ouvrage est à la fois « le roman d’une famille marquée par les livres, le récit d’une relation entre un père et son fils, un essai sur une politique municipale, mais avant tout, il est une plaidoirie pour la lecture » (p. 23). La lecture, loin d’être le thème exclusif du livre, y apparaît donc comme un liant parfois instable entre anecdotes personnelles et analyses politiques Lire la suite

La série de l’été 2017 (3) : le vilain petit Benoît [fiction]

(Reuters)

Cet été, Démosthène 2012 a décidé de vous partager quelques contes, mythes et légendes à propos de nos politicien(ne)s, qui se transmettent de génération en génération dans les familles françaises (peut-être pas la vôtre, mais dans certaines familles en tout cas). Ne vous attendez donc pas à les retrouver dans les biographies officielles, qui ne disent jamais toute la vérité. Dans cet épisode, nous suivons Benoît Hamon, pauvre petite mouette délaissée, jusqu’à la fondation de son mouvement du 1er juillet. Lire la suite